   
%
 Pourquoi ma connaissance est-elle borne ?
ma taille ? ma dure  cent ans plutt
qu' mille ? Quelle raison a eue la nature de me la
donner telle, et de choisir ce nombre plutt qu'un autre,
dans l'infinit desquels il n'y a pas plus de raison de
choisir l'un que l'autre, rien ne tentant plus que l'autre ?  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Tir de l'exprience.  -  L'absurdit
d'une chose n'est pas une raison contre son existence, c'en est
plutt une condition.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Victor Hugo est de l'Acadmie. Allons, allons,
c'est bien : l'Acadmie a besoin de temps en temps
d'tre dflore.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Le choix d'Ancelot  l'Acadmie n'a t
qu'ignoble ; celui de Balzac serait immonde.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 L'autre jeudi,  l'Acadmie, M. Ancelot
disait ce quatrain :
      J'ai jou, je ne sais plus o
      Sur un billard d'trange sorte.

      Les billes restent  la porte
      Et la queue entre dans le trou.
 Cela faisait rire ceux que le dictionnaire ne faisait pas biller.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il arriva un jour  l'Acadmie qu'un copiste
malhabile, charg de fournir des exemples donna celui-ci,
tir, disait-il, de Regnard (Le Joueur) :
      Je me mettrais en gage  mon
besoin d'argent.
 L-dessus, la commission du Dictionnaire bcla une
thorie pour dmontrer comme quoi la locution tait
excellente, et neuve, et faisait partie des originalits
de la langue franaise. L'Acadmie tait
en train d'approuver le rapporteur M. Patin, lorsqu'un membre
(M. Ancelot) fit remarquer que Regnard n'avait pas crit
un mot de cela, et que le texte tait, Le Joueur, acte
II, scne ix : 
      Je me mettrais en gage en un besoin
urgent.
      Sur cette nippe-l vous auriez
peu d'argent.
 Un peu plus, la chose tait dans le dictionnaire avec
la manire de s'en servir.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le prtendu dictionnaire historique de la langue
que fait en ce moment l'Acadmie est le chef-d'oeuvre de
la purilit snile.  
    --- Victor HUGO   
%
 Je voudrais [...] tre de l'Acadmie pour
en dire du mal. Car se moquer d'un salon o l'on n'est
pas reu, a n'a pas l'air trs sincre ;
mais quand on en est, et surtout que le matre de la maison
est un cardinal mort il y a longtemps, on peut s'en donner 
coeur joie ;  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 "L'Acadmie est un salon." L'Acadmie n'est
pas un salon ; c'est une bourriche. A part Anatole
France, dou d'un haut talent, et deux ou trois autres
qui, sans grandes ides, n'crivent pas positivement
mal, il n'y a l qu'une collection d'hutres ;
et d'hutres contamines. 
 "Nous sommes des honntes gens." Vous n'tes pas
des honntes gens ; vous tes de glorioleuses
canailles. Et ce serait un bonheur pour le pays que la disparition
de cet antre de la sottise servile, du pdantisme hypocrite,
lche et froce  -  de ce conservatoire de
la cruelle et ridicule vanit nationale.  
    --- Georges DARIEN   
%
 J'ai assist de prs  de nombreuses
brigues pour l'Acadmie franaise et pour l'Acadmie
des sciences et j'en ai conserv  la fois un souvenir
amus et coeur. Il est tonnant
que des hommes d'un certain ge et d'un certain poids se
soumettent  d'aussi humiliantes dmarches, ou acceptent
d'tre confondus avec la tourbe de faux lettrs et
de faux savants qui encombre ces prtendus sanctuaires
des Lettres et des Sciences. Une fois admis, aprs bien
des rebuffades, et pleins de rancoeur, ces gens de valeur prennent
en grippe les collgues qui les ont ainsi humilis
et ne songent plus qu' se venger d'eux, ou  susciter
des candidats qu'ils pourront,  leur tour, brimer et molester.
D'o un sadisme snilo-acadmique qui mriterait
une tude  part.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Quand ils ont fini d'crire des conneries dans
le dictionnaire,  quoi servent les acadmiciens ?
A rien. A rien du tout. Non mais regardez-les !
Voyez ces tristes spcimens de parasites de la socit
qui trmoussent sans vergogne leur arrogance de nantis
sur les fauteuils vermoulus de l'Acadmie franaise.
Voyez-les glandouiller sans honte  l'heure mme
o des millions de travailleurs de ce pays suent sang et
eau dans nos usines, dans nos bureaux, et mme dans nos
jardins o d'humbles femmes de la terre arrachent sans
gmir  la glbe hostile les glorieuses feuilles
de scarole destines  dcorer les habits
verts de ces plsiosaures diminus qui souillent
les bords de Seine du Quai Conti du chevrotement comateux de leurs
penses sniles.
 N'avez vous pas honte, messieurs, de vous commettre ainsi dans
cette assemble de vieilles tiges creuses, rien dans la
cafetire, tout dans la coupole.
 N'avez-vous pas honte,  vos ges, des grands garons
comme vous, de vous dguiser priodiquement en guignols
vert pomme avec des chapeaux  plumes  la con et
une pe de panoplie de Zorro ? Est-il Dieu
possible que des crivains aussi srieux que vous
passent leur temps  se demander s'il y a deux n 
zigounette ?  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Victor Hugo, de l'Acadmie franaise (on
ne le prcise jamais, car l'Acadmie n'est glorieuse
que pour ceux qui ne le sont pas).  
    --- Frdric DARD   
%
 Vise toujours  la brivet ;
brve est la route de la nature, et c'est la manire
de tout faire et de tout dire le plus raisonnablement possible ;
un tel propos t'affranchit de bien des fatigues, de campagnes
militaires, d'affaires administratives, du style recherch.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Ne va pas penser que, si une chose est difficile 
comprendre pour toi, elle est incomprhensible pour tout
homme ; mais si une chose est possible et familire
 un homme, crois bien aussi que tu peux l'atteindre.  
    --- MARC-AURELE   
%
 N'aie pas honte de te faire aider ; car tu te proposes
de faire ce qui est utile, comme le soldat  l'assaut des
murs. Quoi donc ! si tu es boiteux et si tu ne peux monter
seul au crneau, mais si c'est possible, grce 
un autre ?  
    --- MARC-AURELE   
%
 A chaque minute il me semble que je m'eschape. Et me rechante
sans cesse : "Tout ce qui peut estre faict un autre jour,
le peut estre aujourd'huy."  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent
ordinairement incapables des grandes.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Raison des effets. - La concupiscence et la force sont
les sources de toutes nos actions : la concupiscence fait
les volontaires ; la force, les involontaires.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Celui qui, log chez soi dans un palais, avec deux
appartements pour les deux saisons, vient coucher au Louvre dans
un entresol n'en use pas ainsi par modestie ; cet autre qui,
pour conserver une taille fine, s'abstient du vin et ne fait qu'un
seul repas n'est ni sobre ni temprant et d'un troisime
qui, importun d'un ami pauvre, lui donne enfin quelque
secours, l'on dit qu'il achte son repos, et nullement
qu'il est libral. Le motif seul fait le mrite
des actions des hommes, et le dsintressement y
met la perfection.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Faire d'avance un plan exact et dtaill,
c'est ter  son esprit tous les plaisirs de la rencontre
et de la nouveaut dans l'excution de l'ouvrage.
C'est se rendre  soi-mme cette excution
insipide et par consquent impossible dans les ouvrages
qui dpendent de l'enthousiasme et de l'imagination. Un
pareil plan est lui-mme un demi-ouvrage. Il faut le laisser
imparfait si on veut se plaire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut, quand on agit, se conformer aux rgles,
et quand on juge avoir gard aux exceptions.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La facilit est ennemie des grandes choses.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a une infinit de choses qu'on ne fait bien
que lorsqu'on les fait par ncessit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La vie contemplative est souvent misrable. Il
faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Les grandes choses sont faites pour enfanter les petites
et les petites pour engendrer les grandes. La montagne produit
une souris ; le polype btit un promontoire.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il y a des gens pour croire sens tout ce qu'on
fait en prenant un air srieux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Je crois que si l'on veut construire sur du sable, autant
que ce soient des forteresses plutt que des chteaux
de cartes.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le penchant qu'ont les hommes  tenir pour importantes
des vtilles n'a pas manqu d'avoir de trs
grandes consquences.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 L'homme indcis sur une action qu'il mdite,
attend souvent un exemple qui l'encourage ; quelque envie
qu'il ait de la faire, il ne veut pas tre le premier, il
attend qu'on lui ouvre le chemin. Aussi voyez, examinez, dans
la socit, un acte de bienfaisance succde
 un acte de bienfaisance, un duel  un duel, un
suicide  un suicide, un crime  un crime. L'homme
est imitateur ; confrontez attentivement les registres de
la police avec ceux de la cour d'assises. et vous verrez que l'assassinat
n'est jamais plus frquent que lorsqu'on vient de condamner
un homme pour assassinat ; six mois passs sans meurtre,
il faut une me forte pour en commettre un ; il montre
l'exemple, on le suit ; combien qui n'attendaient que cela
pour se dcider. En sortant de la cour d'assises, on est
toujours plus dispos  commettre un crime qu'en
y entrant. Il y a ce je ne sais quoi qui diminue l'horreur du
crime, en voyant le criminel fait comme un autre homme, lui que
l'on s'tait peint comme un monstre ; un je ne sais
quoi qui fait qu'on n'y trouve plus autant de rpugnance,
et si l'accus est ferme, quel encouragement ! Je
serai comme lui, se dit-on ; ne suis-je pas homme comme lui ?
On s'habitue  cette ide, on ne la chasse plus ;
et si le criminel vient  dmontrer que c'est la
socit qui a tort avec lui, chacun se dit :
Elle a tort aussi avec moi ; pourquoi la mnagerais-je
plus que lui ? pourquoi craindrais-je plus que lui ?
Tout cela est dans l'homme ; osez me dire que non, je vous
dirai que vous ne le connaissez pas.  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Le peintre qui s'apprte  peindre le soleil
fait des thories, et, quand il veut commencer, le soleil
n'est plus l.  
    --- Jules RENARD   
%
 Si tu as plusieurs cordes  ton arc, elles s'embrouilleront,
et tu ne pourras plus viser.  
    --- Jules RENARD   
%
 Echelle de mesure pour tous les jours.
 On se trompera rarement si l'on ramne les actions extrmes
 la vanit, les mdiocres  l'habitude
et les mesquines  la peur.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dfaut principal des hommes d'action.
 C'est le malheur des gens d'action que leur activit est
toujours un peu irraisonne. On ne peut, par exemple, demander
au banquier qui amasse de l'argent le but de son incessante activit ;
elle est irraisonne. Les gens d'action roulent comme la
pierre, suivant la loi brute de la mcanique. - Tous les
hommes se divisent, en tout temps et de nos jours, en esclaves
et libres ; car celui qui n'a pas les deux tiers de sa journe
pour lui-mme est esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il
veut : homme d'Etat, marchand, fonctionnaire, savant.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Comment on gagne les gens courageux.
 On amne les gens courageux  une action en la
leur exposant plus prilleuse qu'elle n'est.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Truc de prophte. - Pour deviner  l'avance
les faons d'agir d'hommes ordinaires, il faut admettre
qu'ils font toujours la moindre dpense d'esprit pour se
librer d'une situation dsagrable.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Cela aussi est hroque.  -  Faire
les choses les plus dcries, celles dont on ose
 peine parler, mais qui sont utiles et ncessaires,
 -  cela aussi est hroque. Les Grecs n'ont
pas eu honte de compter parmi les grands travaux d'Hercule le
nettoyage d'une curie.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Etre dupe.  -  Ds que vous voulez
agir, il vous faut fermer les portes du doute,  -  disait
un homme d'action.  -  Et ne crains-tu pas, de cette faon,
d'tre dupe ?  -  rtorqua un contemplatif.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 [...] presque tout ce qui intresse et sduit
les gens d'un got assez fin et dlicat, et les natures
suprieures, l'homme moyen n'y trouve "aucun intrt" ;
et s'il remarque malgr tout qu'on se dvoue 
ces choses, il appelle cela de l'esprit dsintress
et s'tonne qu'il soit possible d'agir de cette faon.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
  -  Quel ennui ! C'est toujours la mme
histoire ! Quand on a fini de construire sa maison, on remarque
qu'on a, sans s'en rend compte, appris en la btissant une
chose qu'il aurait absolument fallu savoir  -  avant de
commencer. L'ternel et douloureux "trop tard !"  -  mlancolie
de tout ce qui est achev...  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La source dsapprouve presque toujours l'itinraire
du fleuve.  
    --- Jean COCTEAU   
%
  -  Vous n'y allez pas par quatre chemins, vous !
  -  Jamais ! Un seul, c'est plus court.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les obstacles sont les signes ambigus devant lesquels
les uns dsesprent, les autres comprennent qu'il
y a quelque chose  comprendre.
 Mais il en est qui ne les voient mme pas...  
    --- Paul VALERY   
%
 Que de choses il faut ignorer pour "agir" !  
    --- Paul VALERY   
%
 Qui veut faire de grandes choses doit penser profondment
aux dtails.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce qui me fait si lent  btir, si temporisateur
est l'trange manie de vouloir toujours commencer par le
commencement.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il est extrmement rare que la montagne soit abrupte
de tous cts.  
    --- Andr GIDE   
%
 Un chemin droit ne mne jamais qu'au but.  
    --- Andr GIDE   
%
 Celui qui agit comme tout le monde s'irrite ncessairement
contre celui qui n'agit pas comme lui.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'on me reproche ma dmarche oblique... mais qui
ne sait, lorsqu'on a vent contraire, que force est de tirer des
bordes ? Vous en parlez bien  votre aise,
vous qui vous laissez porter par le vent. Je prends appui sur
gouvernail.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'union fait la force. Oui, mais la force de qui ?  
    --- ALAIN   
%
 Le petit mot : "Je ferai" a perdu des empires. Le
futur n'a de sens qu' la pointe de l'outil. Prendre une
rsolution n'est rien ; c'est l'outil qu'il faut prendre.
La pense suit. Rflchissez  ceci
que la pense ne peut nullement diriger une action qui
n'est pas commence.  
    --- ALAIN   
%
 Nul ne peut vouloir sans faire. Je n'entends pas par l
seulement que l'excution doit suivre le vouloir, ce qui
est dj une assez bonne maxime de pratique ;
 j'entends que l'excution doit prcder
le vouloir. Comment cela ? Rien n'est plus simple ni plus
ais  comprendre si l'on considre l'homme
tout entier, l'homme dans la situation de l'homme, tel qu'il est
n, tel qu'il a grandi. Que l'homme agisse avant de vouloir,
c'est ce qui est vident par l'enfance. L'homme nage dans
l'univers ds qu'il y est jet ; et il s'y
trouve toujours jet, et jamais d'aucune manire
il ne s'en peut retirer. L'action relle est donc toujours
commence. Tout le vouloir doit s'appliquer  ce
point o l'homme dj se sauve par les mouvements
de l'instinct. L'art de naviguer, qui est un des plus admirables,
fournit toujours de bonnes comparaisons pour l'art de vivre. On
sait que 1e gouvernail ne peut agir si le bateau ne reoit
pas une impulsion, soit du vent, soit des rames ; et disons
mme que, tant que la coque n'a pas pris une certaine vitesse
par rapport  l'eau, le gouvernail est une chose morte.  
    --- ALAIN   
%
 Point d'action ni de russite sans une attention
totale aux causes secondaires.
 La "vie" est une occupation d'insecte.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Un zoologiste qui, en Afrique, a observ de prs
les gorilles, s'tonne de l'uniformit de leur vie
et de leur grand dsoeuvrement. Des heures et des heures
sans rien faire... Ils ne connaissent donc pas l'ennui ?
 Cette question est bien d'un homme, d'un singe occup.
Loin de fuir la monotonie, les animaux la recherchent, et ce qu'ils
redoutent le plus c'est de la voir cesser. Car elle ne cesse que
pour tre remplace par la peur, cause de tout affairement.
 L'inaction est divine. C'est pourtant contre elle que l'homme
s'est insurg. Lui seul, dans la nature, est incapable
de supporter la monotonie, lui seul veut  tout prix que
quelque chose arrive, n'importe quoi. Par l, il se montre
indigne de son anctre : le besoin de nouveaut
est le fait d'un gorille fourvoy.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La devise des spcialistes du dtail est :
"Occupez-vous des souris et les montagnes se dbrouilleront
bien toutes seules."  
    --- L.J. PETER et R.   
%
 Il semble donc exister trois niveaux d'organisation de
l'action. Le premier, le plus primitif,  la suite d'une
stimulation interne et/ou externe, organise l'action de faon
automatique, incapable d'adaptation. Le second organise l'action
en prenant en compte l'exprience antrieure, grce
 la mmoire que l'on conserve de la qualit,
agrable ou dsagrable, utile ou nuisible,
de la sensation qui en est rsulte. L'entre
en jeu de l'exprience mmorise camoufle
le plus souvent la pulsion primitive et enrichit la motivation
de tout l'acquis d  l'apprentissage. Le troisime
niveau est celui du dsir. Il est li  la
construction imaginaire anticipatrice du rsultat de l'action
et de la stratgie  mettre en oeuvre pour assurer
l'action gratifiante ou celle qui vitera le stimulus nociceptif.
Le premier niveau fait appel  un processus uniquement
prsent, le second ajoute  l'action prsente
l'exprience du pass, le troisime rpond
au prsent, grce  l'exprience passe
par anticipation du rsultat futur.   
    --- Henri LABORIT   
%
 Quelles peuvent tre les raisons qui nous empchent
d'agir ?
 La plus frquente, c'est le conflit qui s'tablit
dans nos voies nerveuses entre les pulsions et l'apprentissage
de la punition qui peut rsulter de leur satisfaction.
Punition qui peut venir de l'environnement physique, mais plus
souvent encore, pour l'homme, de l'environnement humain, de la
socio-culture.
 [...]
 Une autre source d'angoisse est celle qui rsulte du dficit
informationnel, de l'ignorance o nous sommes des consquences
pour nous d'une action, ou de ce que nous rserve le lendemain.
Cette ignorance aboutit elle aussi  l'impossibilit
d'agir de faon efficace.
 [...]
 Enfin, chez l'homme, l'imaginaire peut,  partir de notre
exprience mmorise, construire des scnarios
tragiques qui ne se produiront peut-tre jamais mais dont
nous redoutons la venue possible. Il est videmment difficile
d'agir dans ce cas  l'avance pour se protger d'un
vnement improbable, bien que redout. Autre
source d'angoisse par inhibition de l'action.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Dans certaines situations, il n'y a qu'une chose 
faire : rien. Mais il faut le faire tout de suite, sans attendre
une minute de plus. On perd toujours trop de temps avant d'agir.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Casser le thermomtre n'est pas la meilleure faon
de faire baisser la temprature.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Si vous ne faites pas aujourd'hui ce que vous avez dans
la tte, demain, vous l'aurez dans le cul.  
    --- COLUCHE   
%
 Diffrer une emmerde, c'est lui donner le temps
de crotre.  
    --- Frdric DARD   
%
 L'homme trop prudent attend qu'il soit trop tard.  
    --- Frdric DARD   
%
  Michel Hannoun :
 J'tais alors responsable des tudiants gaullistes,
mais aussi tudiant en mdecine, et lors d'une rencontre
avec Andr Malraux, j'ai le courage et la jeunesse de lui
demander : "Pourquoi avez-vous des tics ?"
 Rponse de Malraux : "Parce que ma pense
va plus vite que l'action, et que l'une est en permanence 
la poursuite de l'autre."  
    --- Georges FILLIOUD   
%
 Ah ! la volupt de rgler tout dans
la journe et d'aller se coucher sans qu'aucun papier en
souffrance ne trane sur le bureau, sans devoir un franc
 personne et  -  mais c'est beaucoup plus rare
 -  sans que personne ne vous doive un franc !...
  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ce qui n'est pas utile  l'essaim n'est pas non
plus utile  l'abeille.   
    --- MARC-AURELE   
%
 Recevoir des bienfaits de quelqu'un est une manire
plus sre de se l'attacher que de l'obliger lui-mme.
La vue d'un bienfaiteur importune souvent, celle d'un homme 
qui l'on a fait du bien est toujours agrable. Nous aimons
notre ouvrage en lui.
 Vouloir se passer de tous les hommes et n'tre oblig
 personne, signe certain d'une me sans sensibilit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Si vous ne sentez pas que la chose donne par vous
vous manque, vous n'avez rien donn. On ne donne que ce
dont on se prive.  
    --- Victor HUGO   
%
 Puis-je me permettre de citer ici un mot que Clemenceau
m'a dit un jour :
  -  Je lis souvent dans les journaux des entrefilets
sur vous qui sont bien venimeux. Comment cela se fait-il ?
Vous ne demandez donc jamais de service  personne ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 L'homme qui se dvoue entirement 
ses semblables risque de passer  leurs yeux pour un tre
sans valeur et goste, tandis que celui qui ne leur
consacre qu'une petite partie de lui-mme est appel
du nom de bienfaiteur et de philanthrope.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Que l'on observe plutt des enfants qui pleurent
et crient afin d'tre objets de piti, et pour cela
guettent le moment o leur situation peut tomber sous les
yeux ; qu'on vive dans l'entourage de malades et d'esprits
dprims et qu'on se demande si les plaintes et
les lamentations loquentes, l'exhibition de l'infortune,
ne poursuivent pas au fond le but de faire mal aux spectateurs :
la piti que ceux-ci expriment alors est une consolation
pour les faibles et les souffrants en tant qu'ils y reconnaissent
avoir au moins encore un pouvoir, en dpit de leur faiblesse :
le pouvoir de faire mal. Le malheureux prend une espce
de plaisir  ce sentiment de supriorit
dont lui donne conscience le tmoignage de piti ;
son imagination s'exalte, il est toujours assez puissant encore
pour causer de la douleur au monde.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 "Etre bon" pour quelqu'un lui suggre de
vous rduire en esclavage. Il ne s'en doute pas. Il n'en
use que plus pleinement avec vous. Il se met  penser sans
effort en disposant de vous. Vous ne faites pas obstacle. Vous
entrez implicitement dans les projets qu'il forme, au titre d'un
moyen facile.  
    --- Paul VALERY   
%
 La mauvaise charit, c'est celle qui offre plutt
un verre de vin qu'une bouche de pain.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il est plus facile d'tre gnreux
que de ne pas le regretter.  
    --- Jules RENARD   
%
 A l'encontre de beaucoup de personnes que je pourrais
nommer, je prfre m'introduire dans un compartiment
dj presque plein que dans un autre qui serait
 peu prs vide.
 Pour plusieurs raisons.
 D'abord, a embte les gens.
 Etes-vous comme moi ? j'adore embter les gens,
parce que les gens sont tous des sales types qui me dgotent.
 En voil des sales types, les gens !
 Et puis, j'aime beaucoup entendre dire des btises autour
de moi, et Dieu sait si les gens sont btes ! Avez-vous
remarqu ?
 Enfin, je prfre le compartiment plein au compartiment
vide, parce que ce manque de confortable macre ma chair,
blinde mon coeur, armure mon me, en vue des rudes combats
pour la vie (struggles for life).  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Nous connaissons mieux nos propres besoins que ceux des
autres. Satisfaire les siens relve de la bonne gestion.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 L'homme, par nature, n'aimerait que lui, et ce serait
la sauvagerie ; mais les liens de socit l'obligent
 compter avec les autres, et  les aimer pour lui,
tant qu'enfin il arrive  croire qu'il les aime pour eux.
Il existe un bon nombre d'ouvrages, assez ingnieux, o
l'on explique assez bien le passage de l'amour de soi 
l'amour d'autrui ; et j'avoue que si l'on commenait
par la solitude et l'amour de soi, on arriverait bientt
 aimer ses semblables. Mais ce n'est qu'une mauvaise algbre.
Autant qu'on connat le sauvage, il vit en crmonie
et adore la vie commune ; il est aussi peu goste
que l'on voudra. L'gosme est un fruit de la civilisation,
non de sauvagerie ; et l'altruisme aussi son correctif ;
mais l'un et l'autre sont plutt des mots que des tres.  
    --- ALAIN   
%
 La charit a toujours soulag la conscience
des riches, bien avant de soulager l'estomac du pauvre.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Celui qui dans la vie est parti de zro pour n'arriver
 rien dans l'existence n'a de merci  dire 
personne.  
    --- Pierre DAC   
%
 Qui aime veut venir en aide  l'objet aim.
Mais le dsir spontan de voler au secours d'autrui
ne prsuppose pas forcment l'existence d'une relation
amoureuse individuelle. Au contraire, l'altruisme qui pousse 
venir en aide  un inconnu est considr
comme une manifestation d'une particulire noblesse. Cette
aide altruiste constitue un idal lev et
(dit-on) contient en elle-mme sa propre rcompense.
 Cela ne devrait pas forcment faire obstacle 
notre dessein. Comme toute autre attitude noble, l'altruisme,
l'aide dsintresse sont susceptibles de
salissure et d'amoindrissement par la lueur blme de la
pense. Pour mettre en doute la puret altruiste,
il suffit de se demander si l'on ne possde pas, dans le
fond, des mobiles cachs. Cette bonne action n'tait-elle
pas un dpt de fonds sur mon compte personnel en
paradis ? Ne visait-elle pas  en mettre plein la
vue  des tiers ? Voulais-je me faire admirer ?
Contraindre quelqu'un  la gratitude envers moi, en faire,
comme on dit si bien, mon "oblig" ? Ne cherchais-je
pas plus simplement  attnuer quelque sentiment
de culpabilit ? Il n'existe manifestement pas de
limite au pouvoir de la pense ngative, il suffit
de chercher pour trouver.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Il se trouve assez de personnes qui ont du mrite,
du courage et de l'ambition et qui roulent dans leur esprit des
penses gnrales de s'lever et de
rendre leur condition meilleure ; mais il s'en rencontre
rarement qui, aprs les avoir formes, sachent faire
le choix des moyens qui sont propres  l'excution,
et qui ne se relchent pas du soin continuel qu'il faut
avoir pour les faire russir, ou, quand ils s'en donnent
la peine, c'est presque toujours  contretemps, et avec
trop d'impatience d'en voir le succs.  
    --- Cardinal de RETZ   
%
 On ne s'lve que par de grandes vertus
ou par de grands crimes, par des talents suprieurs ou
par une stupidit avre, par une extrme
hauteur ou par une extrme bassesse : toujours par
les extrmes.   
    --- LA BEAUMELLE   
%
 L'esclave n'a qu'un matre ; l'ambitieux en
a autant qu'il y a de gens utiles  sa fortune.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Je ne suis point tonn de voir les ambitieux
se donner un air de modestie et se dfendre de l'ambition
comme d'un vice honteux. Celui qui montreroit toute son ambition
tonneroit tous ceux qui voudraient le servir. D'ailleurs,
comme personne n'est assur de russir dans le chemin
de la fortune, on se prpare la ressource de faire croire
qu'on l'a mprise.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'ambition prend aux petites mes plus facilement
qu'aux grandes, comme le feu prend plus aisment 
la paille, aux chaumires qu'aux palais.  
    --- CHAMFORT   
%
 C'est l'ambition qui fait les grands intervalles. Un palefrenier
du roi de France est plus prs de son matre que
le chancelier.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Petetin m'avait dit le matin que, pour n'avoir rien 
se reprocher, il avait mis son ambition dans sa poche. Je disais
 Chenavard que je pensais qu'il tait impossible
de se trouver ml aux affaires des autres et de
s'en tirer compltement honnte. "Comment voulez-vous,
disait-il, qu'il en soit autrement ? Celui qui prend l'quit
pour rgle ne peut absolument lutter contre celui qui ne
songe qu' son intrt : il sera toujours
battu dans la carrire de l'ambition."  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Ne pas oublier !  -  Plus nous nous levons,
plus nous paraissons petits aux regards de ceux qui ne savent
pas voler.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'ambition ne m'est pas naturelle ; je me la suis
inocule  propos de ma candidature acadmique
(1844). J'en prouve assez pour la comprendre et la sentir
en abrg. Je ne l'ai pas  l'tat
de petite vrole, je l'ai  l'tat de vaccine :
je n'en resterai pas grav.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Pour peu qu'on tche de se perfectionner, on voit
les autres rapetisser, comme s'ils s'enfonaient dans le
sable.  
    --- Jules RENARD   
%
 Oh ! madame, mon ambition n'a pas de bornes. Pour
arriver, je vous passerais sur le ventre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a de la place au soleil pour tout le monde, surtout
quand tout le monde veut rester  l'ombre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les arrivistes sont des gens qui arrivent. Ils ne sont
jamais arrivs.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Il y a quelques semaines que je veux noter cette rflexion
qui m'est venue, que les gens qui dsirent avoir beaucoup
de choses dans la vie : places, honneurs, influence, dcorations,
Acadmie, sont peut-tre des gens qui ont une vitalit
suprieure, qui a besoin d'embrasser beaucoup de choses.
Les gens qui vivent dans leur coin, se contentant de ce qui leur
vient, sans aucune activit pour rien attraper d'autre,
seraient des gens d'une vitalit rduite. On dit
des premiers : arrivistes, ambitieux, et on fait honneur
aux seconds de leur modestie. Les premiers ne sont pas plus 
blmer que les seconds  fliciter. Notre
caractre est notre matre et toutes nos actions
dpendent de lui. Les premiers et les seconds ne pourraient
pas tre autrement qu'ils sont.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il y a des gens qui savent se caser. Il est vrai que c'est
tout ce qu'ils savent.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Si vous tes un jour trait de parvenu, tenez
pour bien certain que vous serez arriv.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Etre soi-mme !... Mais soi-mme
en vaut-il la peine ?  
    --- Paul VALERY   
%
 A strictement parler, il tait rest
ce qu'on appelle un espoir ; on nomme espoirs, dans la rpublique
des esprits, les rpublicains proprement dits, c'est--dire
ceux qui s'imaginent qu'il faut consacrer  son travail
la totalit de ses forces, au lieu d'en gaspiller une grande
part pour assurer son avancement social ; ils oublient que
les rsultats de l'homme isol sont peu de chose,
alors que l'avancement  est le rve de tous, et ngligeant
ce devoir social qu'est l'arrivisme, ils oublient que l'on doit
commencer par tre un arriviste pour pouvoir offrir 
d'autres, dans les annes du succs, un appui 
la faveur duquel ils puissent arriver  leur tour.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Mfiez-vous de ceux qui tournent le dos 
l'amour,  l'ambition,  la socit.
Ils se vengeront d'y avoir renonc.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La lucidit sans le correctif de l'ambition conduit
au marasme. Il faut que l'une s'appuie sur l'autre, que l'une
combatte l'autre sans la vaincre, pour qu'une oeuvre, pour qu'une
vie soit possible.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Et-il tous les mrites, un ambitieux ne
peut tre honnte qu' la surface. N'ayez confiance
que dans les indiffrents.   
    --- Emil CIORAN   
%
 Le mot "lgitime" perd toute espce de sens
quand on l'associe  celui d'"ambition".  
    --- Andr FROSSARD   
%
 L'amoureux vritable des fonctions et des places
ne dmissionne jamais, ni pour raison de conscience, ni
faute des conditions techniques ncessaires  son
office. Il sacrifie toujours ce qu'il faut et ceux qu'il faut
 la conservation de son pouvoir, y compris ce pouvoir
mme, s'il doit se rsigner  n'en plus retenir
que l'apparence. Les trahisons que son arrivisme lui impose et
les volte-face que ses opinions excutent, il les dguisera
en dcisions immacules, qui coulent de la pure
source d'une conviction intime et d'une mditation toute
personnelle. La dmission, s'il y est accul, il
la ngocie contre un autre poste, dans lequel il s'arrange
pour gagner en lvation ce qu'il a perdu en influence.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Les grandes mes ne sont pas celles qui ont moins
de passions et plus de vertu que les mes communes, mais
celles seulement qui ont de plus grands desseins.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD  
%
 Les doctes ou les docteurs diront au fou : "Mon ami,
quoique tu aies perdu le sens commun, ton me est aussi
spirituelle, aussi pure, aussi immortelle que la ntre ;
mais notre me est bien loge, et la tienne l'est
mal ; les fentres de la maison sont bouches
pour elle ; l'air lui manque, elle touffe." Le fou,
dans ses bons moments, leur rpondrait : "Mes amis,
vous supposez,  votre ordinaire, ce qui est en question.
Mes fentres sont aussi bien ouvertes que les vtres,
puisque je vois les mmes objets et que j'entends les mmes
paroles : il faut donc ncessairement que mon me
fasse un mauvais usage de ses sens, ou que mon me ne soit
elle-mme qu'un sens vici, une qualit dprave.
En un mot, ou mon me est folle par elle-mme, ou
je n'ai point d'me."  
    --- L'me et la folie.
   
%
 Quand l'immortalit de l'me serait une erreur,
je serais trs fch de ne pas la croire.
Je ne sais comment pensent les athes. (J'avoue que je
ne suis point si humble que les athes.) Mais, pour moi,
je ne veux point troquer (et je n'irai point troquer) l'ide
de mon immortalit contre celle de la batitude
d'un jour. Je suis trs charm de me croire immortel
comme Dieu mme. Indpendamment des vrits
rvles, des ides mtaphysiques
me donnent une trs forte esprance de mon bonheur
ternel,  laquelle je ne voudrais pas renoncer.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le dogme de l'immortalit de l'me nous porte
 la gloire, au lieu que la crance contraire en
affaiblit en nous le dsir.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 On affirmait  quelqu'un que l'me tait
un point ;  quoi il rtorqua : pourquoi
pas un point virgule, elle aurait ainsi une queue.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Idal d'une me.
 Le dsir d'avoir une me et de n'tre immortellement
que cette me, ce dsir doit plir singulirement
prs du dsir d'une me d'avoir un corps,
et une dure. Elle cderait son royaume mme
pour un cheval. Un ne, peut-tre ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Ame, c'est bien l le mot qui a fait dire
le plus de btises. Quand on pense qu'au XVII<SUP>e</SUP> sicle
des gens senss, de par Descartes, refusaient une me
aux animaux ! Outre l'ineptie qu'il y avait  refuser
 d'autres tres une chose dont l'homme n'a pas la
moindre ide, il et autant valu prtendre
que le rossignol, par exemple, n'a pas de voix, mais, dans le
bec, un petit sifflet fort bien fait, achet par lui 
Pan ou  quelque autre Satyre, bibelotier de la fort.  
    --- Jules RENARD   
%
 Cent mille mes, combien cela peut-il faire d'hommes ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Notre me est immortelle, pourquoi ? Et pourquoi
pas celle des btes ? Quand les deux flammes sont teintes,
quelle diffrence y a-t-il entre la flamme d'une pauvre
chandelle et celle d'une belle lampe au bec compliqu,
haute sur tige, et dont l'abat-jour s'carte comme une
jupe.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les btes ont-elles une me ? Pourquoi
n'en auraient-elles pas ? J'ai rencontr, dans la
vie, une quantit considrable d'hommes, dont quelques
femmes, btes comme des oies, et plusieurs animaux pas beaucoup
plus idiots que bien des lecteurs.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 L'me, c'est la vanit et le plaisir du corps
tant qu'il est bien portant, mais c'est aussi l'envie d'en sortir
du corps ds qu'il est malade ou que les choses tournent
mal. On prend des deux poses celle qui vous sert le plus agrablement
dans le moment et voil tout !  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 A regarder les choses selon la nature, l'homme
a t fait pour vivre tourn uniquement vers
l'extrieur. Pour voir en lui-mme, il lui faut fermer
les yeux, renoncer  l'action, sortir du courant... Ce
qu'on appelle "vie intrieure" est un phnomne
tardif qui n'a t possible que par un ralentissement
systmatique de nos fonctions vitales, de sorte que 1'"me"
n'a pu surgir qu'aux dpens de nos organes.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Cette histoire d'me, entit invisible, invrifiable
et tellement flatteuse pour celui  qui l'on en concde
une, est une invention formidable. Elle n'est pas la seule, toute
religion est btie sur un systme d'affirmations
du mme genre, impossible  dmontrer et donc
irrfutables, tout  la fois consolatrice et terrifiantes,
mais, l, on est oblig d'admirer. Affirmer 
une espce animale, en l'occurrence la ntre, qu'elle
n'est qu'en apparence semblable aux autres par son aspect et la
matire dont elle est faite, mais qu'elle possde,
elle, une chose essentielle et sublime, immortelle de surcrot
(vas-y voir !), que les autres cratures de chair
et de sang n'ont pas, que cette entit invisible est son
vritable "moi" qui survivra  tout, le reste n'tant
que vase provisoire, vile dpouille voue 
la putrfaction, et que cette "tincelle divine"
la rend non seulement suprieure  toute espce
vivante, mais surtout diffrente en essence car procdant
de la nature mme de Dieu, ce qui lui donne droit de vie
et de mort sur tout ce qui vit, quelle trouvaille ! C'est
l le bon vieux coup de la race lue, c'est le truc
dmagogique des nazis affirmant aux Allemands que les Allemands
sont le nec plus ultra de l'humanit, qu'ils sont les seuls
beaux, les seuls intelligents, les seuls purs, en un mot les seuls
vraiment hommes parmi tous les peuples, les autres n'tant
que tentatives avortes ou btards dgnrs,
et qu' ce titre, eux, Allemands, ont tous les droits,
y compris celui de dcider de la vie, de la mort et de
la souffrance "utile" des sous-hommes. Ca marche 
tous les coups. Pardi !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Nous n'avons pas tant  nous servir des services
que nous rendent nos amis, que de l'assurance que nous avons de
ces services.  
    --- EPICURE   
%
 Nous ne pouvons rien aimer que par rapport  nous,
et nous ne faisons que suivre notre got et notre plaisir
quand nous prfrons nos amis  nous-mme ;
c'est nanmoins par cette prfrence seule
que l'amiti peut tre parfaite.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Le temps, qui fortifie les amitis, affaiblit l'amour.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient un jour tre
nos amis, et vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir
nos ennemis, n'est ni selon la nature de la haine, ni selon les
rgles de l'amiti ; ce n'est point une maxime
morale, mais politique.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 De qui dans la vie veut-on se faire aimer ? de ceux
qui ne se soucient pas de nous. Il y a des gens qui donneraient
deux de leurs meilleurs amis, pour avoir l'amiti d'un
homme qui les fuit. Dire du mal de quelqu'un n'est le plus souvent
qu'une manire de se plaindre de son indiffrence
pour nous. Dans le temps que j'tais dans le monde, on
me disait qu'il y avait un homme qui marquait toujours de l'aigreur
dans ses discours, quand il parlait de moi : je m'avisai
tout d'un coup de songer que je le saluais froidement quand je
le rencontrais. Je le tiens, dis-je alors en moi-mme, cet
homme-l veut que je l'aime, il l'a mis dans sa tte,
parce qu'il s'est imagin que je ne l'aimais pas ;
et j'avais raison de penser cela, car ds que je l'eus
salu d'un air riant, il me marqua tant d'amiti
que je n'en savais que faire. Mais, malheureusement, j'en pris
pour lui aussi, et cela fit qu'il m'aima toujours bien, mais qu'il
ne me ftait plus.  
    --- MARIVAUX   
%
 Le seul moyen d'avoir des amis, c'est de tout jeter par
les fentres, de n'enfermer rien et de ne jamais savoir
o l'on couchera le soir.
 Il y a, me direz vous, peu de gens assez fous pour prendre ce
parti. Eh qu'ils ne se plaignent donc pas s'ils n'ont pas d'amis,
ils n'en veulent pas.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quiconque n'est jamais dupe n'est pas ami.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Rien de si ais que d'tre bien avec un homme
qu'on ne voit qu'une fois par mois.  
    --- STENDHAL   
%
 Puisqu'il faut avoir des ennemis, tchons d'en avoir
qui nous fassent honneur.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Beaucoup d'amis, beaucoup de gants,  -  de peur
de la gale.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Toi, jeune homme, ne te dsespre point ;
car, tu as un ami dans le vampire, malgr ton opinion contraire.
En comptant l'acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux
amis !  
    --- Le Comte de LAUTREAMONT   
%
 Comment peut-on prtendre que les amis sont rares,
dans besoin ? Mais c'est le contraire. A peine a-t-on
fait amiti avec un homme, que le voil aussitt
dans le besoin et qu'il vous emprunte de l'argent.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 La vie de l'ennemi. - Qui vit de combattre un ennemi a
intrt  ce qu'il reste en vie.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Tout le monde a eu de ces amis malplaisants  vivre,
mais dont on est sr, que l'on met " gauche" pour
ainsi parler, contre le malheur. Tels ces objets de ncessaire
dont on n'use que pris au dpourvu.
 Et tout de suite, ils vous cassent dans la main.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
  -  Ah ! qu'un beau jour, songeait le roi,
quelqu'un m'aimt pour moi-mme, sans trahison, ni
calcul, ni mensonge.
 L'aumnier dit :
  -  Prenez un chien.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La fivre,  ce que l'on dit, nous dlivre
des puces, et l'infortune, de nos amis.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
  -  Mais... mon cher ami !
  -  L, l. Pas de gros mots.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La haine soutenant mieux que l'amiti, si l'on
pouvait har ses amis on leur serait plus utile.  
    --- Jules RENARD   
%
 Mon ami ne me sert qu' embter ceux de mes
ennemis qui sont ses amis.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les amis de nos amis sont nos amis.
 Le chevalier du Bran d'Enhaut avait sauv la vie 
un petit avocat au parlement de Normandie. Quand vint la Terreur,
cet avocat plein de gratitude le recommanda  un savetier,
qui le recommanda  un vidangeur, qui le recommanda 
un bndictin dfroqu, qui le recommanda
 Catherine Thot la prophtesse, qui le
recommanda  Robespierre qui lui fit couper la tte.
Un bienfait  n'est jamais perdu.  
    --- Lon BLOY   
%
 Il se produit quelque chose d'assez mystrieux
au dbut d'une amiti. Une circonstance imprvue
souvent la dtermine et l'on devient l'esclave d'une confidence
ou d'un secret. Plus tard, un jour, on passe en revue ses amis
et l'on constate parmi eux la prsence de deux ou trois
individus qui ne devaient pas tre l - mais il n'y
a plus rien  faire, le pli est pris. Comment pourriez-vous
prtendre que la raison qui vous avait pouss vers
eux n'existe plus puisqu'il vous est impossible de la formuler.
Vous les trouvez ennuyeux, inutiles et gnants parfois -
tant pis, c'est trop tard, il n'y a plus rien  faire !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Nous ne devrions dranger nos amis que pour notre
enterrement. Et encore !  
    --- Emil CIORAN   
%
 On peut aimer n'importe qui, sauf son voisin.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il est du vritable amour comme de l'apparition
des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en
ont vu.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Quand un discours naturel peint une passion ou un effet,
on trouve dans soi-mme la vrit de ce qu'on
entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y ft, en sorte
qu'on est port  aimer celui qui nous la fait sentir ;
car il ne nous a pas fait montre de son bien, mais du ntre ;
et ainsi ce bienfait nous le rend aimable, outre que cette communaut
d'intelligence que nous avons avec lui incline ncessairement
le coeur  l'aimer.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Qui voudra connatre  plein la vanit
de l'homme n'a qu' considrer les causes et les
effets de l'amour. La cause est un je ne sais quoi (Corneille),
et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu
de chose qu'on ne peut le reconnatre, remue toute la terre,
les princes, les armes, le monde entier.
 Le nez de Clopatre : s'il et t
plus court, toute la face de la terre aurait chang.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Si la morale de Cloptre et t
moins courte, la face de la terre aurait chang. Son nez
n'en serait pas devenu plus long.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 L'enfant dit (retour du cinma o il a vu
un "drame" et le hros ou le tratre tu assez
niaisement) : "S'il avait t malin, il se
serait mis  quatre pattes et il se serait sauv."
Cette correction est remarquable. Si, etc., le drame et
t tout autre. 
 Que de gens ont pens qu' la place d'Adam ils
n'eussent point mordu ;  la place de Napolon,
vit la guerre d'Espagne ! A la place
de Pascal, on aurait fait l'conomie de la pense
du nez de Cloptre, qui est bien inutile. 
 Cette pense, si elle et t moins
nave... n'et pas t.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le nez de Cloptre plus long, voil
toute la face du monde change.
 Et la sienne donc.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 L'ironie du nez de Cloptre et des sourcils
de Zeus, le contraste drisoire des petites causes et des
grands effets sont [...] des apparences paradoxales qui se dissipent
quand on considre la susceptibilit infinie et
l'infini pouvoir signifiant d'un esprit capable de convertir tout
excitant en prtexte et en symbole. Si bien qu'en dfinitive
l'effet grandiose a vraiment une cause grandiose !  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Si le nez de Clopatre avait t
plus long, Jules Csar se serait piqu le ventre.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser. L'amour a cela
de commun avec les scrupules, qu'il s'aigrit par les rflexions
et les retours que l'on fait pour s'en dlivrer. Il faut,
s'il se peut, ne point songer  sa passion pour l'affaiblir.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 De toutes les faons de faire cesser l'amour, la
plus sre, c'est de le satisfaire.  
    --- MARIVAUX   
%
 Je me suis toujours dfi en amour des passions
qui commencent par tre extrmes ; c'est mauvais
signe pour leur dure. Les gens faits pour tre constants,
destins  cela par leur caractre, sont
difficiles  mouvoir.  
    --- MARIVAUX   
%
 Rarement la beaut et le je ne sais quoi se trouvent
ensemble.
 J'entends par le je ne sais quoi : ce charme rpandu
sur un visage et sur une figure, et qui rend une personne aimable,
sans qu'on puisse dire  quoi il tient.  
    --- MARIVAUX   
%
 L'amour tel qu'il existe dans la socit,
n'est que l'change de deux fantaisies et le contact de
deux pidermes.  
    --- CHAMFORT   
%
 On vous dit quelquefois, pour vous engager  aller
chez telle ou telle femme : Elle est trs aimable ;
mais si je ne veux pas l'aimer ! Il vaudrait mieux dire :
 Elle est trs aimante, parce qu'il y a plus de gens qui
veulent tre aims que de gens qui veulent aimer
eux-mmes.  
    --- CHAMFORT   
%
 On demandait  M... pourquoi la nature avait rendu
l'amour indpendant de notre raison. "C'est, dit-il, parce
que la nature ne songe qu'au maintien de l'espce, et,
pour la perptuer, elle n'a que faire de notre sottise.
Qu'tant ivre, je m'adresse  une servante de cabaret
ou  une fille, le but de la nature peut tre aussi
bien rempli que si j'eusse obtenu Clarisse aprs deux ans
de soins ; au lieu que ma raison me sauverait de la servante,
de la fille, et de Clarisse mme peut-tre. A
ne consulter que la raison, quel est l'homme qui voudrait tre
pre et se prparer tant de soucis pour un long
avenir ? Quelle femme, pour une pilepsie de quelques
minutes, se donnerait une maladie d'une anne entire ?
La nature, en nous drobant  notre raison, assure
mieux son empire ; et voila pourquoi elle a mis de niveau
sur ce point Znobie et sa fille de basse-cour, Marc-Aurle
et son palefrenier."  
    --- CHAMFORT   
%
 Il n'y a plus aujourd'hui d'inimitis irrconciliables
parce qu'il n'y a plus de sentiments dsintresss.
C'est un bien qui est n d'un mal.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On ne souffre jamais que du mal que nous font ceux qu'on
aime. Le mal qui vient d'un ennemi ne compte pas.  
    --- Victor HUGO   
%
 Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu hais.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il n'y a qu'une loi en sentiment. C'est de faire le bonheur
de ce qu'on aime.  
    --- STENDHAL   
%
 Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est
un crime o l'on ne peut pas se passer d'un complice.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Qu'est-ce que l'amour ?
 Le besoin de sortir de soi.
 L'homme est un animal adorateur.
 Adorer, c'est se sacrifier et se prostituer.
 Aussi tout amour est-il prostitution.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 On peut promettre des actions, mais non des sentiments,
car ceux-ci sont involontaires. Qui promet  quelqu'un
de l'aimer toujours, ou de le har toujours, ou de lui tre
toujours fidle, promet quelque chose qui n'est pas en
son pouvoir ; ce qu'il peut bien promettre, ce sont des actions
qui,  la vrit, sont ordinairement les
consquences de l'amour, de la haine, de la fidlit,
mais qui peuvent aussi provenir d'autres motifs, car a une seule
action mnent des chemins et des motifs divers.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce qu'on fait par amour l'est toujours par-del
le bien et le mal.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "je ne sais quoi" d'une femme, il n'y a que a
qui compte.  
    --- Jules RENARD   
%
 C'est peut-tre parce que le chardon pique qu'il
ne craint pas la scheresse. Il ne faut pas tre
trop indulgent : un peu de haine protge.  
    --- Jules RENARD   
%
 Qui les veut faire durer, il faut couvrir son feu de cendres,
et son amour de mystre.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Certains amoureux prouvent  abaisser leur
matresse le mme plaisir que les enfants 
ventrer leurs pantins.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 On n'est pas beau aprs l'amour. Mouvements ridicules,
o on perd chacun un peu de matire. Grandes salets.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il en est en amour comme en toutes choses. Ce qu'on a
eu n'est rien, c'est ce qu'on n'a pas qui compte.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'amour ! Alors, on aime un appareil respiratoire,
un tube digestif, des intestins, des organes d'vacuation,
un nez qu'on mouche, une bouche qui mange, une odeur corporelle ?
Si on pensait  cela, comme on serait moins fou !  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'amour, c'est le physique. Et La Rochefoucauld l'a oubli :
l'amour est encore une forme de l'intrt. Ce qu'on
aime dans un autre, c'est soi, c'est son plaisir, c'est le plaisir
qu'on lui donne et qui est encore une forme du ntre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Pour tre aim, il faut ne pas aimer ou savoir
cacher son amour. C'est une vrit qui n'a pas fini
d'tre vraie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'admirable maxime de La Rochefoucauld : "Il y a
des gens qui n'auraient jamais t amoureux, s'ils
n'avaient jamais entendu parler de l'amour", est applicable 
beaucoup d'autres sentiments ;  tous peut-tre.
Il faut un esprit extraordinairement averti pour s'en apercevoir.
Et ce serait une profonde erreur de croire que les tres
les moins cultivs sont les plus spontans, les
plus sincres. Le plus souvent ce sont, au contraire, les
moins capables de critique, les plus  la merci de l'instar,
les mieux disposs, par faiblesse ou paresse, 
adopter des sentiments de convention et  les exprimer
par des phrases toutes faites qui leur pargnent la peine
d'en chercher d'autres plus prcises, phrases dans lesquels
leurs sentiments se glissent prenant tant bien que mal la forme
de cette coquille d'emprunt.  
    --- Andr GIDE   
%
 Que si le moi est hassable, aimer son prochain comme
soi-mme devient une atroce ironie.  
    --- Paul VALERY   
%
 La haine est clairvoyante en ce sens qu'elle fait tre
ce qu'elle suppose, car ignorance, injustice, haine lui rpondent
aussitt. L'amour trouvera toujours moins de preuves ;
car il n'est point promis qu'il suffise de vouloir l'autre attentif,
bienveillant, gnreux, pour qu'il le soit. Toutefois,
par cela mme, il est clair qu'il faut choisir d'aimer,
et de jurer, et de ne jamais cder l, tant
vident que la plus forte rsistance ici ne peut
tre vaincue que par la promesse la plus gnreuse.  
    --- ALAIN   
%
 Plus un esprit est revenu de tout, plus il risque, si
l'amour le frappe, de ragir en midinette.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Aimer son prochain est chose inconcevable. Est-ce qu'on
demande  un virus d'aimer un autre virus ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Etre aim, dans la meilleure des circonstances,
est quelque chose de bien mystrieux. Mais il ne sert 
rien de chercher  s'enqurir, car les questions
ne font que brouiller plus encore le sujet. Au mieux, l'autre
est incapable de vous dire pourquoi. Au pire, ses raisons de vous
aimer se rvlent des choses qu'il ne vous serait
jamais venu  l'esprit de trouver aimables -cet affreux
grain de beaut sur votre paule gauche. Une fois
encore, on se rend compte, trop tard, que le silence est d'or.
 Voici donc une nouvelle leon utile pour la poursuite
de notre sujet : Il ne faut jamais accepter en toute simplicit
et gratitude ce que la vie peut nous offrir  travers l'affection
d'un partenaire. Il faut supputer. Se demander, plutt que
lui demander, ce qu'il peut bien trouver en nous. Car il faut
qu'il y ait un intrt ou quelque autre raison goste
qu'il n'est pas prs de nous rvler.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide
tout, parce que l'on ne cherche jamais  savoir ce qu'il
contient. C'est le mot de passe qui permet d'ouvrir les coeurs,
les sexes, les sacristies et les communauts humaines.
Il couvre d'un voile prtendument dsintress,
voire transcendant, la recherche de la dominance et le prtendu
instinct de proprit. C'est un mot qui ment 
longueur de journe et ce mensonge est accept,
la larme  l'oeil, sans discussion, par tous les hommes.
Il fournit une tunique honorable  l'assassin, 
la mre de famille, au prtre, aux militaires, aux
bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques. Celui qui
oserait le mettre  nu, le dpouiller jusqu'
son slip des prjugs qui le recouvrent, n'est pas
considr comme lucide, mais comme cynique. Il donne
bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, 
tout l'inconscient biologique. Il dculpabilise, car pour
que les groupes sociaux survivent, c'est--dire maintiennent
leurs structures hirarchiques, les rgles de la
dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes
humains soient ignors. Leur connaissance, leur mise 
nu, conduirait  la rvolte des domins,
 la contestation des structures hirarchiques.
Le mot d'amour se trouve l pour motiver la soumission,
pour transfigurer le principe du plaisir, l'assouvissement de
la dominance.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il y a des milliers d'annes que priodiquement
on nous parle de l'amour qui doit sauver le monde. C'est un mot
qui se trouve en contradiction avec l'activit des systmes
nerveux en situation sociale. Il n'est prononc d'ailleurs
que par des dominants culpabiliss par leur bien-tre
et qui devinent la haine des domins, ou par des domins
qui se sont bris les os contre la froide indiffrence
des dominances. Il n'existe pas d'aire crbrale
de l'amour. C'est regrettable. Il n'existe qu'un faisceau du plaisir,
un faisceau de la raction agressive ou de fuite devant
la punition et la douleur et un systme inhibiteur de l'action
motrice quand celle-ci s'est montre inefficace. Et l'inhibition
globale de tous ces mcanismes aboutit non  l'amour
mais  l'indiffrence.  
    --- Henri LABORIT   
%
 La grande trouvaille des inventeurs du christianisme :
"Dieu est amour !"
 Et alors ? Qu'est-ce que a change ?
 Tu peux toujours prcher aux hommes un dieu d'amour, ils
se serviront de lui pour sanctifier leurs crapuleries et leurs
crimes "pour la bonne cause" ainsi que les massacres de masse,
curs bnisseurs en tte.
 Dieu, on lui fait dire ce qu'on veut. C'est d'ailleurs 
a que a sert.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Je suis souvent tonn de voir combien chacun
s'aime lui-mme plus que tout et pourtant tienne moins compte
de son propre jugement sur lui-mme que celui des autres.
De fait, si un dieu plac prs de lui ou un matre
sage l'invite  n'avoir  part lui aucune pense,
aucune ide qu'il ne profre aussitt 
haute voix, il ne le supportera pas un seul jour. Et ainsi nous
avons honte de ce que notre prochain pense de nous plus que de
ce que nous en pensons nous-mmes.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Dites-moi, je vous prie : peut-on aimer quelqu'un
quand on se hait soi-mme ? S'entendre avec autrui
si on n'est pas d'accord avec soi-mme ? Donner du
plaisir  quelqu'un si on est pour soi-mme pnible
et ennuyeux ? Pour l'affirmer je crois qu'il faudrait tre
plus fou que la Folie elle-mme. Eh bien, si l'on me chassait,
loin de pouvoir supporter les autres chacun se prendra lui-mme
en dgot, mprisera ce qui est  lui,
se hara lui-mme. Car la Nature, en bien des cas plus
martre que mre, a grav dans l'esprit des
mortels, surtout des plus senss, le mcontentement
de soi et l'admiration d'autrui. De l vient que tous les
dons, toute l'lgance, tout le charme de la vie
s'altrent et prissent. Car  quoi bon la
beaut, le plus inestimable prsent des dieux immortels,
si elle est contamine par le vice du dgot
de soi ? Et la jeunesse si elle se corrompt au ferment d'une
mlancolie snile ?  
    --- ERASME   
%
 On aime mieux dire du mal de soi-mme que de n'en
point parler.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu' proportion
de notre amour-propre.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs
fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on
les entend parler de leur conduite : le mme amour-propre
qui les aveugle d'ordinaire les claire alors, et leur
donne des vues si justes qu'il leur fait supprimer ou dguiser
les moindres choses qui peuvent tre condamnes.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur
de nos amis ne vient ni de la bont de notre naturel, ni
de l'amiti que nous avons pour eux ; c'est un effet
de l'amour propre qui nous flatte de l'esprance d'tre
heureux  notre tour, ou de retirer quelque utilit
de leur bonne fortune.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Dans l'adversit de nos meilleurs amis, nous trouvons
toujours quelque chose qui ne nous dplat pas.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 La Rochefoucauld, dans ses Maximes, crit que "dans
l'adversit de nos meilleurs amis nous trouvons toujours
quelque chose qui ne nous dplat pas" ; celui
qui en dsavoue la vrit, ou bien ne la
comprend pas, ou bien ne se connat point.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Voulez-vous qu'on croie du bien de vous ? N'en dites
pas.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 L'amour-propre est  peu prs  l'esprit
ce qu'est la forme  la matire. L'un suppose l'autre.
Tout esprit a donc de l'amour-propre, comme toute portion de matire
a sa forme : de mme aussi que toute portion de matire
est pliable  une forme plus ou moins fine et varie,
suivant qu'elle est plus ou moins fine et dlicate elle-mme,
de mme encore notre amour-propre est-il plus ou moins subtil,
suivant que notre esprit a lui-mme plus ou moins de finesse.  
    --- MARIVAUX   
%
 Il y a autant de vices qui viennent de ce qu'on ne s'estime
pas assez, que de ce qu'on s'estime trop.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Il n'est pas tonnant qu'on ait tant d'antipathie
pour les gens qui s'estiment trop : c'est qu'il n'y a pas
beaucoup de diffrence entre s'estimer beaucoup soi-mme
et mpriser beaucoup les autres.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Je ne sais si c'est un got particulier ; mais
on ne me parait jamais grand, quand on me fait sentir que je suis
petit.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Il est aussi impossible qu'une socit puisse
se former et subsister sans amour-propre, qu'il serait impossible
de faire des enfants sans concupiscence, de songer  se
nourrir sans apptit, etc. C'est l'amour de nous-mme
qui assiste l'amour des autres ; c'est par nos besoins mutuels
que nous sommes utiles au genre humain ; c'est le fondement
de tout commerce ; c'est l'ternel lien des hommes.
Sans lui il n'y aurait pas eu un art invent, ni une socit
de dix personnes forme ; c'est cet amour-propre que
chaque animal a reu de la nature qui nous avertit de respecter
celui des autres. La loi dirige cet amour-propre et la religion
le perfectionne.  
    --- VOLTAIRE   
%
 L'amour-propre et toutes ses branches sont aussi ncessaires
 l'homme que le sang qui coule dans ses veines ;
et ceux qui veulent lui ter ses passions, parce qu'elles
sont dangereuses ressemblent  celui qui voudrait ter
 un homme tout son sang, parce qu'il peut tomber en apoplexie.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Qui s'amourache de soi procure  son amour au moins
cet avantage que d'avoir fort peu de rivaux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Dites  Mlanthe qu'il a un grand talent.
Il se tient grave, il est distrait, il n'coute pas. Dites-lui
qu'il est grand pote, il vous prte quelque attention.
Ajoutez que non seulement il est grand pote, mais le plus
grand de nos potes, le pote par excellence, il
vous entend, il vous rpond, il remercie, il est content.
Vous devinez.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Un acte de vertu, un sacrifice ou de ses intrts
ou de soi-mme, est le besoin d'une me noble, l'amour-propre
d'un coeur gnreux, et, en quelque sorte, l'gosme
d'un grand caractre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Quand on veut plaire dans le monde, il faut se rsoudre
 se laisser apprendre beaucoup de choses qu'on sait par
des gens qui les ignorent.  
    --- CHAMFORT   
%
 C'est par notre amour-propre que l'amour nous sduit ;
h ! comment rsister  un sentiment
qui embellit  nos yeux ce que nous avons, nous rend ce
que nous avons perdu et nous donne ce que nous n'avons pas ?  
    --- CHAMFORT   
%
 Je demandais  M. de T... pourquoi il ngligeait
son talent et paraissait si compltement insensible 
la gloire ; il me rpondit ces propres paroles :
Mon amour-propre a pri dans le naufrage de l'intrt
que je prenais aux hommes.   
    --- CHAMFORT   
%
 Le plus ou moins de finesse qu'on met  satisfaire
les besoins de l'amour-propre, besoins aussi ncessaires
que celui de boire et de manger, indique la classe  laquelle
appartient l'individu.  
    --- STENDHAL   
%
 S'aimer soi-mme, c'est se lancer dans une belle
histoire d'amour qui durera toute la vie.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Quand il fait l'loge de quelqu'un, il lui semble
qu'il se dnigre un peu.  
    --- Jules RENARD   
%
 Comment se fait-il donc qu'on connaissent toutes les bonnes
actions discrtes ?  
    --- Jules RENARD   
%
 L'amour du drapeau, de la patrie, c'est ce petit soldat
perdu dans les rangs, qui trane un pied, et dont la figure
reluit de cambouis, se croit regard comme s'il tait
colonel  cheval.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je ne suis pas plus bte qu'un autre.
 L'universelle supriorit de l'homme qui n'est
pas plus bte qu'un autre est ce que je connais de plus
crasant.  
    --- Lon BLOY   
%
 Frquentation et arrogance.
 On dsapprend l'arrogance quand on se sait toujours entre
gens de mrite ; tre seul produit l'outrecuidance.
Les jeunes gens sont arrogants, car ils frquentent leurs
pareils, qui tous, n'tant rien, aiment  passer
pour beaucoup de chose.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si bonne est l'opinion de chacun sur ses mrites
physiques que la premire impression de tout modle
devant les preuves de son portrait est presque invitablement
dsappointement et recul (il va sans dire que nous ne parlons
ici que d'preuves parfaites).
 Quelques-uns ont l'hypocrite pudeur de dissimuler le coup sous
une indiffrente apparence, mais n'en croyez rien. Ils
taient entrs dfiants, hargneux ds
la porte et beaucoup sortiront furibonds.
 [...]
 Trois fois heureux l'oprateur qui tombe sur un client
semblable  mon brave Philippe Gille (sans s !)  -  ce
mandarin lettr, toujours de si belle humeur. A
peine ai-je eu le temps de lui soumettre sa premire preuve
que, mme sans regarder la seconde, l'excellent homme s'crie :
  -  Parfait ! Et comme tu as bien rendu mon bon
regard  -  doux  -  loyal  -  et intelligent !  
    --- NADAR   
%
 Nous abritons un ange que nous choquons sans cesse. Nous
devons tre gardiens de cet ange.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Le moi est hassable... mais il s'agit de celui des
autres.  
    --- Paul VALERY   
%
 Je voudrais le dire maladroitement, aussi gauchement que
je le pense : la difficult n'est pas d'aimer son
prochain comme soi-mme, c'est de s'aimer soi-mme
assez pour que la stricte observation du prcepte ne fasse
pas tort au prochain. Pardonner les offenses ne serait qu'une
disposition de l'me assez naturelle, si nous pouvions nous
pardonner aussi facilement d'avoir t un imbcile.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On dit qu'il y a des hommes qui sont assez contents d'eux-mmes,
mais je n'en ai point vu. Il n'y a pas que les sots qui aient
besoin d'loges, et renouvels souvent. Je sais
que le succs donne une espce d'assurance. Mais
mme dans le plein succs, le sentiment le plus ordinaire
est une dtresse, par la ncessit de le
soutenir. Il est pnible de dplaire ; il est
dlicieux de plaire ; mais quel est l'homme ou la
femme qui soient si srs de plaire par leurs ressources
seulement ? Les plus assurs s'entourent de politesse
et de parures, et se fortifient de leurs amis. L'abus des socits
oisives et le dgot de penser  soi jettent
presque tout le monde dans la recherche des flatteries, mme
payes ; par ce moyen on arrive  une espce
d'assurance. Mais cela ce n'est pas l'amour de soi, c'est la vanit.
Personne n'en est exempt que je sache, en ce sens que tout loge
plat un petit moment. Je trouve quelque chose de touchant
dans la vanit ; c'est navement demander secours
aux autres. Mais cette parure ne tient gure. La vanit
est vanit.  
    --- ALAIN   
%
 J'ai pens souvent  ce musicien qui, aprs
quelques oeuvres de grande beaut, ne trouva plus rien
de bon ; sans doute mit-il tout son gnie 
se condamner ; il mourut fou. Peut-tre est-il sage
de prendre un peu de vanit, mais sans s'y donner, comme
on prend le soleil  sa porte.  
    --- ALAIN   
%
 Nul ne se choisit lui-mme. Nul n'a choisi non plus
ses parents ; mais la sagesse commune dit bien qu'il faut
aimer ses parents. Par le mme chemin je dirais bien qu'il
faut s'aimer soi-mme, chose difficile et belle. En ceux
que l'on dit gostes je n'ai jamais remarqu
qu'ils fussent contents d'eux-mmes ; mais plutt
ils font sommation aux autres de les rendre contents d'eux-mmes.
Faites attention que, sous le gouvernement goste,
ce sont toujours les passions tristes qui gouvernent. Pensez ici
 un grand qui s'ennuie. Mais quelle vertu, en revanche,
en ceux qui se plaisent avec eux-mmes ! Ils rchauffent
le monde humain autour d'eux. Comme le beau feu ; il brlerait
aussi bien seul, mais on s'y chauffe.  
    --- ALAIN   
%
 On ne peut pas dire que l'envieux s'aime lui-mme ;
au contraire, il est triste en face de lui-mme ; il
voudrait tre autre. Ambition exactement vaine, c'est--dire
sans substance, sans pouvoir, sans espoir. Aussi l'envie est peut-tre
un dsespoir. Car vais-je envier une facilit de
mon voisin qui le fait avancer dans les mathmatiques ?
Envier cela, qui est de lui, non de moi ? Qu'en ferais-je ?
Toute ma mathmatique  moi, il faut qu'elle sorte
de moi, que je la tire de moi. Je n'ai jamais  moi que
ce que je dveloppe de moi. Ce genre de courage et ce genre
d'exprience est le vritable amour de soi.  
    --- ALAIN   
%
 Le grand art est de savoir parler de soi sur un ton impersonnel.
(Le secret des moralistes).  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le mgalomane est un homme qui dit tout haut ce
que chacun pense de soi tout bas.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme est n d'abord orgueilleux et l'amour-propre
toujours bant est plus affam que le ventre. Un
militaire ne se trouve-t-il pas assez pay de risques mortels
par une mdaille de laiton ? Chaque fois que vous
portez atteinte au prestige de la richesse, vous rehaussez d'autant
le pauvre  ses propres yeux. Sa pauvret lui fait
moins honte, il l'endure, et telle est sa folie qu'il finirait
peut-tre par l'aimer. Or, la socit a besoin
pour sa machinerie de pauvres qui aient de l'amour-propre. L'humiliation
lui en rabat un bien plus grand nombre que la faim et de meilleure
espce, de celle qui rue aux brancards, mais tire jusqu'au
dernier souffle. Ils tirent comme leurs pareils meurent 
la guerre, non tant par got de mourir que pour ne pas rougir
devant les copains, ou encore pour embter l'adjudant. Si
vous ne les tenez pas en haleine, talonns par le propritaire,
l'picier, le concierge, sous la perptuelle menace
du dshonneur attach  la condition de clochard,
de vagabond, ils ne cesseront peut-tre pas de travailler,
mais ils travailleront moins, ou ils voudront travailler 
leur manire, ils ne respecteront plus les machines. Un
nageur fatigu qui sent sous lui un fond de cinq cents
mtres tire sa coupe avec plus d'ardeur que s'il gratigne
des orteils une plage de sable fin. Et remarquez vous-mme
qu'au temps o les mthodes de l'conomie
librale avaient leur entire valeur ducative,
leur pleine efficacit, avant la dplorable invention
des syndicats, le vritable ouvrier, l'ouvrier form
par vos soins, restait si profondment convaincu d'avoir
 racheter chaque jour par son travail le dshonneur
de sa pauvret que, vieux ou malade, il fuyait avec une
gale horreur l'hospice ou l'hpital, moins par attachement
 la libert que par honte  -  honte de
"ne pouvoir plus se suffire" comme il disait dans son admirable
langage.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Le comble de la suffisance intellectuelle est de croire
qu'on peut apprendre quelque chose en s'coutant monologuer.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 A partir du moment o le plaisir des autres
nous fait plaisir, les bons sentiments deviennent suspects.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Dommage que l'admiration de soi  -  qui aide 
vivre  -  ne dbouche que sur le mpris
des autres  -  qui assombrit l'existence.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le besoin d'entendre affirmer par d'autres tout le bien
qu'on pense de soi trahit le faible crdit qu'on accorde
 sa propre opinion.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ne vous tonnez pas que les autres animaux aient
 leur disposition tout ce qui est indispensable 
la vie du corps, non seulement la nourriture et la boisson, mais
le gte, et qu'ils n'aient pas besoin de chaussures, de
tapis, d'habits, tandis que nous, nous en avons besoin. Car il
et t nuisible de crer de pareils
besoins chez des tres qui n'ont pas leur fin en eux-mmes,
mais sont ns pour servir.  
    --- EPICTETE   
%
 Il plut si violemment que tous les porcs furent propres
et tous les hommes crotts.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Celui-l travaillait  un systme
de l'histoire de la nature o il avait class les
animaux d'aprs la forme de leurs excrments. Il
avait tabli trois ordres : les cylindriques, les
sphriques, ceux qui ont la forme de gteaux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 A la manire des Mtamorphoses d'Ovide,
une chauve-souris pourrait tre considre
comme une souris qui, poursuivie par une autre trop libidineuse,
pria les dieux d'avoir des ailes ; ailes qui lui furent accordes.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le chien est l'animal le plus vigilant, bien qu'il dorme
toute la journe.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Quel est ce bel et noble animal qui traverse la plaine
haletant de fatigue, les yeux gars par la frayeur,
et poursuivi par vingt autres animaux, suivis de quelques hommes
qui les ont dresss  cet horrible mange ?
c'est un pauvre cerf, qu'une meute va forcer. Elle va le faire
passer devant le chasseur ; il pourrait le tuer du coup,
s'il voulait, et terminer son agonie ; mais non, ce serait
abrger ses plaisirs. C'en est fait,... il est aux abois,
l'approche de la mort lui arrache des larmes... Il demande grce,
point de piti, on va l'gorger ; mais avec
la mme prcision qu'un matre d'htel
met  dcouper une volaille rtie, on le dpce
vivant. Hommes, vous avez invent des manires de
tuer les animaux proportionnes  la dlicatesse
de votre palais. Vous tes plus froces que moi.
 Oui, moi qui ai tu, voulez-vous que je vous dise une
chose : je n'ai jamais pu voir souffrir de sang-froid un
tre anim, quel qu'il ft. La mort ne me semble
rien, soit que je la regarde comme servant de transition 
une autre vie, soit qu'elle doive amener un anantissement
complet ; mais j'ai horreur de la souffrance, plus encore
pour les autres que pour moi, parce que je me suppose plus de
force qu'eux pour la supporter. La vue de la souffrance me torture,
lorsqu'elle est le rsultat d'un accident de nature ;
elle m'indigne, quand elle est impose par une crature
 une autre, quelle qu'elle soit, et je m'indigne plus
encore en voyant un agneau gorg par un boucher
qu'un homme dvor par un tigre. Honte soit au premier
philosophe qui dclara du haut de sa science que l'animal
tait un mcanisme, pour donner ainsi le droit 
l'homme de le torturer  son plaisir, comme un enfant s'amuse
 faire crier les ressorts d'une pendule !  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Frdrick Lematre me contait hier
qu'il entrait un jour dans un bouge, auberge de rouliers pour
y passer la nuit. Il a demand en entrant : Y a-t-il
des puces ici ? L'hte a rpondu gravement :
- Non, Monsieur. Les poux les mangent.  
    --- Victor HUGO   
%
 La perdrix aime les pois, mais pas ceux qui l'accompagnent
dans la casserole.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 L'lphant se laisse caresser. Le pou, non.  
    --- Le Comte de LAUTREAMONT   
%
 Voici de bien jolis traits de l'amour des btes.
Vallette et Rachilde n'ont pas seulement comme animaux la chatte
qu'ils ont sauve de l'eau il y a deux ou trois ans. Rachilde
lve galement sur des branches de mimosa
deux coccinelles. Mlle Vallette a un escargot. Ils ont encore,
dans leur salle  manger, une simple mouche fort bien apprivoise,
que les fentres ouvertes ne font pas du tout partir, qui
vient manger dans la main. Que de choses mystrieuses cela
voque. Une simple mouche, s'apprivoiser ainsi, rester
ainsi  demeure, venir ainsi manger tout comme une bte
domestique. Nous le disions ensemble ce matin, Vallette et moi.
A connatre ces choses, on arrive  ne plus
oser marcher de peur de tuer quelque chose. Je lui disais qu'
la campagne, j'ai vu quelquefois la route barre d'un large
ruban de fourmis qui traversaient, prenant mes prcautions
pour n'en craser aucune. De mme pour les limaces,
dans les sentiers des prs. Hlas ! les voitures,
les paysans ?   
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il est communment admis que le ct
"Art" des corridas en sauve le ct monstrueux.
 Je connais l'argument : il avait dj cours
au temps du roi Salomon alors que le sacrificateur prcipitait
dans la gueule embrase de Moloch des enfants hurlant d'pouvante.
La vrit est qu'on parle d'art plus facilement
qu'on n'en fait, et qu'il est plus facile d'en faire avec le martyre
des btes qu'avec les sept notes de la gamme, les sept couleurs
de l'arc-en-ciel, les vingt-cinq lettres de l'alphabet ou le contenu
d'un baquet de glaise.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 - Moi qui adore la plupart des btes, j'ai toujours
profess une ardente rpulsion pour le chien, que
je considre comme l'animal le plus abject de la cration.
 Le chien est le type de l'animal larbin, sans fiert,
sans dignit, sans personnalit.
 ... Une dame pleurarde et sentimenteuse interrompit ma diatribe :
  -  Oh ! le bon regard humide des bons toutous !
larmoya la personne. Comme a vous console de la mchancet
des hommes !
 Il n'en fallut pas plus pour me mettre hors de moi.
 Les bons toutous ! Ah ! ils sont chouettes, les bons
toutous !
 Le chien est aimant et fidle, dit-on, mais quel mrite
 s'attacher au premier venu uniquement parce qu'il s'intitule
votre matre, beau ou laid, drle ou rasant, bon ou
mauvais ?
 On a vu des chiens, dit-on encore, se faire tuer en dfendant
leur matre contre un bandit.
 Parfaitement, mais le mme chien aurait pu tre aussi
bien tu en attaquant l'honnte homme pour le compte
du bandit, si ce bandit avait t son matre
et si l'honnte homme avait dtenu l'indispensable
revolver.
 Le chien est un pitre qui fait le jacques pendant des heures,
pour avoir du susucre.
 C'est un lche qui tranglerait un bb
sur le moindre signe de sa fripouille de patron.
 Dans tout chien, il y a un fauve, mais un fauve idiot qui, sans
l'excusable besoin d'une proie personnelle, fait du mal pour la
quelconque lubie d'un tiers.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 [...] on dit toujours : Lent comme un escargot !
C'est bte ! L'escargot ne marche-t-il pas ventre 
terre ?  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Il ne faut pas vouloir la mort du pcheur, ft-il
 la ligne.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le manque de fiert du chien, sa bassesse et sa
peur l'ont fait choisir par l'homme, entre tous les autres animaux,
pour lui tre "fidle", c'est--dire servile,
pour lui permettre d'exercer sans contrle sa tyrannie et
pour le dfendre par ses cris. Ses cris,  l'approche
du danger, avertissent l'homme et dmontrent le peu de
courage du chien. Le chien ne dfend pas l'homme :
il l'appelle  son secours.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Les animaux sont les tres qui n'ont pas plus d'esprit
que de moyens. En quoi ils sont justes et mesurs et toujours
dignes dans leurs actes ( l'exception de ceux qui ont
quelque ressemblance avec l'homme et qui paraissent agits,
importuns, lubriques, curieux).  
    --- Paul VALERY   
%
 Au Zoo.  -  Toutes ces btes ont une tenue
dcente, hormis les singes. On sent que l'homme n'est pas
loin.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si le chien est le plus mpris des animaux,
c'est que l'homme se connat trop bien pour pouvoir apprcier
un compagnon qui lui est si fidle.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le cafard est universel. Mme les poux doivent le
connatre. Aucun moyen de s'en prmunir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Chat n. Automate doux et indestructible fourni par la
Nature pour prendre des coups de pied quand quelque chose ne va
pas dans le cercle familial.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Singe n. Animal arboricole qui se sent galement
trs  l'aise dans les arbres gnalogiques.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Qui aime un chat aime tous les chats.
 Qui aime son chien n'aime pas les autres.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La corrida  visage humain : les poseurs de
pansements interviennent aprs les banderilleros, et avec
quelle adresse !
 Le Mercurochrome ajoute  la couleur locale.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La navette qui a explos avec sept hommes dedans :
si 'avait t sept singes, les expriences
seraient interdites.  
    --- COLUCHE   
%
 Si tu veux que les chiots de ta chienne soient bien traits,
ne les donne pas, vends-les.  
    --- Frdric DARD   
%
 Les hamsters ne connaissent pas leur bonheur qui bnficient
des nouveaux mdicaments aux effets miraculeux cinq annes
avant les hommes.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Alexandre le Grand voulant btir une ville pour
servir de monument  sa gloire, l'architecte Dinostrate
lui fit voir comment il pourrait la placer sur le mont Athos.
"Ce lieu, dit-il, prsente une situation trs forte ;
la montagne pourrait se tailler de manire  donner
 cette ville une forme humaine, ce qui la rendrait une
merveille digne de la puissance du fondateur." Alexandre lui ayant
demand : "De quoi vivront les habitants ?  -  Je
n'y ai pas pens", rpond navement l'architecte.
Alexandre se mit  rire ; et laissant l cette
montagne, il btit Alexandrie, o les habitants devaient
se plaire par la beaut du pays et les avantages que lui
procure le voisinage de la mer et du Nil.  
    --- MACHIAVEL   
%
 C'est d'une organisation dlicate de dsquilibres
que l'quilibre tire son charme. Un visage parfait le dmontre
lorsqu'on le ddouble et qu'on le reforme de ses deux cts
gauches. Il devient grotesque. Les architectes le savaient jadis
et l'on constate, en Grce,  Versailles, 
Venise,  Amsterdam, de quelles lignes asymtriques
est faite la beaut de leurs difices. Le fil 
plomb tue cette beaut presque humaine.
 On connat la platitude, l'ennui mortel de nos immeubles
o l'homme se renonce.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 L'architecture actuelle s'occupe de la maison, de la maison
ordinaire et courante pour hommes normaux et courants. Elle laisse
tomber les palais. Voil un signe des temps.  
    --- LE CORBUSIER   
%
 Pour nous, chez qui tous les chefs-d'oeuvre n'ont d'autre
destination que d'tre exposs aux regards d'un petit
nombre d'hommes riches et d'tre emprisonns et cachs
dans les maisons des grands...  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On peut peindre tout un visage (avec des traits) dans
un espace qui n'est pas plus large qu'un ongle. Pour le dcrire
avec des phrases il faudrait une page entire et encore
on ne parviendrait pas  en donner une ide exacte.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut des monuments aux cits de l'homme ;
autrement o serait la diffrence entre la ville
et la fourmilire ?  
    --- Victor HUGO   
%
 Rembrandt n'aimait pas qu'on regardt sa peinture
de prs. Il repoussait les gens du coude et disait :
Un tableau n'est pas fait pour tre flair.  
    --- Victor HUGO   
%
 Quand j'ai fait un beau tableau, je n'ai pas crit
une pense. C'est ce qu'ils disent. Qu'ils sont simples !
Ils tent  la peinture tous ses avantages.  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Il importe en peinture, que le portrait ressemble au modle,
mais non pas le modle au portrait.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 L'art serait, malgr la plus parfaite explication,
de rserver encore de la surprise.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ralisme n. Art de dpeindre la nature telle
qu'elle est vue par les crapauds. Charme qui ressort d'un paysage
peint par une taupe, ou d'une histoire crite par un asticot.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Une thorie d'art aide  la critique, non
 la cration.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Dans les arts, les thories ne valent pas grand'chose...
Mais c'est une calomnie. La vrit est qu'elles
n'ont point de valeur universelle. Ce sont des thories
pour un. Utiles  un. Faites  lui, et pour lui,
et par lui. Il manque,  la critique, qui les dtruit
facilement, la connaissance des besoins et des penchants de l'individu ;
et il manque  la thorie mme de dclarer
qu'elle n'est pas vraie en gnral, mais vraie pour
X dont elle est l'instrument.
 On critique un outil sans savoir qu'il sert  un homme
auquel il manque un doigt, ou bien qui en a six.  
    --- Paul VALERY   
%
 Nous avons contract cette curieuse habitude de
tenir pour mdiocre tout artiste qui ne commence par choquer
et par tre suffisamment injuri ou moqu.
Qui ne nous heurte ou ne nous fait hausser les paules
est imperceptible. On en conclut qu'il faut choquer et l'on s'y
consacre. Une bonne tude de l'art moderne devrait mettre
en vidence les solutions trouves de cinq ans en
cinq ans au problme du choc, depuis deux ou trois quarts
de sicle...  
    --- Paul VALERY   
%
 Il y a un utile et un inutile en art. La majorit
du public ne ressent pas cela, envisageant l'art comme une distraction.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 "Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi."
 Enfoncez-vous bien cette ide dans la tte. Il faudrait
crire ce conseil comme une rclame.
 En effet le public aime  reconnatre. Il dteste
qu'on le drange. La surprise le choque. Le pire sort d'une
oeuvre c'est qu'on ne lui reproche rien  -  qu'on n'oblige
pas son auteur  une attitude d'opposition.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Beaucoup de gens estiment avoir vu un tableau quand ils
en ont vu une "superbe" reproduction en couleurs. Nous savons
fort bien que la photographie d'une personne n'est pas la personne
elle-mme, mais nous croyons "voir" des peintures ou des
sculptures en feuilletant les luxueux albums qui leur sont consacrs.  
    --- Jean-Franois REVEL  
%
 Le muse imaginaire n'est, en somme, que le muse
des gens sans imagination.  
    --- A propos du muse   
%
 Ne l'oublions pas : tout art est aussi un commerce
ou doit pouvoir l'tre, sans quoi nous aboutissons 
un art de type sovitique ou nazi, reposant tout entier
sur les commandes officielles, avec les cataclysmes esthtiques
que l'on connat. La littrature a conquis sa libert
en devenant un commerce, car, mme au plus haut niveau,
il vaut mieux tre Balzac, et vivre, ft-ce mal, de
livres achets par les lecteurs, que Racine ou Boileau,
si grands soient-ils, tributaires de la cassette du prince.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 ... il n'y a point d'absurdits si insupportables
qui ne trouvent des approbateurs. Quiconque a dessein de piper
le monde, est assur de trouver des personnes qui seront
bien aises d'tre pipes ; et les plus ridicules
sottises rencontrent toujours des esprits auxquels elles sont
proportionnes. Aprs que l'on voit tant de gens
infatus des folies de l'Astrologie judiciaire, et que
des personnes graves traitent cette matire srieusement,
on ne doit plus s'tonner de rien. Il y a une constellation
dans le ciel qu'il a plu  quelques personnes de nommer
balance, et qui ressemble  une balance comme 
un moulin  vent. La balance est le symbole de la justice :
donc ceux qui natrons sous cette constellation seront justes
et quitables. Il y a trois autres signes dans le Zodiaque,
qu'on nomme l'un Blier, l'autre Taureau, l'autre Capricorne,
et qu'on et pu aussi bien appeler Elphant, Crocodile,
et Rhinocros : le Blier, le Taureau et le
Capricorne sont des animaux qui ruminent : donc ceux qui
prennent mdecine, lorsque la lune est sous ces constellations,
sont en danger de la revomir. Quelques extravagants que soient
ces raisonnements, il se trouve des personnes qui les dbitent,
et d'autres qui s'en laissent persuader.  
    --- ARNAULD &#38; NICOLE   
%
 L'enttement pour l'astrologie est une orgueilleuse
extravagance. Nous croyons que nos actions sont assez importantes
pour mriter d'tre crites dans le grand-livre
du Ciel. Et il n'y a pas jusqu'au plus misrable artisan
qui ne croie que les corps immenses et lumineux qui roulent sur
sa tte ne sont faits que pour annoncer  l'Univers
l'heure o il sortira de sa boutique.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Prludes de la science.  -  Croyez-vous
donc que les sciences se seraient formes et seraient devenues
grandes si les magiciens, les alchimistes, les astrologues et
les sorcires ne les avaient pas prcdes,
eux qui durent crer tout d'abord, par leurs promesses
et leurs engagements trompeurs, la soif, la faim et le got
des puissances caches et dfendues ? Si l'on
n'avait pas d promettre infiniment plus qu'on ne pourra
jamais tenir pour que quelque chose puisse s'accomplir dans le
domaine de la connaissance ?  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dans le journal du jour, votre horoscope vous met en garde
(vous et les quelques trois cents millions de personnes qui sont
ns sous le mme signe) contre l'ventualit
d'un accident. Et a ne rate pas, vous glissez et vous
faites une chute. Tant crie-t-on Nol qu'il vient !...L'astrologie,
ce n'est pas si creux que a, en dfinitive...
 Mais est-ce bien sr ? Pourriez-vous jurer que vous
seriez tomb si vous n'aviez pas lu cette prdiction ?
Ou si vous tiez entirement convaincu de la parfaite
inanit de l'astrologie ? Aprs coup, il n'est
videmment pas possible, hlas ! de rpondre
 la question.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Athes : Quelle raison ont-ils de dire qu'on
ne peut ressusciter ? Quel est le plus difficile, de natre
ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais t soit,
ou ce qui a t soit encore ? Est-il plus difficile
de venir en tre que d'y revenir ? La coutume nous
rend l'un facile, le manque de coutume rend l'autre impossible :
populaire faon de juger !
 Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter ? Une poule ne
fait-elle pas des oeufs sans coq ? Quoi les distingue par
d'avec les autres ? Et qui nous a dit que la poule n'y peut
former ce germe aussi bien que le coq ?  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Quand un homme me vient dire qu'il ne croit rien et que
la religion est une chimre, il me fait l une fort
mauvaise confidence, car je dois avoir sans doute beaucoup de
jalousie d'un avantage terrible qu'il a sur moi. Comment !
il peut corrompre ma femme et ma fille sans remords, pendant que
j'en serois dtourn par la crainte de l'enfer !
La partie n'est pas gale. Qu'il ne croie rien, j'y consens,
mais qu'il s'en aille vivre dans un autre pays, avec ceux qui
lui ressemblent, ou, tout au moins, qu'il se cache et qu'il ne
vienne point insulter  ma crdulit.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les athes sont pour la plupart des savants hardis
et gars qui raisonnent mal, et qui, ne pouvant
comprendre la cration, l'origine du mal, et d'autres difficults,
ont recours  l'hypothse de l'ternit
des choses et de la ncessit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 S'il y a des athes,  qui doit-on s'en
prendre, sinon aux tyrans mercenaires des mes, qui, en
nous rvoltant contre leurs fourberies, forcent quelques
esprits faibles  nier le Dieu que ces monstres dshonorent ?  
    --- VOLTAIRE   
%
 L'athisme est le vice de quelques gens d'esprit,
et la superstition le vice des sots ; mais les fripons, que
sont-ils ? des fripons.  
    --- VOLTAIRE  
%
 C'est un homme si profondment ulcr
des crimes dont il a t tmoin qu'il en
rend la religion chrtienne responsable, en oubliant qu'elle
les condamne. Point de miracle qui ne soit pour lui un objet de
mpris et d'horreur ; point de prophtie qu'il
ne compare  celles de Nostradamus. Il va mme jusqu'
comparer Jsus-Christ  don Quichotte, et saint
Pierre  Sancho-Pansa : et ce qui est le plus dplorable,
c'est qu'il crivait ces blasphmes contre Jsus-Christ
entre les bras de la mort, dans un temps o les plus dissimuls
n'osent mentir, et o les plus intrpides tremblent.
 [...]
 On a imprim plusieurs abrgs de son livre ;
mais heureusement ceux qui ont en main l'autorit les ont
supprims autant qu'ils l'ont pu.   *
    --- A propos de l'abb   
%
 Je crois en Dieu, quoique je vive trs bien avec
les athes. Je me suis aperu que les charmes de
l'ordre les captivaient malgr qu'ils en eussent ;
qu'ils taient enthousiastes du beau et du bon, et qu'ils
ne pouvaient, quand ils avaient du got, ni supporter un
mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir
dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Je ne sais comment il arrive qu'il est impossible de former
un systme du Monde sans tre d'abord accus
d'athisme : Descartes, Newton, Gassendi, Malebranche.
En quoi on ne fait autre chose que prouver l'athisme et
lui donner des forces, en faisant croire que l'athisme
est si naturel que tous les systmes, quelque diffrents
qu'ils soient, y tendent toujours.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Nos fautes sont des dettes contractes ici et payables
ailleurs. L'athisme n'est autre chose qu'un essai de dclaration
d'insolvabilit.  
    --- Victor HUGO   
%
 Lorsqu'ils rencontrent un homme qui pense librement, les
croyants font le mme vacarme que les poules dcouvrant,
parmi leurs poussins, un caneton qui va vers l'eau. Ils ne songent
pas que des gens vivent aussi srement dans cet lment
qu'eux-mmes sur la terre ferme.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Les libres penseurs qui se convertissent me font l'effet
de ces hommes chastes qui mprisent la femme jusqu'
ce qu'ils se fassent engluer par la premire vieille peau
venue.  
    --- Jules RENARD   
%
 Libre penseur. Penseur suffirait.  
    --- Jules RENARD   
%
 A chaque sou, le mendiant remercie Dieu par un
signe de croix, mais il se dtourne, par ce temps de libres
penseurs qui courent les rues et qui se mlent d'tre
charitables.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je suis un incroyant. Je ne serai jamais un impie.  
    --- Andr GIDE   
%
 Se passer de Dieu... Je veux dire : se passer de
l'ide de Dieu, de la croyance en une Providence attentive,
tutlaire et rmunratrice... n'y parvient
pas qui veut.  
    --- Andr GIDE  
%
 La gravit maussade et froide avec laquelle ils
parlent du Nant me rend l'ide de Dieu sduisante
au possible.
 Leurs arguments dcolors tombent  plat
- et quand ils cherchent  convaincre, ils en sont pour
leurs frais, car la dmonstration qu'ils font de la non-existence
de Dieu leur donne aussitt l'air de nier l'vidence.
 Ne pas croire en Dieu, c'est repousser une hypothse ravissante.
 Nier Dieu, c'est croire en soi - comme crdulit,
je n'en vois pas de pire !
 Nier Dieu, c'est se priver de l'unique intrt que
peut avoir la mort.
 Et, pour tout dire enfin, l'athe n'est  mes yeux
qu'un fanatique sans passion, sans haine, sans amour - sans ironie
d'ailleurs - et, partant, sans excuse.
 Et, s'il faut en conclure, que faut-il en conclure ?
 Les tmoignages accumuls de la prsence
au Ciel du Divin Crateur sont loin d'tre probants.
 Mais, d'autre part - assurment - la "preuve du contraire"
est inimaginable.
 Or donc, prcisment, il n'en faut pas conclure.
 Il faut laisser  Dieu le bnfice du doute.  
    --- A propos des athes   
%
 Ce qu'on a appel "libert de conscience",
au long de l'Histoire, c'est la libert, pour les insatisfaits
du culte officiel massivement majoritaire dans un certain pays,
de pratiquer une religion diffrente, gnralement
simple version lgrement dviante du culte
officiel,  proprement parler : une hrsie.
 Il n'a jamais t question de libert de
conscience pour les non-croyants. Quand le protestantisme version
Calvin se fut impos  Genve comme religion
dominante, le simple soupon d'athisme vous conduisait
au bcher plus srement que la persistance dans la
religion catholique, devenue  son tour "hrsie".
 Aujourd'hui encore, surtout hors de France, ne pas croire en
une version quelconque de Dieu est proprement impensable. L'athe
est regard avec une certaine rpugnance, comme
une espce de monstruosit, d'bauche humaine
inacheve  qui il manque une facult essentielle.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 L'athe qui irait proclamant que l'inexistence
de Dieu est dmontre serait en contradiction avec
lui-mme : il ferait acte de foi, cette foi ft-elle
ngative. En effet, ayant admis que la question mme
de l'existence d'un Dieu se situe hors du domaine des questions
"permises" et n'a donc pas  tre pose puisqu'on
ne pourrait y rpondre, dans un sens ou dans l'autre, que
par des affirmations indmontrables, il la pose quand mme
et y rpond premptoirement. "Non" est tout aussi
tmraire que "Oui".
 L'athe cohrent se garde bien d'accepter la discussion
sur ce terrain. Une fois pour toutes, il ignore Dieu et le problme
de son existence, il se conduit en tout sans tenir compte de ces
chimres.
 L'agnosticisme est un raisonnement.
 L'athisme est un comportement.
 L'un dcoule de l'autre.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Le vritable et authentique athe est celui
qui croit fermement et dur comme fer que Dieu lui-mme ne
croit pas en Lui.  
    --- Pierre DAC   
%
 Pendant des sicles des esprits se sont battus
et ont risqu leur vie pour se librer de Dieu.
Et nous, au milieu du XX<SUP>e</SUP>, nous regrettons les chanes qu'Il
reprsentait et ne savons que faire d'une libert
pour laquelle nous n'avons fait aucun sacrifice, que nous n'avons
pas conquise. Nous sommes les hritiers ingrats de l'athisme
hroque, les pigones de la rvolte,
une masse de rebelles qui dplorent secrtement
la disparition des "superstitions", des "prjugs"
et des anciennes "terreurs".  
    --- Emil CIORAN   
%
 Dionisius le fils eust sur ce propos bonne grace. On l'advertit
que l'un de ses Syracusains avoit cach dans terre un thresor.
Il luy manda de le luy apporter, ce qu'il fit, s'en reservant
 la desrobbe quelque partie, avec laquelle il
s'en alla en une autre ville, o, ayant perdu cet appetit
de thesaurizer, il se mit  vivre plus liberallement. Ce
qu'entendant Dionysius luy fit rendre le demeurant de son thresor,
disant que puis qu'il avoit appris  en savoir
user, il le luy rendoit volontiers.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 L'avare dpense plus mort en un seul jour, qu'il
ne faisait vivant en dix annes ; et son hritier
plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-mme en toute sa
vie.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Pour tre avare, il ne faut que la paresse, l'inaction.
C'est pour cela que l'avarice est contagieuse.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le prodigue et l'avare aboutissent aux mmes haillons.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le ddain de l'argent est frquent surtout
chez ceux qui n'en ont pas. Disons les choses comme elles sont :
il est agrable d'en avoir pour les commodits qu'il
procure, d'abord, et plus encore pour l'impression de scurit
qu'il dgage et qui tranquillise. Et je crois bien que
l'inexplicable Avarice rencontre son explication dans le dveloppement
pouss  l'excs de ce sentiment de bien-tre.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Et, si j'tais le gouvernement, comme dit ma concierge,
c'est sur les signes extrieurs de feinte pauvret
que je taxerais impitoyablement les personnes qui ne dpensent
pas leurs revenus.
 Je sais des gens qui possdent sept ou huit cent mille
livres de rentes et qui n'en dpensent pas le quart. Je
les considre d'abord comme des imbciles et un
peu comme des malhonntes gens aussi. Le chque sans
provision est une opration bancaire prvue au Code
d'Instruction Criminelle, et c'est justice qu'il soit svrement
puni. Je serais volontiers partisan d'une identique svrit
 l'gard des provisions sans chques. L'homme
qui thsaurise brise la cadence de la vie en interrompant
la circulation montaire. Il n'en a pas le droit.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il vaut mieux tre l'hritier d'un homme
conome que celui d'un homme riche.  
    --- Frdric DARD   
%
 Le Pre Buffier a dfini la beaut :
l'assemblage de ce qui est le plus commun. Quand sa dfinition
est explique, elle est excellente, parce qu'elle rend
raison d'une chose trs obscure, parce que c'est une chose
de got.
 Le Pre Buffier dit que les beaux yeux sont ceux dont
il y en a un plus grand nombre de la mme faon ;
de mme, la bouche, le nez, etc. Ce n'est pas qu'il n'y
ait un beaucoup plus grand nombre de vilains nez que de beaux
nez ; mais que les vilains sont de bien diffrentes
espces ; mais chaque espce de vilains est
en beaucoup moindre nombre que l'espce des beaux. C'est
comme si, dans une foule de cent hommes, il y a dix hommes habills
de vert, et que les quatre-vingt-dix restants soient habills
chacun d'une couleur particulire : c'est le vert
qui domine.
 Enfin, il me parot que la difformit n'a point
de bornes. Les grotesques de Callot peuvent tre varis
 l'infini. Mais la rgularit dans les traits
est entre certaines limites.
 Ce principe du Pre Buffier est excellent pour expliquer
comment une beaut franoise est horrible 
la Chine, et une chinoise, horrible en France.
 Enfin, il est excellent peut-tre pour expliquer toutes
les beauts de got, mme dans les ouvrages
d'esprit. Mais il faudra penser l-dessus.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les hommes ne paroissent jamais plus outrs que
lorsqu'ils mprisent, ou lorsqu'ils admirent : il
semble qu'il n'y ait point de milieu entre l'excellent et le dtestable.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'exclamation "c'est beau !" et son effet. C'est
de tous les mots le plus indtermin et le mieux
entendu.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ni tous les rossignols ne chantent galement bien,
ni toutes les roses ne sentent galement bon.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Dans un ouvrage, quel qu'il soit, la symtrie apparente
ou cache est le fondement visible ou secret du plaisir
que nous prouvons. C'est elle qui donne une base aux mouvements
qu'excitent les varits, les contrastes.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Une chose rpute belle qui ennuie les esprits
d'lite n'est point belle.
 Principes : le beau n'est jamais ennuyeux, le mauvais n'est
jamais amusant.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le got est la qualit fondamentale qui rsume
toutes les autres qualits. C'est le nec plus ultra de
l'intelligence. Ce n'est que par lui seul que le gnie
est la sant suprme et l'quilibre de toutes
les facults.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Il tait si laid que, lorsqu'il faisait des grimaces,
il l'tait moins  
    --- Jules RENARD   
%
 Ce qui nous parat de mauvais got, c'est
ce que nous ne sommes pas en humeur de goter. Un quart
d'heure plus tard ou plus tt, et s'tait savoureux.  
    --- Jules RENARD   
%
 A son dernier cours, ou  l'avant-dernier,
Valry a donn cette dfinition du Beau :
"Le Beau, c'est le rare." On reconnat bien l le
prcieux, le fabricant de posie qu'est Valry.
Sa dfinition est aussi sotte que fausse, et que nfaste
 propager. Le rare, c'est le fabriqu, le manir,
le compliqu, le tortur, l'artificiel dans toute
son acception. Quand on sait que les pomes de Mallarm,
sous leur vocabulaire quintessenci, ont pour sujet (en
clair) les motifs les plus plats et ainsi ne sont rares que par
leurs chinoiseries de mots et de syllabes, cela en dit long sur
ce qu'entend et propose la dfinition de Valry.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les ingnieurs font de l'architecture, car ils
emploient le calcul issu des lois de la nature, et leurs oeuvres
nous font sentir l'HARMONIE. Il y a donc une esthtique
de l'ingnieur, puisqu'il faut, en calculant, qualifier
certains termes de l'quation, et c'est le got qui
intervient. Or, lorsqu'on manie le calcul, on est dans un tat
d'esprit pur et, dans cet tat d'esprit le got prend
des chemins srs.  
    --- LE CORBUSIER   
%
 Tout art et toute recherche, de mme que toute action
et toute dlibration rflchie, tendent,
semble-t-il, vers quelque bien. Aussi a-t-on eu parfaitement raison
de dfinir le bien : ce  quoi on tend en toutes
circonstances.  
    --- ARISTOTE   
%
 Personne, voyant le mal, ne le choisit, mais attir
par l'appt d'un bien vers un mal plus grand que celui-ci,
l'on est pris au pige.  
    --- EPICURE   
%
 Se dire ds l'aurore : je vais rencontrer
un indiscret, un ingrat, un violent, un perfide, un arrogant.
Tous leurs dfauts leur viennent de ce qu'ils ignorent
les biens et les maux. Pour moi, je connais la nature du bien,
c'est l'honnte, et celle du mal, c'est le vil ; je
connais aussi la nature du pcheur : c'est un tre
de mme race que moi, non pas de mme sang ni de mme
pre, mais participant  la raison et ayant une
part de la divinit ; nul d'entre eux ne peut donc
me nuire, car nul ne peut me faire faire une chose vile ;
et je ne puis non plus m'irriter contre un tre de ma race
ni le laisser de ct. Nous sommes ns pour
collaborer, comme les pieds, les mains, les paupires,
ou les deux ranges de dents, celle du haut et celle du
bas. Il est contre nature de s'opposer les uns aux autres :
et c'est s'opposer  eux que de s'irriter ou se dtourner
d'eux.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Ce qui n'est pas nuisible  la cit ne l'est
pas non plus au citoyen. Applique cette rgle 
tout ce qui te parat tre nuisible : "Si cela
ne nuit pas  la cit, cela ne me nuit pas non plus."  
    --- MARC-AURELE   
%
 Dans le Sunday Times de cette semaine je viens de lire
un article de Raymond Mortimer contre Marc Aurle, qui
aurait t un "prig" (pdant), un philistin,
un hypocrite. Evidemment on peut tout dire. Je me suis
foutu en colre et j'ai failli crire une lettre
d'insultes  l'auteur. Puis en pensant  l'empereur,
je me suis calm. Quel besoin aussi de lire des journaux ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le plus grand bien est celui qui nous dlecte avec
tant de force qu'il nous met dans l'impuissance totale de sentir
autre chose, comme le plus grand mal est celui qui va jusqu'
nous priver de tout sentiment. Voila les deux extrmes de
la nature humaine, et ces deux moments sont courts.
 Il n'y a ni extrmes dlices ni extrmes tourments
qui puissent durer toute la vie : le souverain bien et le
souverain mal sont des chimres.  
    --- VOLTAIRE   
%
 La fin du bien est un mal, la fin du mal est un bien.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Une mauvaise action n'est pas plus tt faite qu'elle
devient une bonne action, et voici comment : Elle punit celui
qui l'a faite.
 Elle se retourne contre lui, et le mord.
 Il semble qu'elle lui dise : Ah ! tu m'as voulue injuste.
Eh bien, je suis juste. Je te chtie.  
    --- Victor HUGO   
%
 Comme nous nous affectionnons de plus en plus aux personnes
 qui nous faisons du bien, de mme nous hassons
violemment ceux que nous avons beaucoup offenss.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il est bon qu'il y ait dans le Monde des biens et des
maux : sans cela, on seroit dsespr
de quitter la vie.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Telle est la nature des choses que l'abus est trs
souvent prfrable  la correction, ou, du
moins, que le bien qui est tabli est toujours prfrable
au mieux qui ne l'est pas.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le malheur de l'humanit, considre
dans l'tat social, c'est que quoiqu'en morale et en politique
on puisse donner comme dfinition que le mal est ce qui
nuit, on ne peut pas dire que le bien est ce qui sert ; car
ce qui sert un moment peut nuire longtemps ou toujours.  
    --- CHAMFORT   
%
 On reproche souvent aux grands de n'avoir pas fait tout
le bien qu'ils eussent pu dispenser  -  Ils pourraient
bien rpondre : songez seulement  tout le
mal que nous eussions pu faire et dont nous nous sommes abstenus.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 On n'est correct qu'en corrigeant.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La taquinerie est la mchancet des bons.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le mieux, c'est le bien d'autrui.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 D'tre mchant, c'est se venger d'avance.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 On ne se lasse point  parler de ce Franklin, dont
l'image se voit sur les pendules. Il admirait le soin que prenait
la Providence pour envoyer aux baleines arctiques, par le Gulf-Stream,
une certaine espce de mduses, appeles
orties-de-mer, dont elles sont friandes. Gageons que les orties-de-mer,
si elles savaient, ne donneraient les marques,  la Providence,
que d'une mdiocre approbation.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le mieux n'est l'ennemi que du mal.  
    --- Jules RENARD   
%
 Motif de l'attaque.
 On n'attaque pas seulement pour faire du mal  quelqu'un,
pour le vaincre, mais peut-tre aussi pour le seul plaisir
de prendre conscience de sa force.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La mchancet est rare.
 La plupart des hommes sont bien trop occups d'eux-mmes
pour tre mchants.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Entre deux maux, il faut choisir le moindre.
 L-dessus, pas d'incertitude. Les personnes les plus charitables
reconnaissent que le mal du prochain est toujours le moindre et
que c'est bien l qu'il faut choisir. Les moralistes ont
remarqu depuis longtemps qu'on a toujours assez de force
pour supporter les peines d'autrui.  
    --- Lon BLOY   
%
 Faire le bien autour de soi.
 Question de primtre. Moins il est tendu
et plus on se fait de bien  soi-mme.  
    --- Lon BLOY   
%
 Lorsque le mdecin vous recoud la peau du visage,
 la suite de quelque petit accident, il y a, parmi les
accessoires, un verre de rhum propre  ranimer le courage
dfaillant. Or, communment, ce n'est point le patient
qui boit le verre de rhum, mais l'ami spectateur, qui, sans en
tre averti par ses propres penses, tourne au blanc
verdtre et perdrait le sentiment. Ce qui fait voir, contre
le moraliste, que nous n'avons pas toujours assez de force pour
supporter les maux d'autrui.  
    --- ALAIN   
%
 Mais non ; il n'est nullement ncessaire d'tre
mchant pour blesser autrui. Et c'est bien l le
plus tragique : que des tres bons et qui s'aiment
puissent s'endolorir et se navrer avec la meilleure volont
du monde.  
    --- Andr GIDE   
%
 Sans la paresse qui dissuade de pousser la mchancet
trop loin et la concurrence  son paroxysme, notre socit
ne serait pas vivable.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il y a peu de belles vies en dtail : les
grands hommes ne le sont qu'en gros.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Oh ! qu'il devrait donc bien y avoir,  chaque
biographie de pote, un petit chapitre secret et rserv,
 l'usage des seuls bons esprits, capables de porter la
vrit, toute la vrit, sans la prendre
de travers ni en abuser.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 De nos jours tous les grands hommes ont leurs disciples
et c'est toujours Judas qui rdige la biographie.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Quand on lit le rcit d'une vie "exemplaire" comme
celle de Balzac, on arrive toujours au rcit de la mort.
Ainsi,  quoi bon ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Lis toutes les biographies des grands morts, et tu aimeras
la vie.  
    --- Jules RENARD   
%
 J'aime les anecdotes sur la petitesse des grands de ce
monde. J'aime me dire que Shakespeare levait volontiers le coude.
Je me cramponne mme au rcit de cette ultime orgie
avec son ami Ben Jonson. Peut-tre l'histoire est-elle apocryphe,
mais j'espre que non. J'aime l'imaginer sous les traits
d'un braconnier, d'un bon  rien de village, vilipend
par le matre d'cole, cible constante des sermons
du magistrat local. J'aime songer que Cromwell avait une verrue
sur le nez ; cette pense me rconcilie avec
mes propres traits. J'aime savoir qu'il mettait des bonbons sur
les chaises pour voir les dames lgantes abmer
leurs belles robes ; me dire que sa farce idiote le faisait
hurler de rire, comme n'importe quel Dudule de banlieue avec son
pistolet  eau les jours de fte. J'aime lire que
Carlyle balanait des tranches de bacon  la tte
de sa femme et se rendait parfois parfaitement ridicule pour des
contrarits de rien du tout, qui auraient fait
sourire un homme quilibr. Je songe alors 
la cinquantaine de bourdes que je commets par semaine et je me
dis : "Moi aussi, je suis un homme de lettres."  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Voix de la chair : ne pas avoir faim, ne pas avoir
soif, ne pas avoir froid ; celui qui dispose de cela, et
a l'espoir d'en disposer  l'avenir, peut lutter pour le
bonheur.  
    --- EPICURE   
%
 N'essaie pas que ce qui arrive arrive comme tu veux, mais
veux ce qui arrive comme il arrive, et tu couleras des jours heureux.  
    --- EPICTETE   
%
 Mais, dit-on, c'est un malheur d'tre tromp.
Non, ce n'est pas l'tre qui est un trs grand malheur.
Car ceux qui croient que le bonheur de l'homme rside dans
les ralits ont vraiment perdu l'esprit. Il dpend
de l'opinion qu'on a d'elles. L'obscurit et la diversit
des choses humaines sont telles qu'on ne peut rien savoir clairement,
comme l'ont bien dit mes Acadmiciens, les moins orgueilleux
des philosophes. Ou si on peut savoir quelque chose, c'est bien
souvent aux dpens du plaisir de la vie. Enfin, l'me
humaine est ainsi modele qu'on la prend beaucoup plus
par le mensonge que par la vrit. Veut-on une exprience
vidente et claire ? Qu'on aille couter le
sermon  l'glise : s'il est question de choses
srieuses, tout le monde dort, bille, s'ennuie.
Si le braillard, pardon, je voulais dire l'orateur [jeu de mot
en latin : clamator, celui qui pousse des cris, et declamator,
celui qui dclame = l'orateur] commence, comme il est frquent,
par quelque histoire de bonne femme, tout le monde se rveille,
se redresse, est bouche be.
 [...]
 J'ai connu quelqu'un de mon nom qui fit prsent 
sa jeune femme de quelques pierres fausses et la persuada, car
c'tait un beau parleur, non seulement qu'elles taient
vraies et naturelles mais qu'elles avaient une valeur rare, inestimable.
Eh bien, qu'est-ce que cela faisait  la jeune femme, puisqu'elle
n'prouvait pas moins de plaisir  repatre
ses yeux et son esprit de la verroterie et qu'elle gardait cachs
chez elle ces riens comme s'il s'agissait d'un prcieux
trsor ? 
 En attendant le mari vitait une dpense, et profitait
de l'illusion de son pouse qui lui tait tout aussi
reconnaissante que s'il lui avait offert un cadeau coteux.  
    --- ERASME   
%
 Par les dieux immortels, y a-t-il plus heureux que cette
espce d'hommes qu'on appelle vulgairement bouffons, fous,
sots, innocents, les plus beaux noms  mon avis ?
Au premier abord, j'ai peut-tre l'air de dire une chose
folle et absurde ; c'est pourtant rigoureusement vrai. D'abord
ils ignorent la crainte de la mort, qui, par Jupiter, n'est pas
une petite misre. Ils ignorent les remords de conscience.
Ils ne sont pas terrifis par les histoires de revenants.
Ils ne sont pas pouvants par les spectres et les
lmures, ni torturs par la crainte des maux qui
les menacent, ni cartels par l'esprance
des biens  venir. Bref, ils ne sont pas dchirs
par les mille tourments auxquels cette vie est en butte. Ils ignorent
la honte, la crainte, l'ambition, l'envie, l'amour. Enfin, s'ils
parviennent  l'inconscience des btes brutes, ils
ne commettent mme plus de pch, selon les
thologiens.
 Maintenant, sage plein de folie, je voudrais que tu comptes avec
moi tous les soucis qui jour et nuit tourmentent ton esprit, que
tu runisses en un seul tas tous les ennuis de ta vie,
et tu comprendras enfin de combien de misres j'ai affranchi
mes fous. Ajoutez-y que non seulement ils ne font que jubiler,
s'amuser, chantonner, rire, mais de plus ils apportent 
tous, partout o ils vont, le plaisir, le jeu, l'amusement
et le rire, comme si la bienveillance des dieux les avait destins
 gayer la tristesse de la vie humaine. Aussi,
tandis que les gens ont les uns envers les autres des sentiments
divers, tout le monde les reconnat galement pour
des amis, les recherche, les rgale, les choie, les entoure,
les secourt s'il arrive quelque chose, leur permet de dire ou
de faire n'importe quoi impunment. On dsire si
peu leur nuire que mme les btes sauvages s'abstiennent
de leur faire du mal, les sentant d'instinct inoffensifs. Car
ils sont vritablement consacrs aux dieux, en particulier
 moi ; ce n'est donc pas  tort qu'on les
respecte universellement.  
    --- ERASME   
%
 Les biens de la fortune, tous tels qu'ils sont, encores
faut il avoir du sentiment pour les savourer. C'est le jour,
non le posseder, qui nous rend heureux.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La nature nous rendant toujours malheureux en tous tats,
nos dsirs nous figurent un tat heureux, parce
qu'ils joignent  l'tat o nous sommes les
plaisirs de l'tat o nous ne sommes pas ;
et, quand nous arriverions  ces plaisirs, nous ne serions
pas heureux pour cela, parce que nous aurions d'autres dsirs
conformes  ce nouvel tat.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le sentiment de la fausset des plaisirs prsents
et l'ignorance de la vanit des plaisirs absents causent
l'inconstance.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Divertissement : Quand je m'y suis mis quelquefois,
 considrer les diverses agitations des hommes,
et les prils et les peines o ils s'exposent, dans
la cour, dans la guerre, d'o naissent tant de querelles,
de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc.,
j'ai dcouvert que tout le malheur des hommes vient d'une
seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une
chambre.
 ~
 Mais quand j'ai pens de plus prs, et qu'aprs
avoir trouv la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu
en dcouvrir la raison, j'ai trouv qu'il y en a
une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre
condition faible et mortelle, et si misrable, que rien
ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de prs.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le roi est environn de gens qui ne pensent qu'
divertir le roi, et  l'empcher de penser 
lui. Car il est malheureux, tout roi qu'il est, s'il y pense.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Il n'y a que trois sortes de personnes : les unes
qui servent Dieu, l'ayant trouv ; les autres qui
s'emploient  le chercher, ne l'ayant pas trouv ;
les autres qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouv.
Les premiers sont raisonnables et heureux ; les derniers
sont fous et malheureux ; ceux du milieu sont malheureux
et raisonnables.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Pourquoi nous faire horreur de notre tre ?
Notre existence n'est point si malheureuse qu'on veut nous le
faire accroire. Regarder l'univers comme un cachot, et tous les
hommes comme des criminels qu'on va excuter, est l'ide
d'un fanatique ; croire que le monde est un lieu de dlices
o l'on ne doit avoir que du plaisir, c'est la rverie
d'un sybarite. Penser que la terre, les hommes et les animaux
sont ce qu'ils doivent tre dans l'ordre de la Providence
est, je crois, d'un homme sage.  
    --- VOLTAIRE   
%
      Un jeune colonel a souvent l'impudence
      De passer en plaisirs un marchal
de France.
      "Etre heureux comme un roi",
dit le peuple hbt :
      Hlas ! pour le bonheur
que fait la majest ?
      En vain sur ses grandeurs un monarque
s'appuie ;
      Il gmit quelquefois, et bien
souvent s'ennuie.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Remarquez bien que la plupart des choses qui nous font
plaisir sont draisonnables.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le bonheur consiste plus dans une disposition gnrale
de l'esprit et du coeur, qui s'ouvre au bonheur que la nature
de l'Homme peut prter, que dans la multiplicit
de certains moments heureux dans la vie. Il consiste plus dans
une certaine capacit de recevoir ces moments heureux.
Il ne consiste point dans le plaisir, mais dans une capacit
aise de recevoir le plaisir, dans une esprance
bien fonde de le trouver quand on voudra, dans une exprience
que l'on n'a point un certain dgot gnral
pour les choses qui font la flicit des autres.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Si on ne vouloit tre qu'heureux, cela seroit bientt
fait. Mais on veut tre plus heureux que les autres, et
cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les
autres plus heureux qu'ils ne sont.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Comme l'homme vivrait heureux s'il s'occupait aussi peu
des affaires d'autrui que des siennes !  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Une impression agrable, lorsqu'elle est courte,
c'est plaisir ; lorsqu'elle est longue, c'est volupt ;
lorsqu'elle est permanente, c'est le bonheur. Un bonheur caus
par des impressions douces, flatteuses, que rien n'interrompt
ni ne trouble, c'est flicit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 N'est pas heureux qui ne veut l'tre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Oui, il entre invitablement dans la composition
de tout bonheur parfait l'ide de l'avoir mrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les mouvements de l'esprit, quand ils sont seuls, ne mesurent
rien. Les battements du pouls mesurent le temps, les battements
du coeur mesurent la vie ; mais la paix seule et les mouvements
de notre me mesurent le bonheur.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Pour tre tragiques, il faut que les malheurs soient
rares.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le plaisir n'est que le bonheur d'un point du corps. Le
vrai bonheur, le seul bonheur, tout le bonheur est dans le bien-tre
de toute l'me.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ne vous exagrez pas les maux de la vie et n'en
mconnaissez pas les biens, si vous cherchez  vivre
heureux.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quand on soutient que les gens les moins sensibles sont,
 tout prendre, les plus heureux, je me rappelle le proverbe
indien : "Il vaut mieux tre assis que debout, tre
couch qu'assis ; mais il vaut mieux tre mort
que tout cela."  
    --- CHAMFORT   
%
 Celui qui veut trop faire dpendre son bonheur
de la raison, qui le soumet  l'examen, qui chicane, pour
ainsi dire, ses jouissances, et n'admet que des plaisirs dlicats,
finit par n'en plus avoir. C'est un homme qui,  force
de faire carder son matelas, le voit diminuer, et finit par coucher
sur la dure.  
    --- CHAMFORT   
%
 Je conseillerais  quelqu'un qui veut obtenir une
grce d'un ministre de l'aborder d'un air triste, plutt
que d'un air riant. On n'aime pas  voir plus heureux que
soi.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il est difficile de ne pas s'exagrer le bonheur
dont on ne jouit pas.  
    --- STENDHAL   
%
 A l'individu, dans la mesure o il recherche
son bonheur, il ne faut donner aucun prcepte sur le chemin
qui mne au bonheur : car le bonheur individuel jaillit
selon ses lois propres, inconnues de tous, il ne peut tre
qu'entrav et arrt par des prceptes
qui viennent du dehors.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 HEUREUX. - En parlant d'un homme heureux : "Il est
n coiff." On ne sait pas ce que a signifie,
et l'interlocuteur non plus.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Pour vivre, je ne dis pas heureux (ce but est une illusion
funeste), mais tranquille, il faut se crer en dehors de
l'existence visible, commune et gnrale 
tous, une autre exigence interne et inaccessible  ce qui
rentre dans le domaine du contingent, comme disent les philosophes.
Heureux les gens qui ont pass leurs jours  piquer
des insectes sur des feuilles de lige ou  contempler
avec une loupe les mdailles rouilles des empereurs
romains ! Quand il se mle  cela un peu de
posie ou d'entrain, on doit remercier le ciel de vous
avoir fait ainsi natre.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 On ne devrait vivre que pour le plaisir. Rien ne vieillit
comme le bonheur.  
    --- Oscar WILDE   
%
 [...] un homme qui sait se rendre heureux avec une simple
illusion est infiniment plus malin que celui qui se dsespre
avec la ralit.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Chacun trouve son plaisir o il le prend.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le vrai bonheur serait de se souvenir du prsent.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il ne suffit pas d'tre heureux : il faut encore
que les autres ne le soient pas.  
    --- Jules RENARD   
%
 La gloire d'hier ne compte plus ; celle d'aujourd'hui
est trop fade, et je ne dsire que celle de demain.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le bonheur que les autres vous croient ajoute 
notre dtresse de savoir que nous ne sommes pas heureux.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le bonheur ne rend pas bon. C'est une remarque qu'on fait
sur le bonheur des autres.  
    --- Jules RENARD   
%
 J'ai toujours vu les gens heureux, mais qui le sont 
trop grands frais, envier le petit bonheur limit, dans
un coin.  
    --- Jules RENARD   
%
 Etre heureux, c'est tre envi. Or,
il y a toujours quelqu'un qui nous envie. Il s'agit de le connatre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le bonheur, c'est d'tre heureux ; ce n'est
pas de faire croire aux autres qu'on l'est.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut tre discret quand on parle de son bonheur,
et l'avouer comme si l'on se confessait d'un vol.  
    --- Jules RENARD   
%
 A quelque chose malheur est bon.
 Le malheur des autres, cela va sans dire. Il n'y a mme
que cela de bon. Il est assez difficile de se figurer une chose
heureuse arrivant  un voisin de campagne par exemple,
et dont on puisse tirer parti. La preuve, c'est que le bonheur
des uns ne fait pas le bonheur des autres, comme le dit fort exactement
un autre Lieu Commun presque identique.  
    --- Lon BLOY   
%
 Bonheur n. Agrable sensation qui nat de
la contemplation de la misre d'autrui.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Il vient un ge o le bonheur semble se retirer
de la vie, comme ces lacs qu'un t trop long rtrcit
entre leurs rives.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le bonheur se serait peut-tre d'avoir de l'argent,
une valise avec cinq ou six livres et ses vtements, et
de vivre tantt ici, tantt ailleurs, en changeant
sans cesse de gens, de paysages, d'ides, sans aucun attachement,
et en prenant des notes partout et surtout. On mourrait un jour
ou l'autre, o l'on pourrait. Le moindre sentiment, la
moindre affection, la moindre chose qu'on possde est une
chane.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Quand on pense  des choses de ce genre :
le mariage, la guerre, la prison, les estropis ns,
les tordus, les contrefaits, les idiots, les fous, les syphilitiques,
on sent le prix du bonheur d'y avoir chapp - jusqu'ici,
du moins.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Toute rvolution prtend travailler pour
le bien universel et veut propager sa doctrine dans le monde entier.
En 1792, toute l'Europe tait contre la Rvolution
franaise. Aujourd'hui, toute l'Europe est contre la Rvolution
russe. Il n'y a pas  s'chauffer. Il faut seulement
se mfier des gens qui veulent le bonheur de l'humanit,
d'o qu'ils soient. Les juges de l'Inquisition eux aussi,
voulaient faire le bonheur de leurs victimes.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'est une constatation que sont obligs de faire
quelquefois certains hommes : que de sots ont facilement
ce qu'ils n'ont pas.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il arrive chaque jour entre la place de l'Etoile
et la place de la Concorde un nombre d'accidents qui ne varie
gure. Donc chaque accident arriv  autrui
est un accident vit par vous. 
 Le nombre des maladies et des larmes est quilibr
de la mme faon - et chaque fois qu'un homme meurt,
ce n'est pas vous.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Ds longtemps j'avais dcel chez
mes amis les plus intimes comme un secret espoir de me voir malheureux
dans mon propre intrt.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Vos amis qui vous prdisent des malheurs en arrivent
bien vite  vous les souhaiter - et ils les provoqueraient
au besoin pour conserver votre confiance.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il y a assez de gens qui s'occupent des malheureux, des
disgracis, des dshrits, pour que
je dfende un peu le bonheur, la grce et la beaut.
 Il n'y a pas que des malheureux.
 Il n'y a pas que des gens laids.
 Or, sous le prtexte magnifique de favoriser les gens
malheureux, vous risquez de faire du mal  ceux qui ne
le sont pas. C'est trs grave.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Vous avez trouv le bonheur, dites-vous. Prenez
garde ! Car c'est l'oasis, et Pgase ne va pas plus
loin vous porter.  
    --- Andr GIDE   
%
 Non s'efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir
dans l'effort mme, c'est le secret de mon bonheur.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le besoin qu'a Pascal de dsesprer l'homme
et de saper ses joies,  seule fin de prcipiter
sa conversion, cette systmatique dprciation
du jeu, de l'art ("quelle vanit que la peinture..."),
de tout ce qui distrait l'homme de la ncessit
de la mort - me parat beaucoup plus vain que le plaisir
mme ; et combien me parat plus sage la boutade
de Hebel : "Que peut faire de mieux le rat pris au pige ?
- C'est de manger le lard."  
    --- Andr GIDE   
%
 On dit communment que tous les hommes poursuivent
le bonheur. Je dirais plutt qu'ils le dsirent,
et encore en paroles, d'aprs l'opinion d'autrui. Car le
bonheur n'est pas quelque chose que l'on poursuit, mais quelque
chose que l'on a. Hors de cette possession il n'est qu'un mot.
Mais il est ordinaire que l'on attache beaucoup de prix aux objets
et trop peu de prix  soi. Aussi l'un voudrait se rjouir
de la richesse, l'autre de la musique, l'autre des sciences. Mais
c'est le commerant qui aime la richesse, et le musicien
la musique, et le savant la science. En acte, comme Aristote disait
si bien. En sorte qu'il n'est point de chose qui plaise, si on
la reoit, et qu'il n'en est presque point qui ne plaise,
si on la fait, mme de donner et recevoir des coups. Ainsi
toutes les peines peuvent faire partie du bonheur, si seulement
on les cherche en vue d'une action rgle et difficile,
comme de dompter un cheval. Un jardin ne plat pas si on
ne l'a pas fait. Une femme ne plat pas, si on ne l'a conquise.
Mme le pouvoir ennuie celui qui l'a reu sans peine.
Le gymnaste a du bonheur  sauter, et le coureur 
courir ; le spectateur n'a que du plaisir.  
    --- ALAIN   
%
 Il est proverbial que c'est dans le malheur qu'on apprend
 connatre ses amis. Ce n'est point qu'un malheureux
loigne par les services qu'il attend ; les hommes
aiment  rendre service ; seulement ils n'aiment point
les visages malheureux. C'est en ces passages que l'amuseur connat
les amertumes de son mtier.  
    --- ALAIN   
%
 Il n'y a pas de bonheur au monde si l'on attend au lieu
de faire, et ce qui plat sans peine ne plat pas
longtemps. Faire ce qu'on veut, ce n'est qu'une ombre. Etre ce
qu'on veut, ombre encore. Mais il faut vouloir ce qu'on fait.
Il n'est pas un mtier qui ne fasse regretter de l'avoir
choisi, car lorsqu'on le choisissait on le voyait autre ;
aussi le monde humain est rempli de plaintes. N'employez point
la volont  bien choisir, mais  faire que
tout choix soit bon.  
    --- ALAIN   
%
 Les sages d'autrefois cherchaient le bonheur ; non
pas le bonheur du voisin, mais leur bonheur propre. Les sages
d'aujourd'hui s'accordent  enseigner que le bonheur propre
n'est pas une noble chose  chercher, les uns s'exerant
 dire que la vertu mprise le bonheur, et cela
n'est pas difficile  dire ; les autres enseignant
que le commun bonheur est la vraie source du bonheur propre, ce
qui est sans doute l'opinion la plus creuse de toutes, car il
n'y a point d'occupation plus vaine que de verser du bonheur dans
les gens autour comme dans des outres perces ; j'ai
observ que ceux qui s'ennuient d'eux-mmes, on ne
peut point les amuser ;  et au contraire,  ceux qui
ne mendient point, c'est  ceux-l que l'on peut
donner quelque chose, par exemple la musique  celui qui
s'est fait musicien. Bref il ne sert point de semer dans le sable ;
et je crois avoir compris, en y pensant assez, la clbre
parabole du semeur, qui juge incapables de recevoir ceux qui manquent
de tout. Qui est puissant et heureux par soi sera donc heureux
et puissant par les autres encore en plus.  
    --- ALAIN   
%
 Au lieu de prtendre avec le pessimisme qu'il n'y
a pas de plaisir sans mlange, il faudrait plutt
s'exprimer ainsi : tous les plaisirs enveloppent leur douleur,
c'est--dire une possibilit de conscience qui les
empoisonnera, les rendra fragiles, dfiants, souponneux ;
 peine avons-nous commenc de les vivres qu'ils
projettent dj une ombre d'eux-mmes, infiniment
lgre et fugitive, et cette ombre est comme leur
conscience lmentaire. Pour tre parfaitement
heureux il faudrait ne rien savoir de son bonheur ; mais
y a-t-il jamais eu un seul sentiment humain, si pur soit-il, que
n'effleurt quelque rflexion imperceptible ?
Voil la vraie maldiction, la Nmsis
dont parle Schelling et qui, en nous proposant le savoir, trouble
le clair miroir de l'innocence. Le drame antique a exprim
par de profonds symboles cette pudeur d'un bonheur qui craint
d'veiller la jalousie des dieux... Prendre conscience
de son plaisir, c'est s'apercevoir qu'il n'est qu'un pauvre plaisir
sans lendemain, qu'il nous laisse ternellement inquiets,
dsirants, famliques. La conscience ne se borne
donc pas  faire du plaisir un objet : elle en manifeste
l'insuffisance, elle apporte avec soi le premier doute qui, lentement,
sournoisement, va miner notre bonheur.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Dans toutes les espces animales et chez l'homme,
la rcompense ne s'obtient que par l'action. Le bonheur
ne vous tombe qu'exceptionnellement tout prpar
dans les bras. Il faut aller  sa rencontre, il faut tre
motiv  le dcouvrir,  tel point
qu'il perd de son acuit s'il vous est donn sans
tre dsir. La pulsion primitive est indispensable,
celle de la recherche du plaisir, de l'quilibre biologique.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il est plus que temps de mettre au rancart les contes
de bonne femme qui voudraient nous faire croire que la chance,
le bonheur et la satisfaction sont tout ce qu'il convient de dsirer
dans l'existence. Il y a trop longtemps que l'on nous dit -et
que nous croyons navement - que la poursuite du bonheur
dbouche sur le bonheur.
 [...]
 La littrature mondiale aurait d suffire 
veiller nos soupons. Dsastre, tragdie,
catastrophe, crime, pch, dmence, danger
- voil la matire premire de toutes les
grandes crations littraires. L'Enfer de Dante
est beaucoup plus ingnieux que son Paradis. Il en va de
mme du Paradis perdu de Milton,  ct
duquel son Paradis retrouv est assez insipide. Le premier
Faust nous tire des larmes, le second des billements.
 Inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous,
et o en serions-nous, sans notre malheur ? J'espre
que l'on me passera la vulgarit de l'expression car elle
est littralement vraie : nous en avons salement besoin.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Comme le lecteur le sait probablement dj,
la devise officieuse du puritanisme est : "Fais ce que tu
voudras,  condition de n'en tirer aucun plaisir." Et il
existe effectivement des gens qui jugent indcent de prendre
plaisir  quoi que ce soit dans un monde tel que celui
o nous vivons aujourd'hui. Et, certes, il devient difficile
de jouir ne serait-ce que d'un verre d'eau  l'instant
o l'on sait qu'un demi-million de civils innocents sont
en train de mourir de soif dans la moiti occidentale de
Beyrouth. Mais,  supposer mme que le bonheur mondial
soit pour demain, les pessimistes calvinistes auraient encore
des raisons d'esprer. Ils pourraient toujours avoir recours
 la recette de Laing en reprochant  leurs interlocuteurs
innocemment heureux : "Comment oses-tu t'amuser alors que
le Christ est mort sur la croix pour ton salut ? Tu crois
qu'il s'amusait, lui ? " Le reste n'est plus que silence
gn.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Les hommes recherchent furieusement le plaisir, mais ne
se croiraient pas complets, dignes de vivre, s'ils ne payaient
leur tribut  la souffrance. Donc il faut souffrir. La
plupart s'en tirent fort bien avec les ennuis quotidiens. Pour
celle-ci, c'est le mnage, la queue, la vaisselle, le retour
d'ge, pour celui-ci, le bureau, le manque de tabac, la
brivet des vacances, le mal de dents. D'autres
supplient quelques bonnes mes de leur taper dessus, se
nourrissent d'ennuis prsums, et ne sont pleinement
satisfait que lorsque le monde entier semble acharner 
les perdre. Comme s'il tait ncessaire de lever
le petit doigt pour avancer un tel rsultat. Mais il en
est qui ont lu quelque peu, qui ont une vague ide de la
souffrance "potique", et pour ceux-l quelques
subtilits s'imposent. Ils trouveront  qui parler,
et souffrance  leur mesure, en se jetant  corps
perdu dans les femmes. L, c'est gagner d'avance. Ils sautent
sur cette possibilit de tragique avec frnsie.
On s'assure quelques jours de profond chagrin. Il ne peut se faire
qu'un scnario bien conditionn ne droule
pas irrvocablement sa bobine jusqu'au terme de l'histoire.
Quel plaisir de se donner des airs de Christ parce qu'elle n'est
pas venue au rendez-vous ! De rentrer pleurer entre nos quatre
murs familiers qui en perdent leurs fades couleurs. Est-ce beau !
Est-ce assez "humain".  
    --- Georges PERROS   
%
 Le paradis n'tait pas supportable, sinon le premier
homme s'en serait accommod ; ce monde ne l'est pas
davantage, puisqu'on y regrette le paradis ou l'on en escompte
un autre. Que faire ? o aller ? Ne faisons rien
et n'allons nulle part, tout simplement.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'"homme" - je veux dire je, tu, il, nous tous - croit
vouloir le bonheur. Il croit cela parce qu'il ne l'a pas. Il en
rve comme l'assoiff rve d'oasis. Il se connat
fort mal lui-mme. En fait, ce qu'il veut, peut-tre
pas consciemment, mais en tous cas ce qu'il recherche, ce vers
quoi toute sa conduite tend perdument, c'est exactement
le contraire. Il veut risquer et vaincre, il veut avoir peur et
dominer sa peur, il veut tre mieux que son voisin ou avoir
plus que lui, il veut tre le premier, il veut dominer,
il veut sduire, il veut, en un mot, non pas une vie harmonieuse,
mais une vie excitante, passionnante. Il croit vouloir le bonheur
mais il veut l'aventure qui, se raconte-t-il, dbouchera
sur le bonheur. Il se raconte des histoires.
 Et tous ceux qui se sont terriblement battus, quel qu'ait t
leur combat, croyaient se battre pour l'aprs, pour la
victoire et ses fruits. Ils ne savaient pas, ils ne voulaient
pas savoir, qu'ils se battaient pour se battre. Pour le combat.
Les Guynemer et les Robespierre, les Napolon et les Jeanne
d'Arc, les Vincent de Paul et les Hitler, les conqurants
et les martyrs... Leur moteur est leur temprament mme,
leur bilan caractriel, leur dvorant besoin d'activit
ou de dvouement. La "cause" n'est qu'affaire de circonstances.
Ils se seraient tout aussi bien battus ou sacrifis pour
n'importe quoi d'autre, et avec la mme conviction.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Tout ce qui m'intresse, soit a fait grossir,
soit c'est immoral !  
    --- COLUCHE   
%
 La majeure partie de nos ennuis provient de la complexit
de notre nature et de la longvit de l'espce.
Mon chien qui ignore superbement l'angoisse mtaphysique,
la TVA, Andr Comte-Spongieux et la formation permanente,
coule des jours paisibles et profite sans se poser de vaines questions
de tout ce que la vie peut lui apporter : un rayon de soleil,
un bout de ctelette, un morceau de sucre, la chienne du
tripier. Un homme disposant de possibilits identiques
se proccupe de la matit de son bronzage, du degr
de cuisson de la viande, de la valeur calorique du sucre et de
la moralit de sa partenaire. C'est l'intelligence qui,
scrtant plus d'arrire-penses que
de penses, dnature les joies simples qui n'ont
nul besoin d'analyse.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le bonheur c'est aussi souvent de ne plus faire certaines
choses qu'on croyait indispensables.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si l'on te rapporte qu'un tel dit du mal de toi, ne te
dfends pas contre ses propos, mais rponds :
"C'est qu'il ignorait mes autres dfauts ; sans quoi
il ne se serait pas born  ceux-l."  
    --- EPICTETE   
%
 L'on me dit tant de mal de cet homme, et j'y en vois si
peu, que je commence  souponner qu'il n'ait un
mrite importun qui teigne celui des autres.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La calomnie est comme la gupe qui vous importune,
et contre laquelle il ne faut faire aucun mouvement, 
moins qu'on ne soit sr de la tuer, sans quoi elle revient
 la charge, plus furieuse que jamais.  
    --- CHAMFORT   
%
 Ne montrez pas le revers et l'exergue  ceux qui
n'auront pas vu la mdaille. C'est  dire ne parlez
pas des dfauts des gens de bien (et surtout de vos amis)
 ceux qui ne connaissent ni leur visage, ni leur vie,
ni leur mrite.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Calomnie. - Si l'on trouve la trace d'une suspicion vraiment
infamante, il ne faut jamais en chercher la source chez ses ennemis
loyaux et simples ; car, si ceux-ci inventaient sur notre
compte une pareille chose, tant nos ennemis, ils ne trouveraient
pas crance. Mais ceux  qui nous avons t
le plus utiles pendant un certain temps et qui, pour une raison
quelconque, peuvent tre secrtement certains de
ne plus rien obtenir de nous, - ceux-l sont capables de
mettre une infamie en circulation : ils trouvent crance,
d'une part parce que l'on admet qu'ils n'inventeraient rien qui
pourrait leur nuire personnellement, d'autre part puisqu'ils ont
appris  nous connatre de plus prs. - Pour
se consoler, celui qui est ainsi calomni peut se dire :
les calomnies sont des maladies des autres qui clatent
sur ton propre corps ; elles dmontrent que la socit
est un seul organisme (moral), de sorte que tu peux entreprendre
sur toi la cure qui profitera aux autres.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 On s'attaque  ta vie prive ? 
 C'est que l'on ne trouve rien  redire  tes ouvrages.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Diseur de bons mots, mauvais caractre.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Ne pouvoir supporter tous les mauvais caractres
dont le monde est plein n'est pas un fort bon caractre :
il faut dans le commerce des pices d'or, et de la monnaie.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Dans la socit, c'est la raison qui plie
la premire. Les plus sages sont souvent mens par
le plus fou et le plus bizarre : l'on tudie son faible,
son humeur, ses caprices, l'on s'y accommode ; l'on vite
de le heurter, tout le monde lui cde ; la moindre
srnit qui parat sur son visage
lui attire des loges : on lui tient compte de n'tre
pas toujours insupportable. Il est craint, mnag,
obi, quelquefois aim.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 "Diseurs de bons mots, mauvais caractre" :
je le dirais, s'il n'avait t dit. Ceux qui nuisent
 la rputation ou  la fortune des autres,
plutt que de perdre un bon mot, mritent une peine
infamante ; cela n'a pas t dit, et je l'ose
dire.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le caractre est form de nos ides
et de nos sentiments : or il est trs prouv
qu'on ne se donne ni sentiments ni ides ; donc notre
caractre ne peut dpendre de nous.
 S'il en dpendait, il n'y a personne qui ne ft
parfait.
 Nous ne pouvons nous donner des gots, des talents ;
pourquoi nous donnerions-nous des qualits ?
 Quand on ne rflchit pas, on se croit le matre
de tout ; quand on y rflchit, on voit qu'on
n'est matre de rien.  
    --- VOLTAIRE   
%
 J'ai toujours trouv que les personnes prtendument
excrables gagnaient  tre connues de prs,
alors que les bonnes gens, elles, y perdaient.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme
il leur convient de se montrer ; dans les petites, ils se
montrent comme ils sont.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il faut savoir faire les sottises que nous demande notre
caractre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Quiconque n'a pas de caractre n'est pas un homme,
c'est une chose.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il faut des vertus qui fassent aimer et des dfauts
qui fassent craindre. Probablement ce sont les dfauts
qui vous manquent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Nous sommes tous plus ou moins chos, et nous rptons
malgr nous les vertus, les dfauts, les mouvements
et le caractre des autres, j'entends de ceux avec qui
nous vivons.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les hommes comme moi sont impossibles jusqu' ce
qu'ils soient ncessaires.  
    --- Victor HUGO   
%
 Homme de caractre. - Un homme parat avoir
du caractre beaucoup plus souvent parce qu'il suit toujours
son temprament que parce qu'il suit toujours ses principes.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Une fois la dcision prise, rester sourd aux meilleures
objections : preuve de caractre. Donc  l'occasion,
vouloir tre stupide...  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Un homme de caractre n'a pas bon caractre.  
    --- Jules RENARD   
%
 La vie est ce que notre caractre veut qu'elle
soit. Nous la faonnons, comme un escargot sa coquille.  
    --- Jules RENARD   
%
 Nous sommes loin de nous douter des services que pourraient
nous rendre nos dfauts - si nous savions les mettre en
oeuvre.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le meilleur moyen pour apprendre  se connatre,
c'est de chercher  comprendre autrui.  
    --- Andr GIDE   
%
 C'est selon l'ordre des affections que le caractre
se forme ; c'est dans le cercle de la famille et des amitis
qu'il se fixe ; par les jugements ; cela se voit ;
cela saute aux yeux. On se demande si l'effet des reproches, et
mme leur fin, n'est pas de nous rappeler  notre
caractre, et de nous mettre en demeure de faire exactement
ce mlange de bien et de mal que l'on attend de nous. Votre
jeu est de mentir, et je vous le rappelle en annonant
que je ne vais pas croire un mot de ce que vous direz. Mais l'autre,
par sa manire de dire le vrai comme si c'tait
faux, me somme  son tour d'tre dfiant.
On fuit le brutal ; cela attire les coups, et en quelque
faon les aspire, par ce vide promptement fait. Il est
presque impossible que celui qui est rput paresseux
s'lance pour rendre service, car l'espace lui manque ;
tout est ferm autour de lui ; nul n'attend rien de
lui. Il ne trouve point passage. Il se heurte, il importune, dans
le moment o il devrait servir. "Toujours le mme,
dit-on de lui ; les autres ne sont rien pour lui." Il le
croit, il se le prouve, par la peur de se l'entendre dire.  
    --- ALAIN   
%
 Avoir du caractre n'est point le mme qu'avoir
un caractre. Mais le double sens du mot doit nous avertir.
Avoir du caractre, c'est accepter sa propre apparence
et s'en faire une arme. Comme de bgayer, ou d'avoir la
vue basse, ou d'un grand nez faire commandement ; aussi bien
d'un petit. On fait autorit d'une voix forte, mais d'une
voix faible aussi, d'un nasillement. Un boiteux peut tre
premptoire ; on attend qu'il le soit. Le ridicule
n'est que l'absence d'une pense derrire ces signes
imprieux. Toutefois si l'on se trouvait pourvu d'quilibre,
et de bel aspect, sans aucun ridicule, il ne faudrait pas encore
dsesprer. Socrate usait indiscrtement
de ce nez camus ; le beau Platon dut chercher d'autres moyens.
Un orateur ne cache point ses dfauts ; il les jette
devant lui. J'ai souvenir d'un avocat sifflotant, et tout 
fait ridicule ; mais il tait redout. Ses
adversaires se moquaient de lui, et, par cela mme, l'admiraient.
On ne cite gure d'hommes puissants et libres qui n'aient
conserv et compos ces mouvements de nature, de
faon  s'ouvrir d'abord un chemin parmi les sots.
Il n'y a qu'affectation au monde ; et cela est ridicule si
l'on imite ; puissant au contraire, et respect, et
redout, celui qui affecte selon sa nature. "Il t'est naturel
d'tre simple, disait quelqu'un, et tu affectes d'tre
simple. C'est trs fort."  
    --- ALAIN   
%
 On n'est soi qu'en mobilisant tous ses travers, qu'en
se solidarisant avec ses faiblesses, qu'en suivant sa "pente".
Ds qu'on cherche son "chemin", et qu'on s'impose quelque
modle noble, on se sabote, on s'gare...  
    --- Emil CIORAN  
%
 Dans notre socit, on dit que quelqu'un
a du caractre lorsqu'il accorde plus d'importance 
ses propres opinions qu' celles d'autrui.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il est prfrable d'avoir de trs
gros dfauts que de toutes petites qualits.  
    --- Frdric DARD   
%
 Ce systme de la ncessit et de
la fatalit a t invent de nos jours
par Leibniz,  ce qu'il dit, sous le nom de  raison suffisante ;
il est pourtant fort ancien : ce n'est pas d'aujourd'hui
qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que souvent la plus petite
cause produit les plus grands effets.
 ...
 Mais il me semble qu'on abuse trangement de la vrit
de ce principe. On en conclut qu'il n'y a si petit atome dont
le mouvement n'ait influ dans l'arrangement actuel du
monde entier ; qu'il n'y a si petit accident, soit parmi
les hommes, soit parmi les animaux, qui ne soit un chanon
essentiel de la grande chane du destin.
 ...
 Tous les vnements sont produits les uns par les
autres, je l'avoue ; si le pass est accouch
du prsent, le prsent accouche du futur ;
tout a des pres, mais tout n'a pas toujours d'enfants.
Il en est ici prcisment comme d'un arbre gnalogique :
chaque maison remonte, comme on sait,  Adam, mais dans
la famille il y a bien des gens qui sont morts sans laisser de
postrit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Nous devons croire que tout a une cause, comme l'araigne
tisse sa toile afin d'attraper des mouches, et le fait bien avant
de savoir qu'en ce monde il existe des mouches.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Ce n'est pas parce qu'il y a une rose sur le rosier que
l'oiseau s'y pose : c'est parce qu'il y a des pucerons.  
    --- Jules RENARD   
%
 Nous ne pouvons infrer les vnements
de l'avenir des vnements prsents.
 La croyance au rapport de cause  effet est la superstition.  
    --- Ludwig WITTGENSTEIN   
%
 Quand on dit que les mmes causes produisent les
mmes effets, on ne dit rien. Car les mmes choses
ne se reproduisent jamais  -  et d'ailleurs on ne peut
jamais connatre toutes les causes.  
    --- Paul VALERY   
%
 Cause  -  Si l'on dit que le coup de mer a ruin
une jete. Tout ici est homo  -  Coup  -  et
l'emploi du verbe actif comme l'ide de ruine ou de dsordre
 -  qui est relative  notre ordre. Et l'on nglige
la modification rciproque de la mer. On ne dit pas :
la jete a vomi ses pierres sur la mer, a transform,
dissip, l'nergie de 1a lame.
 Mais quoi qu'on fasse, c'est toujours un homme qui observe.  
    --- Paul VALERY   
%
 La science, il est vrai, ne progresse qu'en remplaant
partout le pourquoi par le comment ; mais, si recul
qu'il soit, un point reste toujours o les deux interrogations
se rejoignent et se confondent. Obtenir l'homme... des milliards
de sicles n'y auraient pu suffire, par la seule contribution
du hasard. Si antifinaliste que l'on soit, que l'on puisse tre,
on se heurte l  de l'inadmissible,  de
l'impensable ; et l'esprit ne peut s'en tirer qu'il n'admette
une propension, une pente, qui favorise le ttonnant, confus
et inconscient acheminement de la matire vers la vie,
vers la conscience ; puis,  travers l'homme, vers
Dieu.  
    --- Andr GIDE  
%
 Etant philosophe, vous devez savoir ce que l'on
entend par principe de raison suffisante. Malheureusement, pour
tout ce qui le concerne directement, l'homme y fait toujours exception ;
dans notre vie relle, je veux dire notre vie personnelle,
comme dans notre vie historique et publique, ne se produit jamais
que ce qui n'a pas de raison valable.  
    --- Le Principe de Raison   
%
 Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort
n'tait que d'un ct.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il n'y a nulle certitude, ds qu'il est physiquement
ou moralement possible que la chose soit autrement. Quoi !
Il faut une dmonstration pour oser assurer que la surface
d'une sphre est gale  quatre fois l'aire
de son grand cercle, et il n'en faudra pas pour arracher la vie
 un citoyen par un supplice affreux !  
    --- VOLTAIRE   
%
 EVIDENCE. - Vous aveugle, quand elle ne crve
pas les yeux.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 L'amour de la vrit n'est pas le besoin
de certitude et il est bien imprudent de confondre l'un avec l'autre.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je prfre donner du "Monseigneur" au chef
de la branche bonapartiste plutt qu' l'vque.
 Dame ! Je sais que l'empereur a exist, alors que
pour Dieu, je doute toujours.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Mylord Marlborough tant  la tranche
avec un de ses amis et un de ses neveux, un coup de canon fit
sauter la cervelle  cet ami et en recouvrit le visage
du jeune homme, qui recula avec effroi. Marlborough lui dit intrpidement :
"Eh ! quoi monsieur, vous paraissez tonn ?
- Oui, dit le jeune homme en s'essuyant la figure, je le suis
qu'un homme qui a autant de cervelle restt expos
gratuitement  un danger inutile."  
    --- CHAMFORT   
%
 J'ai vu, monsieur, sur une table de boucher, des cervelles
pareilles  la vtre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a des cases dans le cerveau, avec inscriptions :
A tudier au jour favorable.  -  A n'y penser jamais.
 -  Inutile  approfondir.  -  Contenu
non examin.  -  Affaire sans issue.  -  Trsor
connu et qui ne pourrait tre attaqu que dans une
seconde existence.  -  Urgent.  -  Dangereux.
 -  Dlicat.  -  Impossible.  -  Abandonn.
 -  Rserv.  -  A d'autres !
 -  Mon fort.  -  Difficile, etc.   
    --- Paul VALERY   
%
 Un philosophe disait : vous aurez beau explorer le
cerveau, vous n'y verrez nulle pense. Vous visiterez cette
machine, vous y verrez des roues, des leviers, des pignons, des
mouvements  -  pas la pense.
 On peut lui rpondre : visitez la pense,
mme la vtre  -  et vous n'y verrez pas trace
de  -  pense. Vous y verrez des images, des sensations
aussi closes, aussi positives, aussi impntrables
qu'un morceau de fer, des rsonances, des chocs et des
dclenchements,  -   -  des engrenages comme
dans la machine, et des hasards comme dans la rue.
 Cette pense insaisissable, serait-elle une illusion d'optique,
tenant  un certain point d'o l'on se voit ?  
    --- Paul VALERY   
%
 LE JEU DES CIRCONSTANCES
 A Lou vivait un homme du nom de Che. Il avait deux fils. L'un
aimait l'tude, l'autre aimait le mtier des armes.
Celui qui tait port, aux tudes offrit
ces services au prince de Ts'i. Ce dernier accepta et le fit prcepteur
de tous ses fils. Celui qui tait habile au maniement des
armes s'adressa au roi de Tch'ou et offrit ses services. Le roi
s'en rjouit et en fit son gnral. Grce
aux revenus des deux frres, toute la famille s'enrichit
et, par leur rang, ils faisaient honneur  leurs parents.
 Che avait un voisin qui s'appelait Mong. Ce dernier avait aussi
deux fils qui taient galement l'un un lettr,
l'autre un soldat et ils vivaient dans une grande pauvret.
Mong fut pris du dsir de possder autant que la
famille Che. C'est pourquoi il s'adressa  Che en s'enqurant
des moyens d'une si rapide ascension. Les deux fils de Che lui
contrent tout conformment  la vrit.
 Sur quoi, un des fils de Mong fit une dmarche 
Ts'in pour offrir ses services comme lettr au roi de ce
pays. Le roi de Ts'in dit : "Par les temps qui courent, les
princes mettent toutes leurs forces dans la guerre. Leur intrt
se porte tout entier sur les armes et sur les approvisionnements.
Si je cherchais  gouverner mon pays au moyen de l'amour
et de la justice, ce serait l prendre la voie la plus
approprie pour trouver la ruine et la mort" Cela dit,
il fit chtier le solliciteur, puis le relcha peu
aprs.
 L'autre fils se rendit  Wei pour offrir ses services
au prince de la rgion. Ce dernier s'exprima ainsi :
"Mon pays est faible, il est entour par de grands Etats
et j'aide les petits Etats : je suis ainsi la voie
de la paix. Si je voulais me fier  la force de mes armes,
je n'aurais pas  attendre longtemps pour consommer ma
ruine. D'autre part, si je laisse partir cet homme indemne, il
s'adressera au prince d'un autre royaume et me causera bien des
ennuis" Sur quoi, il fit couper les pieds du solliciteur et on
le transporta  Lou.
 L, le pre Mong et ses fils se frappaient la poitrine
et accablaient de reproches le pre Che. Ce dernier finit
par dire : "Quand les circonstances sont favorables, on russit.
Dans le cas contraire, c'est la ruine. La voie que vous avez prise
tait la mme que la ntre, cependant l'issue
en est diffrente. Cela provient de ce que vous n'avez
pas trouv le moment favorable, et non pas que vous l'avez
manqu de votre propre chef. En outre, il n'existe pas
dans le monde de principe qui soit valable en toutes circonstances,
pas un acte qui soit mauvais dans tous les cas. Ce qui fut jadis
en usage est peut-tre rejet aujourd'hui. Ce qu'on
rejette aujourd'hui sera peut-tre en usage plus tard. L'usage
et le non-usage ne suivent pas de rgle fixe. Comment exploiter
une occasion, trouver le moment opportun, se plier aux circonstances,
voil ce qui ne dpend d'aucune recette. Il s'agit
ici d'une certaine habilet. Si vous n'avez pas cette habilet,
auriez-vous l'immense savoir de K'ong K'iou et l'adresse d'un
Liu Chang, o que vous alliez, vous chouerez."  
    --- LIE-TSEU   
%
 Les occasions sont indiffrentes, l'usage qu'on
en fait ne l'est pas. Comment conserver, avec le calme et l'quilibre,
une attention sans abandon et sans nonchalance ? En imitant
les joueurs de ds : les cailloux sont indiffrents,
les ds aussi ; comment saurais-je ce qui va tomber ?
Profiter avec rflexion et selon les rgles des
points tombs, voil quelle est mon affaire. Ainsi,
dans la vie, voici l'essentiel de ce que tu as  faire :
divise et distingue bien les choses ; dis : les choses
extrieures ne dpendent pas de moi ; ma volont
dpend de moi. O chercher le bien et le mal ?
En moi- mme, dans ce qui est mien. Quant aux choses qui
te sont trangres, ne prononce jamais 
leur propos les noms de bien et de mal, d'utilit et de
dommage, ni rien de pareil.  
    --- EPICTETE   
%
  Chaque homme vise aux mmes buts, qui sont les
honneurs et la richesse ; mais ils emploient pour les atteindre
des moyens varis : l'un la prudence, l'autre la fougue ;
l'un la violence, l'autre l'astuce ; celui-ci la patience,
cet autre la promptitude ; et toutes ces mthodes
sont bonnes en soi. Et l'on voit encore de deux prudents l'un
russir et l'autre chouer ; et  l'inverse
deux homme galement prospres qui emploient des
moyens opposs. Tout s'explique par les seules circonstances
qui conviennent ou non  leurs procds.
De l rsulte ce que j'ai dit prcdemment :
des faons de faire diffrentes produisent un mme
effet, et de deux conduites toutes pareilles l'une atteint son
but, l'autre fait fiasco.
 ...
 Si tu savais changer de nature quand changent les circonstances,
ta fortune ne changerait point.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Deux choses s'opposent  ce que nous puissions
changer : d'abord nous ne pouvons pas rsister au
penchant de notre nature ; ensuite un homme  qui
une certaine faon d'agir a toujours parfaitement russi,
n'admettra jamais qu'il doit agir autrement. C'est de l
que viennent pour nous les ingalits de la fortune :
les temps changent et nous ne voulons pas changer.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Les sots qui marchent dans le chemin de la fortune prennent
toujours les routes battues. Un prcepteur du Roi est-il
devenu premier ministre ? Tous les petits ecclsiastiques
veulent tre prcepteurs du Roi, pour tre
premiers ministres. Les gens d'esprit se font des routes particulires :
ils ont des chemins cachs, nouveaux ; ils marchent
l o personne n'a encore t. Le
monde est nouveau.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'homme est dou de talents que n'veillent
jamais que des circonstances fortuites.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 L'Ecluse, celui qui a t  la tte
des Varits amusantes, racontait que, tout jeune
et sans fortune, il arriva  Lunville, o
il obtint la place de dentiste du roi Stanislas, prcisment
le jour o le roi perdit sa dernire dent.  
    --- CHAMFORT   
%
 Les hros ont leurs accs de crainte, les
poltrons des instants de bravoure, et les femmes vertueuses leurs
instants de faiblesse.
 C'est un grand art que de savoir juger et saisir ces moments.  
    --- STENDHAL   
%
 Si j'eusse t  mme de fournir
la carrire de ce qu'on appelle honnte homme, j'eusse
t bonapartiste sous Bonaparte, carliste sous Charles
X, et philippiste aujourd'hui, et cela consciencieusement sans
penser tre girouette. Mais pourquoi ? direz-vous ;
parce que j'ai toujours pens que dans les commotions politiques
le mal tait toujours au-dessus du bien, parce qu'une rvolution
ne profite qu' quelques intrigants, et qu'il y a toujours
beaucoup de victimes, parce que les hommes sont toujours les hommes,
et qu'ils ne peuvent trouver leur bonheur que dans le fond de
leur coeur et nullement dans la chimre d'une libert
politique. Il est beau certes le principe de la libert
et de l'galit ; mais prouvez-moi qu'elles
ont rgn un seul jour, je dis un seul jour sur
la terre, et je vous excuserai de courir aprs. Vous qui
me stigmatisez du nom de sclrat, dites-moi si
cette chimre, si longtemps poursuivie et jamais atteinte,
vaut le sang qu'elle a dj cot.  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Le bon champ. - Tout refus et toute ngation tmoignent
d'un manque de fcondit : au fond, si nous
tions un bon champ de labour, nous ne devrions rien laisser
prir sans l'utiliser et nous verrions en toute chose,
dans les vnements et dans les hommes, de l'utile
fumier, de la pluie et du soleil.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les circonstances font plus de la moiti du gnie.
Un maon de village en figure de ttard, velu et
jet au hasard des batailles : ce qui sort de la fournaise,
une espce de lion au mufle tonnant, c'est Klber.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Quand tourne le vent on accuse les girouettes.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Soi.
 Nous ne connaissons de nous-mmes que celui que les circonstances
nous ont donn  connatre (j'ignorais bien
des choses de moi). Le reste est induction, probabilit :
Robespierre n'avait jamais imagin qu'il guillotinerait
 ce point ; ni tel autre, qu'il aimerait 
la folie.  
    --- Paul VALERY   
%
 Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir
l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fentre dans une prison,
trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Un nomm Hamard assassine une vieille femme dans
sa cave. Il met la main sur le magot : 1.200.000 francs en
espces, pas moins. Personne ne le souponne. Au
lieu de se tenir tranquille, il se lance dans la grande vie, dpense
fastueusement : automobile de luxe, deux chauffeurs, 40.000
francs  une fille ici, 50.000 francs  une autre
l, le reste  l'avenant. Il se fait si bien remarquer
qu'on le pince et le voil maintenant avec le bagne ou
la guillotine en perspective.
 Dire que c'est toujours  de pareils imbciles
que tombent de si belles occasions !  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je ne crois pas avoir rat une seule occasion d'tre
triste. (Ma vocation d'homme.)  
    --- Emil CIORAN   
%
 "Qu'ai-je fait de ma vie ? ..." Pour ce qui me concerne,
c'est une faon trs optimiste de poser la question.
Peut-tre conviendrait-il plutt de me demander ce
que la vie a fait de moi. Je me suis, en effet, rarement drob
aux tentations qui s'offraient de part et d'autre de mon chemin,
si bien qu'en me donnant l'illusion de mener mon existence 
ma guise, je n'ai fait que la plier aux sollicitations des circonstances.
De grandes liberts m'ont rduit en esclavage. Je
me suis beaucoup abandonn en route...  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Nous savons dire : "Cicero dit ainsi ;
voil les meurs de Platon ; ce sont les mots mesmes
d'Aristote." Mais nous, que disons nous nous mesmes ? que
jugeons nous ? que faisons-nous ? Autant en diroit bien
un perroquet.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Je n'aime point  citer ; c'est d'ordinaire
une besogne pineuse : on nglige ce qui prcde
et ce qui suit l'endroit qu'on cite, et on s'expose  mille
querelles.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il est des esprits voyageurs qui aiment  parcourir
les livres et en rapportent le souvenir de tout ce qu'ils ont
lu. Ceux-l doivent, comme Bayle, composer des dictionnaires,
des recueils, etc.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ce mot qui finirait trs bien un chapitre le commence
mal. C'est que, par sa nature, il est la dernire et non
pas la premire expression de la pense. A
sa place, il est beau. Hors de sa place, il a de la recherche
et de l'affectation. C'est, pour le dire en passant, ce qui dans
les citations fait paratre ridicules en les isolant et
en les dplaant, des expressions qui taient
trs belles dans le lieu o leur auteur les avait
mises. Un chapiteau, un ornement doit terminer et non commencer
un difice.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 J'aime les hommes plus ou moins, selon que j'en tire plus
ou moins de notes.  
    --- Jules RENARD   
%
 Achille et Don Quichotte sont, Dieu merci, assez connus,
pour que nous nous dispensions de lire Homre et Cervants.  
    --- Jules RENARD   
%
 "Livresque", c'est un reproche que l'on me fait souvent ;
j'y donne prise par cette habitude que j'ai de citer toujours
ceux  qui ma pense s'apparente. On croit que j'ai
pris d'eux cette pense ; c'est faux, cette pense
est venue  moi d'elle-mme ; mais j'ai plaisir,
et plus elle est hardie,  penser qu'elle habita dj
d'autres esprits.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il est aussi naturel  celui qui emprunte 
autrui sa pense d'en cacher la source, qu' celui
qui retrouve en autrui sa pense, de proclamer cette rencontre.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je me reproche de n'avoir pas, au jour le jour, transcrit
sur un carnet spcial les phrases glanes au cours
de mes lectures, qui mritaient de retenir l'attention,
dont je voudrais me souvenir pour pouvoir les citer au besoin ;  
    --- Andr GIDE   
%
 Citation n. Rptition errone d'une
dclaration d'autrui. Extrait repris avec des erreurs.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Tous les hommes de valeur : crivains, savants,
artistes, devraient publier chaque anne non pas un livre
d'eux, mais un livre de penses, de penses des
autres qu'ils auraient choisies et qui seraient annuellement un
portrait d'eux cent fois plus ressemblant qu'aucun autre.
 Car citer les penses des autres, c'est souvent regretter
de ne pas les avoir eues soi-mme et c'est en prendre un
peu la responsabilit !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Bribes, penses fugitives, dites-vous. Peut-on
les appeler fugitives lorsqu'il s'agit d'obsessions, donc de penses
dont le propre est justement de ne pas fuir ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Quiconque nous cite de mmoire est un saboteur
qu'il faudrait traduire en justice. Une citation estropie
quivaut  une trahison, une injure, un prjudice
d'autant plus grave qu'on a voulu nous rendre service.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Se mfier des penseurs dont l'esprit ne fonctionne
qu' partir d'une citation.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Un auteur trop souvent cit, on finit par ne plus
avoir envie de le lire. Son nom est profan  force
de circuler. On prfre lire quelqu'un de moins
connu et mme de moindre talent, ne serait-ce que parce
qu'il n'appartient pas  tous.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Montrer de la colre ou de la haine dans ses paroles
ou dans ses traits est inutile, est dangereux, imprudent, ridicule,
vulgaire. On ne doit donc tmoigner de colre ou
de haine que par des actes. La seconde manire russira
d'autant plus srement qu'on se sera mieux gard
de la premire. Les animaux  sang froid sont les
seuls venimeux.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 La colre est la forme commune des passions dans
leur paroxysme ; de toutes, mme de la peur. Et c'est
l qu'on peut voir comment l'homme arrive vite 
oublier son intrt prudemment calcul, et
mme sa propre conservation. Il est ordinaire qu'une colre,
mme ne de petites causes, nous porte  des
actes extravagants, comme de frapper, de briser, et mme
d'injurier des choses. Et j'ose dire que le plus profond de la
colre est la colre d'tre en colre,
et de savoir qu'on s'y jettera, et de la sentir monter en soi
comme une tempte physique. Le mot irritation en son double
sens, explique assez cela, si l'on y pense avec suite. L'enfant
crie de plus en plus fort principalement parce qu'il s'irrite
de crier, comme d'autres s'irritent de tousser.  
    --- ALAIN   
%
 Quand nous en avons par-dessus la tte, nous allons
jusqu' leur reprocher cette facilit avec laquelle
nous les avons eues - dont nous avions t pourtant
si fier !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Courses de taureaux.
 Qu'on tue quelqu'un parce qu'il est en colre, c'est bien ;
mais qu'on mette en colre quelqu'un pour le tuer, cela
est absolument criminel.  
    --- Andr GIDE   
%
 Aprs une bonne querelle, on se sent plus lger
et plus gnreux qu'avant.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Ne croyez pas (hors des cas trs rares) 
l'improvisation : tout ce qui est bien a d tre
prvu et rflchi. Dmosthne
mditait ses harangues et faisait provision d'exordes ;
M. de Talleyrand prvoyait  l'avance ses bons mots,
que la circonstance lui tirait ensuite  l'impromptu ;
si Bonaparte, dans les revues, savait nommer chaque soldat par
son nom, c'est qu'il s'tait couch la veille en
tudiant  fond ce qu'on appelle les Cadres de l'arme.
 Tout est comdie, et toute comdie a eu sa rptition.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 La comdie a un grand avantage sur la tragdie :
c'est de peindre les caractres ; la tragdie
ne peint que les passions.  
    --- STENDHAL   
%
 Le terrorisme et le communisme, combins et se
prtant un mutuel appui, ne sont autre chose que l'antique
attentat contre les personnes et contre les proprits.
Quand on plonge au plus profond de ces thories, quand
on creuse le fond des choses, on descend mme au-del
de Marat et du pre Duchesne, et il se trouve que le communisme
s'appelle Cartouche et que le terrorisme s'appelle Mandrin.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le Socialisme s'est constitu en parti, en religion ;
a codifi ses formules, promulgu son vangile.
Il a plac sur le lit de Procuste le matelas de thories
filandreuses card par Marx, et invite l'humanit
 s'y tendre. Les Socialistes scientifiques, pleins
d'eux-mmes et le nez coll aux pages moisies du
Capital, s'tonnent que l'humanit ne rponde
point  leur appel et ne se hte point, au sortir
du rgiment, de s'engouffrer dans leur caserne. Leur science...
cochonne de science ! Autant, n'est-ce pas ? n'en pas
parler. Leurs thories ne mritent pas la discussion.
Leurs pontifes sont au-dessous de l'insulte. On ne peut cependant
s'empcher de considrer comme monstrueux, dans ce
pays de France qui vit clore, et qui voit clore
tous les jours, tant d'ides hautes et simples, l'accaparement
d'une partie de l'intelligence populaire par les doctrines du
collectivisme. Ces doctrines ne sont pas seulement imbciles ;
elles sont infmes. Si elles taient ralisables,
elles mneraient directement, ainsi que l'a dmontr
Herbert Spencer,  une nouvelle forme d'esclavage, plus
hideuse que toute celles qui firent jusqu'ici gmir l'humanit.  
    --- Georges DARIEN   
%
 La bassesse du socialisme, c'est de poursuivre, non pas
le plus grand bien, mais le moindre mal.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Tout le monde sait que la terre, chose bizarre, produit
dix fois moins lorsque ceux qui la travaillent n'ont aucun droit
sur elle.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 "Plutt rouge que mort", disent les pacifistes allemands,
qui semblent oublier qu'un homard n'est jamais aussi rouge que
lorsqu'il est mort.
 Mais renoncer  sa libert, faire taire sa conscience,
tricher avec soi-mme pour sauver sa vie, c'est cela, la
perdre.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les anticommunistes sont terriblement dsoeuvrs.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La piti est souvent un sentiment de nos propres
maux dans les maux d'autrui. C'est une habile prvoyance
des malheurs o nous pouvons tomber ; nous donnons
du secours aux autres pour les engager  nous en donner
en de semblables occasions ; et ces services que nous leur
rendons sont  proprement parler des biens que nous nous
faisons  nous-mme par avance.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Si Malherbe imposait l'aumne aux autres, il ne
parat pas avoir prch d'exemple. Quand un
pauvre lui demandait quelque charit en disant : "Je
prierai Dieu pour vous".
 "Eh ! rpondait-il, comment voulez-vous que Dieu
fasse attention  vos prires ? Vous n'avez
pas sur lui grand crdit. Regardez dans quel tat
il vous laisse."  
    --- Lordan LARCHEY   
%
 L'anecdote raconte aujourd'hui par D'Arnaud. "D'o
venez-vous, mesdemoiselles ?  -  Maman, nous venons
de voir guillotiner ; ah mon Dieu, que ce pauvre bourreau
a eu de peine." Cet horrible dplacement de la piti
peint un sicle o tout est renvers.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'indiffrence donne un faux air de supriorit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il est certain que l'attention que nous donnons aux maux
d'autrui nous fait oublier les ntres. C'est mme
un fait dont la cause est physique.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Voudrais-je prtendre par-l que je n'aie
jamais rencontr d'hommes bons et vertueux et que je me
sois cru suprieur aux autres ? Non sans doute ;
j'ai rencontr souvent des hommes qui avaient de rares
et prcieuses qualits, des hommes honntes
et dlicats, des hommes attachs  leurs
devoirs et pratiquant la vertu, ce que vous appelez la vertu vous
autres du moins. Quant  moi, je ne connais qu'une seule
vertu, mais elle vaut toutes les autres, c'est la sensibilit.
Or, combien peu d'hommes la possdent ! combien peu
d'hommes compatissent aux misres d'autrui autrement qu'en
thorie et dans de beaux livres ! chez la plupart,
quelle duret, quelle indiffrence pour tous les
maux qui ne les touchent pas ! combien en est-il qui n'ont
d'autre aumne  donner  celui qui leur tend
la main, que ces mots jets du haut de leur morgue stoque :
Travaille, paresseux ! Il ne faut pas encourager le vice
et l'oisivet, disent-ils pour excuse. Vice tant que vous
voudrez ; si le vice ne devait pas manger, seriez-vous bien
certains de dner aujourd'hui, riches si froids et si orgueilleux,
qui ne savez mme pas placer un bienfait sans humilier et
qui le faites mme  dessein pour montrer une supriorit
que vous ne devez qu' votre or ?  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
  Ce qui adoucit encore beaucoup d'horreurs et d'inhumanits
dans l'histoire, auxquelles l'on voudrait  peine ajouter
foi, c'est cette considration que l'ordonnateur et l'excuteur
sont des personnages diffrents : le premier n'a pas
la vue du fait, ni par consquent la forte impression sur
l'imagination, le second obit  un suprieur
et se sent irresponsable. La plupart des princes et des chefs
militaires font aisment, par manque d'imagination, l'effet
d'hommes cruels et durs sans l'tre.
 ...
 La souffrance d'autrui est chose qui doit s'apprendre :
et jamais elle ne peut tre apprise pleinement.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les compatissants.
 Les natures compatissantes,  chaque instant prtes
 secourir dans l'infortune, sont rarement en mme
temps les conjouissantes : dans le bonheur d'autrui, elles
n'ont que faire, sont superflues, ne se sentent pas en possession
de leur supriorit et montrent pour cela facilement
du dpit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Explication de la joie maligne. - La joie maligne que
l'on prouve en face du mal d'autrui provient du fait que
chacun se sent mal  l'aise sous bien des rapports, qu'il
prouve, lui aussi, souci, jalousie, douleur et qu'il ne
les ignore pas : le dommage qui touche l'autre fait de lui
son gal, il rconcilie sa jalousie. - S'il a des
raisons momentanes pour tre heureux lui-mme,
il n'en accumule pas moins les malheurs du prochain, dans sa mmoire,
comme un capital pour le faire valoir ds que sur lui aussi
le malheur se met  fondre : c'est l galement
une faon d'avoir une "joie maligne".  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pourquoi les mendiants survivent. - La plus grande dispensatrice
d'aumnes, c'est la lchet.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pour que la charit puisse tre pratique,
il faut que quelques-uns acceptent de ne pas la faire, ou ne soient
pas en tat de la faire. C'est une vertu rserve
 quelques-uns ; la morale, au contraire, par dfinition,
doit tre commune  tous, accessible  tous.
On ne saurait donc voir dans le sacrifice, le dvouement
inter-individuel, le type de l'acte moral.  
    --- Emile DURKHEIM   
%
 Que la Compassion humanitaire aille contre la Nature en
assurant la survie du rat peut amener l'homme de science
 abhorrer ses vertus faciles. L'conomiste peut
la dnoncer parce qu'elle lve l'imprvoyant
au mme niveau que le prvoyant et prive ainsi la
vie de son incitation au travail la plus puissante, parce que
la plus sordide. Mais, aux yeux du penseur, le vritable
tort que cause cette compassion motionnelle, c'est de
limiter la connaissance et de nous empcher par l
de rsoudre ne serait-ce qu'un seul problme social.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Le crime le plus horrible des riches envers les pauvres
est de s'tre arrog le droit de leur distribuer
la justice et l'assistance, de leur faire la charit. Ce
sont les misrables qui paient eux-mmes, avec des
intrts usuraires, les frais de la justice drisoire,
de l'assistance immonde et de la charit dgradante
qu'ils sont assez vils pour qumander et recevoir. Voil
le comble de la lchet, de la drision et
de l'hypocrisie.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Un bienfait n'est jamais perdu.
 Ou, s'il est perdu, il n'est pas perdu pour tout le monde.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Faire la charit, c'est bien. La faire faire par
les autres, c'est mieux.
 On oblige ainsi son prochain, sans se gner soi-mme.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Le miracle de la charit, ce fut de la faire faire
par les pauvres. Cela s'appelle : mutualit.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Une fourreuse du passage Dauphine, une soixantaine d'annes,
 qui j'ai souvent parl  cause de ses chiens,
s'est jete  la Seine il y a quelques jours. Inconsolable
de la mort d'un fils il y a une dizaine d'annes. Pertes
d'argent. Mauvaises affaires. Mari toujours dehors. Le "Flau"
me parlait de cela ce soir dans mon bureau. Je me suis mis 
clater de rire. Scandalise de cela. Me traitant
de monstre, homme abominable. Je n'en riais que plus fort. C'est
vrai,  la fin. Faut-il que je me dsole parce que
cette femme s'est jete  l'eau ? Je m'en fiche
compltement. Va-t-il falloir aussi que je m'attendrisse
sur les tuberculeux, les goitreux, les borgnes, les bancals, les
gens qui n'ont qu'un testicule, tous les mal btis d'une
faon ou d'une autre. C'est agaant,  la
fin. Je m'en fiche compltement. Toutes ces jrmiades
 la mode d'aujourd'hui ! C'est comme l'affaire des
timbres antituberculeux. Des timbres antituberculeux ? Quel
franais ! J'attends qu'on vienne m'en offrir dans
la rue. Car c'est devenu maintenant une sorte de qute.
Je crois bien que je m'offrirai ce plaisir de rpondre
que je m'en fiche compltement.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les journaux, ce matin, annoncent que Gandhi a t
assassin par un indou [sic]. C'est bien fait. Cela lui
apprendra  s'occuper du bonheur des autres. C'est une
rflexion, de ce genre que Marquet, l'ancien maire de Bordeaux,
a fait dans son procs en Cour de Justice : "Si
je ne m'tais pas occup de sauver la vie 
58 Bordelais que les Allemands voulaient fusiller, je ne serais
pas ici." "Jsus, a-t-il ajout, a fait la mme
exprience il y a longtemps."  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Tout homme est sensible quand il est spectateur. Tout
homme est insensible quand il agit. Cela explique assez les tours
et retours des choses humaines, pourvu qu'on y pense. Toutefois,
on n'y peut presque point penser. Car ds que j'imagine
le crime d'un autre, je l'imagine en spectateur ; il me semble
que le criminel a le coeur dchir pour toujours.
Et il l'aurait s'il tait spectateur. On a plus d'une fois
remarqu qu'au thtre ce ne sont pas toujours
les plus tendres et les plus scrupuleux qui font voir des sentiments
humains et mme des larmes. Mais la rsolution inflexible,
la prcaution, la dcision, la vitesse de l'homme
qui agit sont incomprhensible pour celui qui le regarde.
D'o ces crimes de la guerre qui passent toute mesure,
et qui ne rvlent rien sur la nature de ceux qui
les commettent. Coeurs secs, ou irritables, ou sensibles, dans
la vie ordinaire, c'est tout un ds que l'action les emporte.
Et le remords, chez les meilleurs, est certainement volontaire
et tout abstrait ; ce genre de remords ne mord point du tout.
Un chasseur, souvent, est un ami des btes ; mais,
s'il est bon tireur, les perdrix ne doivent pas compter sur cet
amour-l.  
    --- ALAIN   
%
 Certaines contradictions de l'histoire moderne se sont
claires  mes yeux ds que j'ai
bien voulu tenir compte d'un fait qui d'ailleurs crve
les yeux : l'homme de ce temps a le coeur dur et la tripe
sensible. Comme aprs le Dluge la terre appartiendra
peut-tre demain aux monstres mous.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Les gens du peuple ont un mot trs profond lorsqu'ils
s'encouragent  la sympathie. "Mettons-nous  sa
place", disent-ils. On ne se met aisment qu' la
place de ses gaux. A un certain degr d'infriorit,
relle ou imaginaire, cette substitution n'est plus possible.
Les dlicats du XVIIe sicle ne se mettaient nullement
 la place des ngres dont la traite enrichissait
leurs familles.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Mfions-nous des entranements de la sensibilit !
On commence par plaindre les assassins et par un enchanement
fatal on finit par s'apitoyer sur les victimes...  
    --- Andr FROSSARD   
%
 La compassion n'engage  rien, d'o sa frquence.
Nul n'est jamais mort ici-bas de la souffrance d'autrui. Quant
 celui qui a prtendu mourir pour nous, il n'est
pas mort : il a t mis  mort.  
    --- Emil CIORAN   
%
 "Celui qui est enclin  la luxure est compatissant
et misricordieux ; ceux qui sont enclins 
la puret ne le sont pas." (Saint Jean Climaque.)
 Pour dnoncer avec une telle nettet et une telle
vigueur, non pas les mensonges, mais l'essence mme de la
morale chrtienne, et de toute morale, il y fallait un
saint, ni plus ni moins.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Laissez donc les autres tels qu'ils sont, et ils vous
en seront reconnaissants. Voulez-vous  tout prix leur
bonheur ? Ils se vengeront.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La promotion des grands sentiments engraisse les crapules.  
    --- Roland TOPOR   
%
 On a toujours la possibilit de se dfendre
contre la haine, la mdisance, la jalousie. On ne peut
rien contre les bons sentiments. Ils paralysent les forces vives
comme la glu colle les pattes des mouches trop aventureuses. Allez
donc dire leur fait aux dames patronnesses, aux confits en dvotion,
aux maniaques de l'altruisme, aux professionnels de la charit !
Tous ces gens-l pataugent dans le miel de la solidarit
humaine. Ils sont inattaquables jusqu'au moment o l'on
dcouvre que leur charit a commenc par
eux-mmes.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Louis XI, la Brinvilliers se confessaient ds qu'ils
avaient commis un grand crime, et se confessaient souvent, comme
les gourmands prennent mdecine pour avoir plus d'apptit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Confession. - On oublie sa faute quand on l'a confesse
 un autre, mais d'ordinaire l'autre ne l'oublie pas.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
  Le fait qu'on se confesse de plus en plus  la
radio et de moins en moins dans les glises semble indiquer
que la publicit est plus prcieuse que le pardon...  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La confession la plus vraie est celle que nous faisons
indirectement, en parlant des autres.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On m'a rapport qu'un jour Malraux interrogea un
vieux prtre, pour savoir ce qu'il retenait de toute une
vie de confesseur, quelle leon il tirait de cette longue
familiarit avec le secret des mes... Le vieux prtre
lui rpondit : "Je vous dirai deux choses : la
premire, c'est que les gens sont beaucoup plus malheureux
qu'on ne le croit ; la seconde, c'est qu'il n'y a pas de
grandes personnes." C'est beau, non ? Le secret, c'est qu'il
n'y a pas de secret. Nous sommes ces petits enfants gostes
et malheureux, pleins de peur et de colre...  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 On peut  force de confiance mettre quelqu'un dans
l'impossibilit de nous tromper.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Contre les familiers.
 Les gens qui nous donnent leur pleine confiance croient par l
avoir un droit sur la ntre. C'est une erreur de raisonnement ;
des dons ne sauraient donner un droit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les grands chefs qui se fient  leurs propres dcisions,
et qui se jurent, en quelque sorte, de ne s'tre point tromps,
ont, ce me semble, une grande vertu pour raliser les hommes
dont ils se servent. Car il est merveilleux de voir comme nous
sommes incertains de nous-mmes et dplacs
aisment jusque dans notre intrieur par les changements
d'opinion sur nous. Un homme ferme et mme inbranlable
dans son jugement sur nous nous donne force et consistance. Il
est trs rare que l'on trahisse celui qui fait toute confiance ;
mais au rebours la dfiance est une excuse et presque une
raison  la tromperie.  
    --- ALAIN   
%
 Etre comme il faut.
 Rgle sans exception. Les hommes dont il ne faut pas ne
peuvent jamais tre comme il faut. Par consquent,
exclusion, limination immdiate et sans passe-droit
de tous les gens suprieurs. Un homme comme il faut doit
tre, avant tout, un homme comme tout le monde. Plus on
est semblable  tout le monde, plus on est comme il faut.
C'est le sacre de la multitude.
 Etre habill comme il faut, parler comme il faut,
manger comme il faut, marcher comme il faut, vivre comme il faut,
j'ai entendu cela toute ma vie.  
    --- Lon BLOY   
%
 N'tre pas le premier venu.
 Le plus haut titre aux yeux du Bourgeois, c'est de n'tre
pas le premier venu. Il vous accablerait de son mpris,
si vous lui disiez que Napolon tait le premier
venu. Le soixante-dix-huitime, si vous voulez, mais pas
le premier, jamais de la vie. Le dernier non plus. L'Evangile
dit que les derniers seront les premiers, et le Bourgeois s'en
souvient.
 Ce qu'il dteste par-dessus tout, c'est qu'on soit le
premier ou le dernier n'importe o, n'importe comment et
n'importe quand. Il faut tre dans le tas, rsolument
et pour toujours.  
    --- Lon BLOY   
%
 Je ne suis pas le premier venu, moi ! comme disait
le prtentieux jeune homme qui, invit 
dner en ville, arrivait lorsque tout le monde tait
 table depuis un bon quart d'heure.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les extrmes se touchent.
 Tous les bourgeois vous diront qu'il n'y a pas l'paisseur
d'un cheveu entre les extrmes. C'est pour cela qu'ils en
ont horreur et  qu'ils prconisent la mdiocrit,
le juste milieu, la bonne moyenne, le fil  couper le beurre,
estimant, dans leur sagesse, que les taupes n'ont pas besoin de
l'oculiste et que les crapauds sont moins exposs aux coups
de soleil que les licornes ou les alrions.  
    --- Lon BLOY   
%
 Les extrmes se touchent, les dgueulasses !  
    --- Frdric DARD   
%
 La princesse de Portugal tant promise 
Charles II, il envoya une flotte pour la chercher. On lui manda
qu'elle toit prte  s'embarquer et qu'on
l'avoit fait raser. Il dit qu'il n'avoit que faire de cela et
qu'il n'aimoit point le c... ras. Les ministres, qui craignoit
qu'il ne la renvoyt ou qu'il n'en et du dgot,
ordonnrent  l'amiral d'attendre jusqu'
ce que son poil ft revenu, et on fit la supputation combien
chaque poil cotoit  la nation.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Un joli mot que Rgnier m'a racont cette
aprs-midi, de M. Nisard, notre ambassadeur  Rome.
 Dans un groupe, on parlait d'un absent.
  -  C'est un imbcile, dit l'un,
  -  C'est un sot, dit un autre.
  -  C'est un con, dit un troisime.
  -  Vous exagrez, dit M. Nisard. Il n'en a ni
l'agrment, ni la profondeur.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le mois de l'anne o le politicien dit
le moins de conneries, c'est le mois de fvrier, parce
qu'il n'y a que vingt-huit jours.  
    --- COLUCHE   
%
 De conin, qui signifiait lapin en vieux franais,
mais dsignait galement le sexe fminin,
ne demeure que le con. On a remplac lapin par chatte.
Le sexe est devenu carnivore.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Gardons-nous de donner la parole aux cons. Ils ne veulent
jamais la rendre.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 N'veillez pas le con qui dort, c'est toujours
a de pris.  
    --- Frdric DARD   
%
 Chacun de nous est le seul tre au monde qui ne
soit pas toujours une mcanique.  
    --- Paul VALERY   
%
 La conscience est soutenue par le corps, et vacille et
se tient sur la pression tremblante du sang comme la coquille
d'oeuf sur un jet d'eau.  
    --- Paul VALERY   
%
 La mauvaise conscience est rare ; si rare qu'elle
est, en somme,  peine une exprience psychologique ;
la mauvaise conscience est plutt une limite mtempirique*,
et le consciencieux n'atteint cette limite que dans la tangence
de l'instant, tangence aussitt interrompue par la complaisance
de la bonne conscience... C'est pourquoi la crise aigu du
remords est insparable de la tension tragique. En dehors
de Boris Godounov et de Macbeth, tout le monde a en gnral
bonne conscience. Personne ne se reconnat de torts, cela
est assez connu, ni ne s'estime le moins du monde coupable ;
chacun est convaincu de son bon droit, et de l'injustice des autres
 son gard. Mchants ou non, les gostes
sont en gnral bien contents, trs satisfaits
de ce qu'ils font, et ils jouissent le plus souvent d'un excellent
sommeil ; ils ne regrettent jamais leurs mesquineries...
Malgr son caractre ambigu, la mauvaise conscience,
conscience honteuse d'elle-mme, est une exaltation de la
conscience en gnral.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique,
nous sommes programms depuis l'oeuf fcond
pour cette seule fin, et toute structure vivante n'a pas d'autre
raison d'tre, que d'tre. Mais pour tre elle
n'a pas d'autres moyens  utiliser que le programme gntique
de son espce. Or, ce programme gntique
chez l'Homme aboutit  un systme nerveux, instrument
de ses rapports avec l'environnement inanim et anim,
instrument de ses rapports sociaux, de ses rapports avec les autres
individus de la mme espce peuplant la niche o
il va natre et se dvelopper. Ds lors, il
se trouvera soumis entirement  l'organisation
de cette dernire. Mais cette niche ne pntrera
et ne se fixera dans son systme nerveux que suivant les
caractristiques structurales de celui-ci. Or, ce systme
nerveux rpond d'abord aux ncessits urgentes,
qui permettent le maintien de la structure d'ensemble de l'organisme.
Ce faisant, il rpond  ce que nous appelons les
pulsions, le principe de plaisir, la recherche de l'quilibre
biologique, encore que la notion d'quilibre soit une notion
qui demande  tre prcise. Il permet
ensuite, du fait de ses possibilits de mmorisation,
donc d'apprentissage, de connatre ce qui est favorable
ou non  l'expression de ces pulsions, compte tenu du code
impos par la structure sociale qui le gratifie, suivant
ses actes, par une promotion hirarchique. Les motivations
pulsionnelles, transformes par le contrle social
qui rsulte de l'apprentissage des automatismes socio-culturels,
contrle social qui fournit une expression nouvelle 
la gratification, au plaisir, seront enfin  l'origine
aussi de la mise en jeu de l'imaginaire. Imaginaire, fonction
spcifiquement humaine qui permet  l'Homme contrairement
aux autres espces animales, d'ajouter de l'information,
de transformer le monde qui l'entoure. Imaginaire, seul mcanisme
de fuite, d'vitement de l'alination environnementale,
sociologique en particulier, utilis aussi bien par le
drogu, le psychotique, que par le crateur artistique
ou scientifique. Imaginaire dont l'antagonisme fonctionnel avec
les automatismes et les pulsions, phnomnes inconscients,
est sans doute  l'origine du phnomne de
conscience.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il est bien difficile de dcider  quel
stade de l'volution on peut dceler un dbut
de conscience de soi. Peut-tre en trouve-t-on une indication
dans la capacit de se reconnatre dans un miroir.
Et cette capacit, on ne la voit apparatre qu'
un certain niveau de complexit dans l'volution
des primates. Quand elle est combine avec le pouvoir de
former des images de la "ralit", de les recombiner,
de se former ainsi par l'imagination une reprsentation
de mondes possibles, la conscience de soi donne  l'tre
humain le pouvoir de reconnatre l'existence d'un pass,
d'un avant sa propre vie. Elle lui permet aussi d'imaginer des
lendemains, d'inventer un avenir qui contient sa propre mort et
mme un aprs sa mort. Elle lui permet de s'arracher
 l'actuel pour crer un possible.  
    --- Franois JACOB   
%
 L'Univers roulait ses sphres, roulait, roulait,
la vie naissait et mourrait, naissait et mourait, et nul ne s'en
doutait, nul capable de s'en douter n'existait, et la matire
diffuse se condensait, les volcans surgissaient, les torrents
bondissaient, les herbes fleurissaient, se fanaient, fleurissaient
de nouveau, les btes naissaient, grandissaient et mourraient,
et a ne gnait personne, n'angoissait personne.
 Il a fallu que survienne cette saloperie : la conscience.
Et maintenant il y a quelqu'un pour contempler l'Univers, il y
a quelqu'un qui sait qu'il est l, qu'il vit, qu'il vit
trs provisoirement, et qu'il va mourir : moi. La
conscience est l, je ne peux pas faire qu'elle n'y soit
pas, je ne peux pas faire comme si elle n'y tait pas,
je ne peux pas  redevenir singe, ou chien, ou limace, ou caillou...
La conscience est l, c'est  dire l'angoisse, en
pleine gueule.
 Heureux les croyants, ils ont rponse  a.
Ils ont rponse  tout. Ils ont leur morphine.
 Heureux les croyants, mais je prfre mon angoisse
et ses yeux grands ouverts.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 "La souffrance est l'unique cause de la conscience" (Dostoevski).
Les hommes se partagent en deux catgories : ceux
qui ont compris cela, et les autres.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La lucidit : avoir des sensations 
la troisime personne.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Tout ce qui nous gne nous permet de nous dfinir.
Sans infirmits, point de conscience de soi.  
    --- Emil CIORAN  
%
 Un homme possdait un arbre dessch.
Le pre de son voisin dit : "Un arbre sec est de mauvaise
augure." L'autre l'abattit bien vite. Alors le pre du
voisin le pria de lui cder le bois comme combustible.
L'homme, alors, s'irrita et dit : "Le pre du voisin
n'avait pas d'autres intentions, quand il m'a conseill,
que d'avoir du bois  brler. C'est pourquoi il m'a
pouss  l'abattre. Mon voisin est un danger. Que
faire maintenant ?"   
    --- Un conseil intress :
   
%
 Certains s'imaginent que les princes qui ont une rputation
de sagesse la doivent seulement  leurs conseillers, non
 leurs qualits naturelles, mais ils se trompent.
Car voici une rgle infaillible : un prince qui manque
de sagesse ne sera jamais sagement conseill, 
moins qu'il ne s'en remette compltement au choix du hasard,
et que le hasard dsigne un sage second. En ce cas, on
pourrait bien voquer la sagesse du prince, mais elle serait
de courte dure, car ce gouverneur lui ravirait son Etat.
S'il coute les conseils de plusieurs, ce mme seigneur
dpourvu de sagesse recevra toujours des avis contradictoires,
et de lui-mme ne saura point les mettre en accord ;
en fait, chaque conseiller pensera seulement  son intrt
personnel, et lui ne saura ni les juger, ni les corriger. Les
choses ne peuvent aller autrement, car les hommes finiront toujours
par mal te servir, si aucune ncessit ne les oblige
au bien. C'est pourquoi je conclus que les bons conseils, d'o
qu'ils viennent, procdent toujours de la sagesse du prince,
et non la sagesse du prince de ces bons conseils.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Le chemin est long par les prceptes et court par
les exemples.  
    --- Franois des RUES   
%
 Les vieillards aiment  donner de bons prceptes,
pour se consoler de n'tre plus en tat de donner
de mauvais exemples.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 On ne donne rien si libralement que ses conseils.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il est vrai que la plupart de ces hommes extraordinaires
que les autres vont consulter comme des oracles, et qui pntrent
si vivement dans l'avenir sur les intrts qui leur
sont indiffrents, deviennent presque toujours aveugles
sur ceux qui leur importent davantage. Ils sont en cela plus malheureux
que les autres, qu'ils ne sauraient se conduire ni par leur raison
ni par celle de leurs amis.  
    --- Cardinal de RETZ   
%
 Le conseil, si ncessaire pour les affaires, est
quelquefois dans la socit nuisible  qui
le donne, et inutile  celui  qui il est donn.
Sur les moeurs, vous faites remarquer des dfauts ou que
l'on n'avoue pas, ou que l'on estime des vertus ; sur les
ouvrages, vous rayez les endroits qui paraissent admirables 
leur auteur, o il se complat davantage, o
il croit s'tre surpass lui-mme. Vous perdez
ainsi la confiance de vos amis, sans les avoir rendus meilleurs
ni plus habiles.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il y a dans les meilleurs conseils de quoi dplaire ;
ils viennent d'ailleurs que de notre esprit, c'est assez pour
tre rejets d'abord par prsomption et par
humeur, et suivis seulement par ncessit, ou par
rflexion.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il y avait un vieil tudiant de quinzime
anne appel Lequeux. Ce pauvre diable avait du
coeur et de l'esprit ; il et pu avoir de l'avenir ;
il le noya dans le vin. Il mourut  trente-six ans. Quelque
temps avant sa mort, il donnait, dans le caf o
il passait ses journes, des conseils aux jeunes gens,
de bons conseils de travail et de persvrance,
et il ajoutait tristement :  -  Je suis un cadran
d'horloge sur la faade d'une maison qui montre l'heure
 tout le monde, except  celui qui est
dans la maison.  
    --- Victor HUGO   
%
 Quand un homme est plac en haut, regardez ce qui
est autour de lui. Il y a deux sortes d'hommes puissants, et il
n'y en a que deux : ceux qui s'entourent de gens qui leur
sont suprieurs, et ceux qui s'entourent de gens qui leur
sont infrieurs. Le got du grand et le got
du mdiocre ; la haute et la basse nature. Les premiers
trouvent difficilement qui vaille mieux qu'eux ; les derniers
trouvent difficilement qui vaille moins. Cependant, comme c'est
un instinct qui les guide, les uns et les autres russissent
galement  se procurer ce qu'ils cherchent, les
uns des gnies, les autres des laquais.  
    --- Victor HUGO   
%
 Un mchant peut donner un bon avis ; une chandelle
pue, mais claire.  
    --- Victor HUGO   
%
 Lorsque Milan [= Napolon] voulut rtablir
la religion en France, il gardait encore quelques mnagements
avec les gens clairs dont il avait voulu fortifier
son gouvernement. Il fit donc venir Volney dans son cabinet et
lui dit que le peuple franais lui demandait la religion,
qu'il croyait devoir  son bonheur de la lui rendre.
 " Mais, citoyen consul, si vous coutez le peuple il vous
demandera aussi un Bourbon."
 L-dessus, Milan se mit dans une colre pouvantable,
appela ses gens, le fit mettre dehors de chez lui, lui donna mme
des coups de pied,  ce qu'on dit et lui dfendit
de plus revenir chez lui. Voil bien le ridicule du demandeur
de conseils dvelopp.  
    --- STENDHAL   
%
 Il y a des gens qui donnent un conseil comme on donne
un coup de poing. On en saigne un peu, et on riposte en ne le
suivant pas.  
    --- Jules RENARD   
%
 On ne demande conseil que pour raconter ses ennuis.  
    --- Jules RENARD   
%
 On est si heureux de donner un conseil  quelqu'un
qu'il peut arriver, aprs tout, qu'on le lui donne dans
son intrt.  
    --- Jules RENARD   
%
 Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes,
si seulement tout le monde suivait nos conseils. Je me demande
si Jrusalem aurait t la cit impeccable
qu'on nous dcrit si, au lieu de s'occuper  balayer
devant sa pauvre petite porte, chaque citoyen tait sorti
dans la rue pour adresser  tous les autres habitants de
l'endroit d'loquents sermons sur le chapitre de l'hygine
et du systme sanitaire.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Ne conseiller personne, ne rien rvler,
indiquer  personne. Pourquoi hter et favoriser
le dveloppement d'autrui ?  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les maximes gnrales sont surtout bonnes
contre les peines et les erreurs du voisin. Mais contre une fureur
d'amour tromp ou d'ambition, ou d'envie, que pourrait
une maxime ? Autant vaudrait, contre la fivre, lire
l'ordonnance du mdecin.  
    --- ALAIN   
%
 Ma mre me disait : "Si tu sors dans la rue,
fais bien attention qu'il ne t'arrive rien." Mais s'il ne t'arrive
rien, c'est ce qui peut arriver de pire quand t'es mme.  
    --- COLUCHE   
%
 Trop de choses se font en ce bas monde sans qu'on me demande
mon avis.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens
qui paraissent raisonnables et agrables dans la conversation,
c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutt 
ce qu'il veut dire qu' rpondre prcisment
 ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants
se contentent de montrer seulement une mine attentive, au mme
temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un garement
pour ce qu'on leur dit, et une prcipitation pour retourner
 ce qu'ils veulent dire ; au lieu de considrer
que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader,
que de chercher si fort  se plaire  soi-mme,
et que bien couter et bien rpondre est une des
plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 L'esprit de la conversation consiste bien moins 
en montrer beaucoup qu' en faire trouver aux autres :
celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit,
l'est de vous parfaitement. Les hommes n'aiment point 
vous admirer, ils veulent plaire ; ils cherchent moins 
tre instruits, et mme rjouis, qu'
tre gots et applaudis ; et le plaisir
le plus dlicat est de faire celui d'autrui.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 C'est une grande misre que de n'avoir pas assez
d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.
Voil le principe de toute impertinence.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Sans une grande roideur et une continuelle attention 
toutes ses paroles, on est expos  dire en moins
d'une heure le oui et le non sur une mme chose ou sur une
mme personne, dtermin seulement par un
esprit de socit et de commerce qui entrane
naturellement  ne pas contredire celui-ci et celui-l
qui en parlent diffremment.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Les inconvnients dans lesquels on a coutume de
tomber dans les conversations sont sentis de presque tout le monde.
Je dirai seulement que nous devons nous mettre dans l'esprit trois
choses :
 La premire, que nous parlons devant des gens qui ont
de la vanit, tout comme nous, et que la leur souffre 
mesure que la ntre se satisfait ;
 La seconde, qu'il y a peu de vrits assez importantes
pour qu'il vaille la peine de mortifier quelqu'un et le reprendre
pour ne les avoir pas connues ;
 Et enfin, que tout homme qui s'empare de toutes les conversations
est un sot ou un homme qui seroit heureux de l'tre.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le bavard est celui qui parle plus qu'il ne pense. Celui
qui pense beaucoup et qui parle beaucoup ne passe point pour un
bavard.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ecumer son esprit, l'cumer tous les jours.
C'est une opration qui se fait  Paris facilement
par la conversation, et qui se fait comme l'autre par une sorte
d'bullition que produit  coup sr le commerce
des gens d'esprit. Ecumer son esprit, c'est purer
son got.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il ne faut jamais couter. Ecouter est une
marque d'indiffrence vis--vis de vos auditeurs.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Quand au sceptique "pourquoi ?" le "parce que" crdule
a rpondu, la discussion est close.  
    --- Jules RENARD   
%
 Faire tous les frais de la conversation, c'est encore
le meilleur moyen de ne pas s'apercevoir que les autres sont des
imbciles.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand on commet une indiscrtion, l'on se croit
quitte en recommandant  la personne d'tre... plus
discrte qu'on ne l'a t soi-mme.  
    --- Jules RENARD   
%
 Aujourd'hui on ne sait plus parler, parce qu'on ne sait
plus couter. Rien ne sert de parler bien : il faut
parler vite, afin d'arriver avant la rponse, on n'arrive
jamais. On peut dire n'importe quoi n'importe comment : c'est
toujours coup. La conversation est un jeu de scateur,
o chacun taille la voix du voisin aussitt qu'elle
pousse.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut, pour soutenir une conversation en socit,
savoir une foule de choses inutiles. Il faut se tenir au courant.
Je ne sais pas courir. Reste donc chez toi.  
    --- Jules RENARD   
%
 Chaque fois que je viens de parler un peu trop longtemps
 quelqu'un, je suis comme un homme qui s'est gris
et qui, tout honteux, ne sait o se fourrer.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je n'aime  parler qu'avec les gens plus grands
que moi et dont la bouche me dpasse, parce qu'ainsi les
odeurs montent.  
    --- Jules RENARD   
%
 A la fin d'une longue discussion, nous arrivmes
 conclure qu'au fond il n'y a rien de plus particulier
qu'une ide gnrale.  
    --- Jules RENARD   
%
  -  Comment vous portez-vous ? dis-je.
  -  Oh ! je vais mieux.
  -  Vous avez donc t malade ?
 Et voil qu'il faut avoir l'air de s'intresser
 la sant d'une personne qui se porte bien, quand
on serait  peine touch par la nouvelle de sa mort.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les discussions les plus passionnes, il faudrait
toujours les terminer par ces mots : "Et puis, nous allons
bientt mourir."  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a des gens qui retirent volontiers ce qu'ils ont
dit, comme on retire une pe du ventre de son adversaire.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand un homme ne parle que de ce qu'il sait, il a toujours
l'air plus savant que nous.  
    --- Jules RENARD   
%
 La conversation doit tout aborder mais ne rien approfondir.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Conversation n. Foire o chacun propose ses petits
articles mentaux, chaque exposant tant trop proccup
par l'arrangement de ses propres marchandises pour s'intresser
 celles de ses voisins.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Raseur n. Personne qui vous parle quand vous souhaitez
qu'elle coute.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 On parle bien plus volontiers de ce qu'on ignore. Car
c'est  quoi l'on pense. Le travail de l'esprit se porte
l, et ne peut se porter que l.  
    --- Paul VALERY   
%
 Quand il parlait, il ne levait jamais un bras ni un doigt :
il avait tu la marionnette.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le meilleur moyen pour amener autrui  "partager"
votre conviction, n'est pas toujours de proclamer celle-ci.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il faut en prendre son parti : plutt que de
demeurer renfrogn, consentir  dbiter quelques
banalits, quelques btises. Et puis cela met l'autre
 son aise.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il y a une forte raison de ne pas dire au premier arrivant
ce qui vient  l'esprit, c'est qu'on ne le pense point ;
aussi n'y a-t-il rien de plus trompeur que cette sincrit
de premier mouvement. Il faut plus de prcautions dans
le jeu des paroles, d'o dpend souvent l'avenir
des autres et de soi. Il n'y a rien de plus commun que de s'obstiner
sur ce que l'on a dit par fantaisie ; mais quand on saurait
pardonner  soi-mme, et, mieux encore faire oublier
ce qui fut mal dit et mal pens, on ne saurait toujours
pas l'effacer dans la mmoire de l'autre ; car on
dit trop que les hommes croient aisment ce qui les flatte ;
mais je dirais bien qu'ils croient plus aisment encore
ce qui les blesse.  
    --- ALAIN   
%
 La conversation n'est fconde qu'entre esprits
attachs  consolider leurs perplexits.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si on ne dit pas ce qu'on pense au moment o on
le pense, on ne pensera plus ce qu'on dit au moment o
on le dira.  
    --- Frdric DARD   
%
 Dans la conversation, sois optimiste, indulgent, paradoxal
et cruel. Si tu as de l'esprit, sois froce, impitoyable.
Un "mot", c'est sacr. Tu dois le faire contre ta soeur,
contre ta femme, s'il le faut  -  pourvu que le mot soit
drle. On n'a pas le droit de garder pour soi un mot drle.
Il y a des mots mortels. Tant pis ! Les mots qui sont mortels
font vivre du moins ceux qui les font.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Comme de nombreux bgues, j'ai toujours beaucoup
aim la nuit. Le temps ralenti s'y accorde  notre
discours, lorsque nous hsitons ou en tire une acclration
qui ne semble due qu' notre dbit prcipit.
D'ailleurs,  partir de 4 heures du matin, tout le monde
bgaie.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Le courageux a du courage et le brave aime  le
montrer.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Nul ne brave mieux le danger que celui qui le ddaigne ;
nul ne le ddaigne mieux que celui qui l'ignore. Dans les
temps de crise, ceux-l surtout font la force d'une nation
qui ne croient pas  ses prils.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les
hommes qui se battent au duel  mort sont courageux.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Il faut avoir le courage de prfrer l'homme
intelligent  l'homme trs gentil.  
    --- Jules RENARD   
%
 N'coutant que son courage, qui ne lui disait rien,
il se garda d'intervenir.  
    --- Jules RENARD   
%
 On ne se refait pas. C'est un mot de phnix dcourag.
Les joueurs le disent aussi quelquefois, mais sans conviction.  
    --- Lon BLOY   
%
 Il n'est pas de vertus humaines que je prise autant ou
aussi peu, suivant les cas, que le courage.
 "Le vrai courage, disait Napolon, c'est celui de trois
heures du matin." Il voulait dire par l, sans doute, que
le courage auquel il accordait estime tait celui d'o
toute griserie, toute vanit, toute mulation fussent
exclues. Un courage sans tmoins, sans complices ;
un courage  froid et  jeun.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce matin, dans les journaux, cette nouvelle : "Hier
en Mditerrane, un btiment ptrolier
a sombr dans la tempte. Son capitaine, sur le pont,
s'est englouti avec lui." Celui-l, pour le coup, un simple
imbcile.
 La mort de Pguy, par exemple, telle qu'on l'a raconte,
restant debout devant les balles, alors que tous ses hommes 1ui
criaient : "Couchez-vous, lieutenant, couchez-vous !"
et restant debout, droit comme un i. Que veut-on que me fasse
la mort de cet homme ? Il et mieux servi son pays
en se conservant vivant. Son acte est imbcile. "L'hrosme",
est souvent cela.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'est un stoque des grandes circonstances, que dsemparent
facilement les petits tracas de la vie courante.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Un peu plus tard, et quand j'tais remont
aux batteries, le capitaine fut bless  la tte,
et revint aprs un petit mois d'hpital. "Je fus
bless, me dit-il, par ma btise. Je sors au matin
de mon abri, portant ma cuvette. Il y avait un tir sur la batterie
 ct ; quelques clats volaient
jusqu' moi ; je remportai ma cuvette ; mais
alors je me dis que je subissais la volont de l'ennemi,
ce qui est se reconnatre vaincu. Je sortis de nouveau,
portant ma cuvette, et c'est alors que j'eus ce coup sur la tte.
Vous qui crivez sur le courage, retenez cela."  
    --- ALAIN   
%
 La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur
est ce qui pousse le courage au del du but. Car l'homme
ne pense qu' cette victoire sur soi poltron, et ne la
voit jamais gagne, puisque l'homme peut avoir peur de
ses propres actions,  seulement y penser, et mme
de son propre courage. C'est pourquoi il n'coute point
conseil. Je le vois plutt qui tient conseil entre les parties
de lui-mme, mditant contre les conspirateurs et
les tratres, qui lui sont intimes et quelquefois impudemment.
Qui n'a pas palp sa propre peur, en vue de la dmasquer,
de la traner nue, de l'injurier ?  
    --- ALAIN   
%
 Qu'il est difficile d'tre courageux sans se faire
mchant !  
    --- ALAIN   
%
 Alors comme a, ce voyou de Tom a reu la
Victoria Cross. Il s'est prcipit sous une pluie
de projectiles pour sauver le drapeau en lambeaux. Qui l'aurait
cru ? On aurait pourtant jur que le troquet du village
tait le but suprme de toutes ses ambitions. Le
hasard vient trouver Tom et nous le dcouvrons. Pour Harry,
le sort s'est montr moins clment. Harry a toujours
t un vaurien. Il buvait et on dit mme qu'il
battait sa femme. Qu'on l'enterre, bon dbarras, il n'tait
bon  rien. En sommes-nous bien srs ?  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel
homme une sorte de chose pour laquelle il est prt 
mourir et tout de suite et bien content encore. Seulement son
occasion ne se prsente pas toujours de mourir joliment,
l'occasion qui lui plairait. Alors il s'en va mourir comme il
peut, quelque part... Il reste l l'homme sur la terre
avec l'air d'un couillon en plus et d'un lche pour tout
le monde, pas convaincu seulement, voil tout. C'est seulement
en apparence la lchet.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 La lchet rend subtil.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme se distingue de l'animal en ceci qu'il est dou
d'arrire-penses. Ayez confiance en lui :
on peut exiger  l'intrieur ce que l'on ne voit
pas  la devanture. Quand Guillaumet en dtresse
dans la cordillre des Andes dclare : "Ce
que j'ai fait, une bte ne l'aurait pas fait", nous le croyons
d'autant plus que ses actes sont chargs de sens et de
prix. La signification est un des privilges de l'espce.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Je suis frapp de voir  quel point le moindre
risque physique ou naturel devient une excuse. ("Je ne suis pas
venu, la mto annonait du verglas...")
A quel point nous laissons se dvelopper une sorte
de peur collective de tout ce qui pourrait tre une menace
ou mme un changement. Le moindre excs de pluie
ou de neige, de vent, de froid ou de chaleur, provoque une sorte
de raction apeure qu'entretiennent les mdias.
Certes les catastrophes font de bons titres, mais certains jours
la dramatisation est abusive pour 40 centimtres de monte
des rivires ou 6 degrs de temprature en
trop ou en moins ! Elle habitue le public  l'ide
qu'il est normal de ne plus rien supporter.
 Je m'en inquite parce que la lchet physique
prcde la lchet morale et y conduit.
Mettre sur le mme plan le brouillard qui bloque une autoroute
un jour de dpart en vacances scolaires et l'vocation
de la droute de juin 40 entrane  l'esprit
de droute.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Ce qui m'tonne le plus dans le courage humain
est celui que l'on pourrait appeler du dernier message.
 Sans remonter aux sicles passs, au cours de ce
XX<SUP>e</SUP> sicle seulement, combien d'hommes et de femmes, que
rien ne prparait  l'hrosme, sont
morts hroquement. C'est un mystre. Les cas
de supplications, panique, gmissements sont extrmement
peu nombreux. Non, au contraire, face au peloton ou  l'excution
de masse, les vieillards relvent la tte, les impotents
se dressent, les jeunes mrissent, les hsitants
s'affirment, les sceptiques s'assurent, les agnostiques crient
leur foi. Des mots admirables jaillissent alors que leurs auteurs
ne peuvent mme pas tre ports par le sentiment
que leur dernier cri sera connu et leur survivra.
 L'un des plus bouleversants est sans doute celui de ce jeune
communiste fusill par les nazis et tombant en criant :
"Vive le peuple allemand !" Mais combien d'autres, partout,
en tous temps, dans les guerres civiles en Amrique latine,
dans les rvolutions chinoises, dans les guerres europennes,
ont eu  coeur, alors qu'ils savaient que c'tait
fini, la beaut du dernier mot, ou seulement du dernier
instant. Le plus souvent en silence.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Les loix de la conscience, que nous disons naistre de
nature, naissent de la coustume ; chacun ayant en veneration
interne les opinions et moeurs approuves et receus
autour de luy, ne s'en peut desprendre sans remors, ny s'y appliquer
sans applaudissement.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 On dit de tel usage qu'il est grec, romain ou barbare,
et moi je dis qu'il est humain, et que les hommes s'en avisent
et l'inventent partout o ils en ont besoin.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Une fois n'est pas coutume.
 Formule d'absolution  l'usage des bourgeois. Tout va
bien si la coutume n'est pas implante. L'essentiel c'est
de ne tuer son pre qu'une fois.  
    --- Lon BLOY   
%
 Ne pas : - Dfinir ce qui est connu :
un bavardage. Obscurcir ce qui est clair : barbouillage.
Mettre en question ce qui est en fait : mauvaise foi, ignorance.
Rendre abstrait ce qui est palpable : charlatanisme. Et offrir
des difficults qui ne s'offrent pas elles-mmes
ou n'ont qu'une vaine apparence : chicane.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 QUELQUES AVIS QUI, ETANT SAGES, SONT FORCEMENT
DE NOMBRE LIMITE
 Dis ce que tu penses.
 Paye ce que tu dois.
 Ne vends pas plus cher que a ne vaut.
 Mfie-toi des conseils, mais suis les bons exemples.
 Laisse la cl sur le buffet si tu ne veux pas qu'on te
vole.
 Ne perds jamais de vue que le bon beurre est la base de la bonne
cuisine, et souviens-toi que faire le malin est le propre de tout
imbcile.
 Enfin  -  uti, non abuti, nous recommande la sagesse
antique  -  , use de tout, mais n'abuse de rien. Bois
 -  sans excs ; fume  -  sans excs ;
aime  -  sans excs ; et que, toujours, la
bonne qualit de l'objet dtermine ton choix et
le fixe. Mieux vaut boire trop de bon vin qu'un petit peu de mauvais
et pratiquer l'amour avec deux belles filles qu'avec une seule
vieille femme en ruine. L'agrment y trouve son compte,
et l'conomie animale plus encore.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Dcalogue n. Ensemble de commandements, au nombre
de dix  -  chiffre suffisant si l'on veut s'en tenir 
une stricte observance, mais toutefois lgrement
insuffisant si l'on prfre avoir l'embarras du
choix. Voici l'dition rvise du Dcalogue,
strictement ajuste  ce mridien :
 
 Tu n'adoreras pas un autre Dieu que moi :
 Cela revient trop cher d'en clbrer plus d'un.
 
 Ne feras ni d'images ni de statues sacres,
 Car les marchands du temple ont l'exclusivit.
 
 N'utiliseras pas en vain le nom de Dieu,
 Attends le bon moment o a fait son effet
 
 Tu ne travailleras pas la journe du Sabbat,
 Ce jour est consacr aux matchs de football.
 
 En bon fils garderas chez toi tes vieux parents ;
 Ca vient en dduction de ta dclaration.
 
 Jamais tu ne tueras, ni ne seras complice ;
 D'ailleurs tu jetteras la facture du boucher.
 
 Tu n'embrasseras pas la femme de ton voisin,
 Sauf si la tienne a succomb  ses caresses.
 
 Tu ne voleras pas. Le vol est pernicieux ;
 La carambouille dans les affaires est bien plus sre.
 
 Tu n'apporteras jamais de faux tmoignages ;
 Fais-toi seulement l'cho des racontars publics.
 
 Enfin tu cesseras de convoiter en vain
 Ce que par bec et ongles tu n'as pu obtenir.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Je parlerais tout  fait autrement aux jeunes lionceaux
ds qu'ils commencent  aiguiser leurs griffes sur
les manuels de morale, sur les catchismes, sur toutes
coutumes, sur tous barreaux. Je leur dirais : n'ayez peur
de rien ; faites ce que vous voulez. N'acceptez aucun esclavage,
ni chane dore, ni chane fleurie. Seulement,
mes amis, soyez rois en vous-mmes. N'abdiquez pas. Soyez
matres des dsirs et de la colre aussi bien
que de la peur. Exercez-vous  rappeler la colre
comme un berger rappelle son chien. Soyez rois sur vos dsirs.
Si vous avez peur, marchez tranquillement  ce qui vous
fait peur. Si vous tes paresseux, donnez-vous une tche.
Si vous tes indolent, pliez-vous aux jeux athltiques.
Si vous tes impatient, donnez-vous des pelotons de ficelle
 dmler. Si le ragot est brl,
donnez-vous le luxe royal de le manger de bon apptit.
Si la tristesse vous prend, dcrtez la joie en
vous-mme. Si l'insomnie vous retourne comme une carpe sur
l'herbe, exercez-vous  rester immobile, et  dormir
au commandement. Aprs cela, mes bons amis, puisque vous
serez rois en vous, agissez royalement, et faites ce qui vous
semblera bon.  
    --- ALAIN   
%
 Conseils pour la route :
 Pars de zro.
 Mets tout  plat.
 Rejette toute tradition.
 Mprise tout rituel
 Ne respecte aucun tabou.
 Tiens tout symbole pour ce qu'il est : du vent
 Pisse sur le sacr.
 N'coute aucune parole "rvle".
 Fuis ceux qui ont la vrit par la foi.
 Crache  la gueule des charlatans du "merveilleux".
 Ris de tout, pleure de tout, mais selon ton humeur.
 Eduque ta raison, tu n'as rien d'autre.
 N'admets pour provisoirement acceptable que ce que ta raison
estime dment dmontr.
 Laisse de ct les questions sans rponse.
 Fuis la mtaphysique.
 Ne te conduis pas en fonction d'une morale transcendante.
 Mais que ta morale soit faite des rgles ncessaires
 la vie de chacun dans une socit harmonieuse
et fraternelle.
 ... Sauf, bien sr, si les hommes noirs prennent le pouvoir
et rallument les bchers. Dans ce cas, mon fils, fais semblant !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 A l'gard de la proprit,
de l'amour, de la fortune et du succs, j'applique "la
rgle des Dudu" : rien n'est d, rien n'est
durable.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Combattre les objections, ce n'est souvent dtruire
que des fantmes. On n'claire rien par l ;
seulement on rend muets ceux qui obscurcissent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Toute bonne objection claircit la matire
qui est en doute ; celle qui l'obscurcit est mauvaise, elle
fait perdre l'objet de vue.  -  Mais celle qui montre
l'objet en dtruisant le systme est la seule bonne.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Tout critique de profession, homme mdiocre par
nature.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On critique les morts pour les beauts et les vivants
pour les dfauts.  
    --- Victor HUGO   
%
 On est stupfait de la quantit de critique
que peut contenir un imbcile.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il faut, selon moi, compter au nombre des plus grandes
dcouvertes faites tout rcemment par la raison
humaine l'art de juger les livres sans les avoir lus.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Il n'est pas de genres infrieurs ; il n'est
que des productions rates et le bouffon qui divertit prime
le tragique qui n'meut pas.
 Exiger simplement et strictement des choses les qualits
qu'elles ont la prtention d'avoir : tout le sens
critique tient l-dedans.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Un jour, dans un club littraire, je prenais le
caf avec un romancier qui se trouvait tre un garon
athltique, aux larges paules. Un autre membre
se joignit  nous et dit au romancier : "Je viens
de terminer votre dernier livre et je vais vous dire franchement
ce que j'en pense." Et mon ami de rpondre du tac au tac :
"Je vous prviens en toute honntet que si
vous le faites, je vous casse la figure." Eh bien, nous n'avons
jamais su ce qu'il en pensait franchement.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Tout commentaire d'une oeuvre est mauvais ou inutile,
car tout ce qui n'est pas direct est nul.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Qu'est donc affirmer et qu'est-ce que nier ? Qu'est-ce
que construire (puisqu'on nous rebat les oreilles de la ncessit
d'tre "constructifs", efficaces, voire "efficients") et
dtruire ? Que faut-il entendre exactement par ngation ?
Dans quels cas peut-on parler d'ouvrage ngatif, d'esprit
ngatif, de propos ngatif ?
 Ces expressions sont couramment employes pour dsigner
deux oprations opposes :
 1. Dtruire quelque chose de positif ;
 2. Dcrire quelque chose de ngatif.
 La pense conservatrice a naturellement intrt
 confondre la seconde opration avec la premire,
autrement dit  postuler ce qui est prcisment
en question,  savoir le caractre positif des conceptions
vises par la critique.
 Or, dans l'ordre intellectuel, dtruire quelque chose
de positif par la seule critique est impossible : il y faut
d'autres moyens, tels que la censure, ou ces formes indirectes
de censure que sont le protectionnisme de l'enseignement officiel,
les pressions exerces sur les maisons d'dition,
sur les revues et les journaux, le discrdit moral jet
sur la "mentalit" du critiqueur, sur ses mobiles supposs
et remplaant la discussion des preuves ; bref, les
freins mis  l'information.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Le vray champ et subject de l'imposture sont les choses
inconnus. D'autant qu'en premier lieu l'estranget
mesme donne credit ; et puis, n'estant point subjectes 
nos discours ordinaires, elles nous ostent le moyen de les combattre.
A cette cause, dict Platon, est-il bien plus ais de satisfaire
parlant de la nature des Dieux que de la nature des hommes, par
ce que l'ignorance des auditeurs preste une belle et large carrire
et toute libert au maniement d'une matire cache.
 Il advient de l qu'il n'est rien creu si fermement que
ce qu'on sait le moins, ny gens si asseurez que ceux qui
nous content des fables, comme Alchimistes, Prognostiqueurs, Judiciaires,
Chiromantiens, Medecins, "id genus omne".  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont
des dfauts, c'est la facilit que l'on a de croire
ce qu'on souhaite.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Crdulit. Plus difficile  dissuader
qu' persuader, et plus facile  tromper qu'
dtromper.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'homme peut croire l'impossible mais jamais il ne pourra
croire  l'improbable.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Ne combattez l'opinion de personne ; songez que,
si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdits
auxquelles ils croient, on n'en aurait pas fini, quand on atteindrait
l'ge de Mathusalem.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Il est [...] possible que la ruine des croyances idalistes
soit destine  suivre la ruine des croyances surnaturelles,
et qu'un abaissement rel du moral de l'humanit
date du jour o elle a vu la ralit des
choses. A force de chimres, on avait russi
 obtenir du bon gorille un effort moral surprenant ;
tes les chimres, une partie de l'nergie
factice qu'elles veillaient disparatra. Mme
la gloire, comme force de traction, suppose  quelques
gards l'immortalit, le fruit n'en devant d'ordinaire
tre touch qu'aprs la mort. Supprimez l'alcool
au travailleur dont il fait la force, mais ne lui demandez plus
la mme somme de travail.  
    --- Ernest RENAN   
%
 On se persuade de tout et l'on croit ce que l'on veut
croire. Puis on appelle "ralit suprieure"
cette construction de l'esprit. Comment ne serait-elle pas suprieure
 tout, ds qu'on y croit ? Et comment y pourrait-on
croire, sinon en la croyant suprieure  tout... ?
 Et si "la perle de grand prix" pour la possession de laquelle
un homme laisse tous ses biens, se dcouvre une perle fausse ?...
 - Qu'importe ? Si celui qui la possde ne le sait
pas.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ces ides dont on croit d'abord ne point pouvoir
se passer. D'o grand danger d'installer son confort moral
sur des ides fausses. Contrlons, vrifions
d'abord. Nagure le soleil tournait autour de la terre ;
celle-ci, point fixe, demeurait le centre du monde, foyer d'attention
du bon Dieu... Et puis non ! C'est la terre qui tourne. Mais
alors, tout chavire ! Tout est perdu !... Pourtant rien
n'est chang que la croyance. L'homme doit apprendre 
s'en passer. De l'une, puis de l'autre, il se dlivre.
Se passer de la Providence : l'homme est sevr.
 Nous n'en sommes pas l. Nous n'en sommes pas encore l.
Cet tat d'athisme complet, il faut beaucoup de
vertu pour y atteindre ; plus encore pour s'y maintenir.
Le "croyant" n'y verra sans doute qu'invite  la licence.
S'il en allait ainsi : vive Dieu ! Vive le sacr
mensonge qui prserverait l'humanit de la fail1ite,
du dsastre. Mais l'homme ne peut-il apprendre 
exiger de soi, par vertu, ce qu'il croit exig par Dieu ?
Il faudrait bien pourtant qu'il y parvienne ; que quelques-uns,
du moins, d'abord ; faute de quoi la partie serait perdue.
Elle ne sera gagne, cette trange partie que voici
que nous jouons sur terre (sans le vouloir, sans le savoir, et
souvent  coeur dfendant), que si c'est 
la vertu que l'ide de Dieu, en se retirant, cde
la place ; que si c'est la vertu de l'homme, sa dignit,
qui remplace et supplante Dieu. Dieu n'est plus qu'en vertu de
l'homme. Et eritis sicut dei. (C'est ainsi que je veux comprendre
cette vieille parole du Tentateur - lequel, ainsi que Dieu, n'a
d'existence qu'en notre esprit - et voir dans cette offre, qu'on
nous a dite fallacieuse, une possibilit de salut.)   
    --- Andr GIDE   
%
 Le conteur, qui veut faire paratre des choses absentes,
y russit bien mieux par le frisson de la peur que par
une suite raisonnable de causes et d'effets ; les membres
sanglants d'un homme tombant par la chemine dans la pole
 frire, cela se passe de preuves, par l'pouvante ;
tout se trouve li dans l'imagination par l'impression
forte, ds que l'exprience relle est impossible,
ou n'est point faite. Ce qui est indiffrent n'est jamais
cru, si vraisemblable qu'il soit ; ce qui touche violemment
est toujours cru, et l'absurde est bien loin d'y faire obstacle,
puisque l'absurde lui-mme pouvante.  
    --- ALAIN   
%
 Croire est agrable. C'est une ivresse dont il
faut se priver. Ou alors dites adieu  libert,
 justice,  paix. Il est naturel et il est dlicieux
de croire que la rpublique nous donnera tous ces biens ;
ou, si la rpublique ne peut, on veut croire que coopration,
socialisme, communisme ou quelque autre constitution nous permettra
quelque jour de nous fier au jugement d'autrui, enfin de dormir
les yeux ouverts comme font les btes. Mais non. La fonction
de penser ne se dlgue point. Ds que la
tte humaine reprend son antique mouvement de haut en bas,
pour dire oui, aussitt les tyrans reviennent.  
    --- ALAIN   
%
 O allons-nous si les gens commencent 
croire vraiment ce qu'on leur dit  -  et qui est fait
pour n'tre pas cru ! Qui sait si, au lieu du mensonge,
il ne faudra pas finir par leur dire un jour la vrit ?  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise,
elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent
pas font figure de vaincus et d'incapables, ne mritant
que piti et mpris. Observez les nophytes
en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont russi
 intresser Dieu  leurs combines, les convertis,
les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence
avec la modestie et les bonnes manires de ceux qui sont
en train de perdre leur foi et leurs convictions...  
    --- Emil CIORAN   
%
 N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La croyance en la fortune est une marque d'orgueil et,
de ce fait, est antiscientifique. Les dieux ont les yeux fixs
sur moi. Ils me veulent du bien... ou bien ils me veulent du mal ;
en tout cas, je ne passe pas inaperu.  
    --- Alfred SAUVY  
%
 Ds qu'on ne cerne pas bien les causes d'une maladie,
on a tendance  invoquer la logique de dsquilibre,
c'est  dire les facteurs psychosociaux. Les maladies dans
lesquelles l'intervention de tels facteurs est postule
ont le plus souvent une tiologie inconnue ou mal tablie
et les possibilits d'intervention thrapeutique
sont habituellement limites voire inexistantes. Face 
une telle incertitude, le modle de causalit linaire
dans lequel il suffit qu'un vnement en prcde
un autre pour qu'il en soit une cause possible devient prpondrant.
Le caractre spectaculaire de la cause postule
suffit  la rendre crdible, surtout si sa possibilit
d'intervention est entretenue par la culture ambiante. A
partir du moment o la croyance s'est tablie, elle
s'entretient d'elle-mme par l'attention slective
accorde aux autres cas venant renforcer la possibilit
d'intervention des facteurs psychiques. La croyance est antinomique
du sens critique.  
    --- Croyance et maladie :
   
%
 Ce qui m'intresse rtrospectivement, dans
ma msaventure gurdjieffienne, c'est l'exprience
que je fis sur mon propre cas de l'aptitude des hommes 
se persuader de la vrit de n'importe quelle thorie,
de btir dans leur tte un attirail justificatif de
n'importe quel systme, ft-ce le plus extravagant,
sans que l'intelligence et la culture puissent entraver cette
intoxication idologique.  
    --- Jean-Franois REVEL  
%
 On possde [...] de Csar des lettres 
Cicron, et sa correspondance avec ses amis sur ses affaires
domestiques. Il y employait, pour les choses tout  fait
secrtes, une espce de chiffre (les lettres tant
disposes de manire  ne pouvoir jamais
former un mot), et qui consistait, je le dis pour ceux qui voudront
les dchiffrer,  changer le rang des lettres, 
crire la quatrime pour la premire, comme
le d pour l'a, et ainsi des autres.  
    --- Le chiffre de Jules   
%
 Accroissement de l'intressant.
 Au fur et  mesure que sa culture s'accrot, tout
devient intressant pour l'homme, il sait rapidement trouver
le ct instructif d'une chose et saisir le point
o elle peut combler une lacune de sa pense ou
confirmer une de ses ides. Ainsi disparait de jour en
jour l'ennui, ainsi aussi l'excitabilit excessive du coeur.
Il finit par circuler parmi les hommes comme un naturaliste parmi
les plantes, et par s'observer lui-mme comme un phnomne
qui n'excite fortement que son instinct de connatre.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Aux nouveaux riches :
 Quand on vous reproche une faute de franais, rpondez
que c'est un latinisme.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 On a trop rduit la connaissance de la langue 
la simple mmoire. Faire de l'orthographe le signe de la
culture, signe des temps et de sottise.  
    --- Paul VALERY   
%
 Quand on dit d'une femme qu'elle est cultive,
je m'imagine qu'il lui pousse de la scarole entre les jambes et
du persil dans les oreilles.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Elle m'avait dit un jour : 
 - Chri, est-ce que tu savais qu'oroscope, idrogne,
ipocrite et arpie ne sont pas dans le dictionnaire ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 D'abord, l'homme que l'on dit cultiv est celui
qui a le temps de le devenir, celui que sa vie professionnelle
laisse suffisamment disponible, ou dont la vie professionnelle
est elle-mme inscrite dans la culture. Dans une socit
marchande, tre cultiv, c'est dj
appartenir  la partie favorise de la socit
qui peut se permettre de le devenir. Accorder  ceux qui
n'ont pas cette chance une participation  la culture,
c'est en quelque sorte leur permettre une ascension sociale. C'est
un moyen de les gratifier narcissiquement, d'amliorer
leur standing, d'enrichir l'image qu'ils peuvent donner d'eux-mmes
aux autres.  
    --- Henri LABORIT   
%
 En matire de culture, je fais mon march
tout seul. Je suis le terrain, je sais ce qui pousse.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La culture, c'est comme l'amour. Il faut y aller 
petits coups au dbut pour bien en jouir plus tard. Du
reste, "est-il vraiment indispensable d'tre cultiv
quand il suffit de fermer sa gueule pour briller en socit",
dit judicieusement La Rochefoucauld, qui ajoute : "La culture
et l'intelligence, c'est comme les parachutes. Quand on n'en a
pas, on s'crase."  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a
crit Hamlet, Molire avait-il lu Rostand ?
Non.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Ce qu'on nomme culture consiste, pour une partie des intellectuels,
 perscuter l'autre partie. Dans les socits
totalitaires, cette perscution est institutionnalise,
elle fait corps avec l'Etat. Dans les socits
ouvertes, si elle est diffuse, elle n'est pas pour autant absente.
Les intellectuels s'y organisent fort adroitement pour reconstituer
l'ostracisme. Le "politiquement correct" qui a svi aux
Etats-Unis  partir du milieu des annes
quatre-vingt en est un effroyable chantillon.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Il n'y a pas de culture, il n'y a que des gens cultivs.
Il n'y a pas plus de culture en gnral, hors les
individus, qu'il n'y a d'art du piano dans l'abstrait, en l'absence
de pianistes. Une culture meurt quand disparaissent ceux qui l'incarnent,
non comme institution officielle, mais dans l'originalit
unique de leur propre sensibilit, de leur propre intelligence.
Le reste n'est que colportage.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Regards neufs, vieux trous de serrure.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 La science restera toujours la satisfaction du plus haut
dsir de notre nature, la curiosit ; elle
fournira  l'homme le seul moyen qu'il ait pour amliorer
son sort. Elle prserve de l'erreur plutt qu'elle
ne donne la vrit ; mais c'est dj
quelque chose d'tre sr de n'tre pas dupe.  
    --- Ernest RENAN   
%
 On faisait reproche  quelqu'un, devant moi, pour
sa curiosit. Je me rcriai : "Etre curieux ?
Ne blmez pas ! C'est une qualit. La curiosit
est un ct de l'intelligence. Il n'y a que les sots,
les niais, les cerveaux inertes, qui ne sont pas curieux. Il faut
tre curieux le plus possible. Se mler de ce qui
ne vous regarde pas, couter aux portes, regarder aux fentres
pour voir ce qui se passe chez les gens, suivre d'autres dans
la rue pour couter ce qu'ils disent, lire les lettres
qui tranent, faire parler telle personne sur telle autre,
provoquer les confidences, lire au travers des enveloppes, faire
semblant de dormir dans une runion pour amener les autres
 parler plus librement, payer des domestiques pour savoir
des histoires sur leurs matres, pier, couter,
regarder, fouiller, surprendre, dcouvrir, avec l'air de
l'homme le plus indiffrent,  -  le comble de l'adresse
en cette matire !  -  c'est ainsi qu'on
apprend quelque chose dans la vie. Les gens qui ne sont pas curieux
sont des sots. La curiosit, c'est le besoin de savoir.
Celui qui n'est pas curieux n'apprendra jamais rien."   
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il faut en convenir : un bon accident, un petit scandale,
une mort, chez des gens que nous connaissons, dans le cercle de
nos relations, chez l'un ou l'autre de nos collgues, si
nous sommes employs, c'est une diversion agrable.
Multipliez cela  l'chelle du public : vous
avez les crimes, les grands accidents de chemin de fer, les scandales
politiques ou financiers, sur les rcits et descriptions
desquels tout le monde se jette.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Cher Monsieur, vous tes parfaitement "dnu
d'intrt"  -  Mais pas votre squelette  -  ni
votre foie, ni lui-mme votre cerveau  -  Et ni
votre air bte et ni ces yeux tard venus  -  et
toutes vos ides. Que ne puis-je seulement connatre
le mcanisme d'un sot ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Paratre toujours heureux.  -  Lorsque la
philosophie tait affaire d'mulation publique,
dans la Grce du troisime sicle, il y avait
nombre de philosophes que rendait heureux l'arrire-pense
du dpit que devait exciter leur bonheur, chez ceux qui
vivaient selon d'autres principes et y trouvaient leur tourment :
ils pensaient rfuter ceux-ci avec le bonheur, mieux qu'avec
toute autre chose, et ils croyaient que, pour atteindre ce but,
il leur suffisait de paratre toujours heureux ; mais
cette attitude devait,  la longue, les rendre vritablement
heureux ! Ce fut par exemple le sort des cyniques.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Cynique n. Grossier personnage dont la vision dforme
voit les choses comme elles sont, et non comme elles devraient
tre. De l l'ancienne coutume scythe d'arracher
les yeux d'un cynique pour amliorer sa perspective.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Si l'on veut savoir ce qu'il est facile ou difficile de
 persuader  un peuple, il faut faire cette distinction :
l'entreprise dont tu as  le persuader prsente
au premier abord soit un profit soit une perte, et parat
ou lche ou magnanime. Lui apparat-elle comme magnanime
et profitable, rien de plus ais que de le persuader mme
si la ruine de la rpublique se cache sous cette apparence.
Rien de si difficile au contraire s'il y voit lchet
ou perte possible, quand bien mme le salut rel
de l'Etat en dpendrait. Ce que je dis l
est appuy sur mille exemples tirs de l'histoire
des Romains et de celle des Barbares, pris chez les anciens et
chez les modernes.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Isocrate, ce grand ennemi de la dmocratie, donne
la prfrence  la monarchie "parce que (dit-il)
les meilleurs y commandent" : et il ajoute : "rien n'est
plus fcheux pour ceux qui excellent que de vivre sans dignits
et d'tre cachs dans la foule !" O le
mprisable lettr !
 [...] Voici une de ses observations qui est digne d'tre
recueillie : "Rien de ce qui se fait par hasard (dit-il)
n'est durable ni solide." Il est cependant possible qu'un peuple
recouvre par hasard sa libert et qu'il la conserve par
une volont forte et par la prudence. Le hasard est alors
d'accord avec le temps, c'est  dire avec les moeurs et
le caractre d'un sicle.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le suffrage universel ne sera lgitime que quand
tous auront cette part d'intelligence sans laquelle on ne mrite
pas le titre d'homme, et si, avant ce temps, il doit tre
conserv, c'est uniquement comme pouvant servir puissamment
 l'avancer. La stupidit n'a pas le droit de gouverner
le monde. Comment, je vous prie, confier les destines
de l'humanit  des malheureux, ouverts par leur
ignorance  toutes les captations du charlatanisme, ayant
 peine le droit de compter pour des personnes morales ?
Etat dplorable que celui o, pour obtenir
les suffrages d'une multitude omnipotente, il ne s'agit pas d'tre
vrai, savant, habile, vertueux, mais d'avoir un nom ou d'tre
un audacieux charlatan !  
    --- Ernest RENAN   
%
 Je le dis avec timidit et avec la certitude que
ceux qui liront ces pages ne me prendront pas pour un sditieux,
je le dis comme critique pur, en me posant devant les rvolutions
du prsent comme nous sommes devant les rvolutions
de Rome, par exemple, comme on sera dans cinq cents ans vis--vis
des ntres : l'insurrection triomphante est parfois
un meilleur critrium du parti qui a raison que la majorit
numrique. Car la majorit est souvent forme
ou du moins appuye de gens fort nuls, inertes, soucieux
de leur seul repos, qui ne mritent pas d'tre compts
dans l'humanit ; au lieu qu'une opinion capable de
soulever les masses, et surtout de les faire triompher, tmoigne
par l de sa force. Le scrutin de la bataille en vaut bien
un autre ; car,  celui-l, on ne compte que
les forces vives, ou plutt on soupse l'nergie
que l'opinion prte  ses partisans : excellent
critrium ! On ne se bat pas pour la mort ; ce
qui passionne le plus est le plus vivant et le plus vrai.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Voter quivaut toujours  jouer des jeux
tels que les checs ou le jacquet avec, en prime, une petite
nuance morale ; on joue avec le bien et le mal, avec des
questions morales. Il va de soi que les paris font partie du jeu.
Le caractre de ceux qui votent n'entre pas en ligne de
compte : d'aventure, je place mon vote selon ce que j'estime
juste, mais le triomphe de la cause juste ne revt pas une
importance vitale  mes yeux et je suis tout dispos
 l'abandonner  la majorit. De ce fait,
son caractre obligatoire n'excde jamais le terrain
de l'opportunit. Qui plus est, voter pour ce qui est juste
ne revient pas  faire avancer la cause de la justice.
Tout au plus est-ce exprimer faiblement,  l'intention
des hommes, notre dsir de la voir triompher. Un homme
sage ne consentira pas  l'abandonner aux alas
du hasard, pas plus qu'il ne se satisfera de ce qu'elle l'emporte
par l'intermdiaire de la majorit.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Le plus grand nombre est bte, il est vnal,
il est haineux. C'est le plus grand nombre qui est tout. Voil
la dmocratie, celle que nous avons, du moins. Et toute
autre forme de rgime ne vaut probablement pas mieux, pour
d'autres raisons ? La sagesse : supporter, sans participer.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les six millions de voix refroidirent Pcuchet
 l'encontre du Peuple, et Bouvard et lui tudirent
la question du suffrage universel.
 Appartenant  tout le monde, il ne peut avoir d'intelligence.
Un ambitieux le mnera toujours, les autres obiront
comme un troupeau, les lecteurs n'tant pas mme
contraints de savoir lire : c'est pourquoi, suivant Pcuchet,
il y avait eu tant de fraudes dans l'lection prsidentielle.
 "Aucune, reprit Bouvard ; je crois plutt 
la sottise du Peuple. Pense  tous ceux qui achtent
la Revalescire, la pommade Dupuytren, l'eau des chtelaines,
etc. Ces nigauds forment la masse lectorale, et nous subissons
leur volont. Pourquoi ne peut-on se faire, avec des lapins,
trois mille livres de rente ? C'est qu'une agglomration
trop nombreuse est une cause de mort. De mme, par le fait
seul de la foule, les germes de btise qu'elle contient
se dveloppent et il en rsulte des effets incalculables.

 - Ton scepticisme m'pouvante !" dit Pcuchet.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 La dmocratie ne rgnera que le jour o
mille culs-de-jatte persuaderont le reste des hommes de se couper
les jambes. Car c'est au profit d'un petit nombre qu'elle tend,
 -  d'un vilain petit nombre.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La dmocratie est l'tat naturel des citoyens
aptes  tout. Ds qu'ils sont en nombre, ils s'agglomrent
et forment une dmocratie. Le mcanisme du suffrage
universel leur convient  merveille, parce qu'il est logique
que ces citoyens interchangeables finissent par s'en remettre
au vote pour dcider ce qu'ils seront chacun. Ils pourraient
aussi bien employer le procd de la courte paille.
Il n'y a pas de dmocratie populaire, une vritable
dmocratie du peuple est inconcevable. L'homme du peuple,
n'tant pas apte  tout, ne saurait parler que de
ce qu'il connat, il comprend parfaitement que l'lection
favorise les bavards. Qui bavarde sur le chantier est un fainant.
Laiss  lui-mme, l'homme du peuple aurait
la mme conception du pouvoir que l'aristocrate  -  auquel
il ressemble d'ailleurs par tant de traits  -  ,
le pouvoir est  qui le prend,  qui se sent la
force de le prendre.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On ne peut pas trop se fier  Jean-Jacques Rousseau.
Il est le pre de la dmocratie moderne, c'est vrai,
mais il ne s'est jamais beaucoup souci de ses enfants.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Ce serait une erreur de croire que les abstentionnistes
ne votent pas : ils font simplement baisser le niveau de
la majorit, donc ils favorisent le plus fort et votent
tout de mme  leur faon.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Avec la proportionnelle, le pouvoir se trouve 
la merci de ces "petits groupes charnires" qui font chanter
les grandes formations et qui finissent par avoir dix fois plus
d'importance que le corps lectoral ne leur en a accord.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Je ne puis pardonner  Descartes : il aurait
bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu ;
mais il n'a pu s'empcher de lui faire donner une chiquenaude,
pour mettre le monde en mouvement ; aprs cela, il
n'a plus que faire de Dieu.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Cartsien adj. Relatif  Descartes, philosophe
rput, auteur de la clbre proposition
Cogito ergo sum  -  par laquelle il se plaisait 
penser qu'il avait dmontr la ralit
de l'existence humaine. La proposition peut tre cependant
amliore de la manire suivante : Cogito
cogito ergo cogito sum  -  "Je pense que je pense, donc
je pense que je suis" ; une approche plus pousse
vers la certitude que tout ce qui n'a jamais t
crit jusque-l dans toute la philosophie.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 J'aime Descartes  cause de la puret simple
et grandiose de son tre, de la fermet de sa pense,
de l'impression gnrale d'honntet
et d'ordre qui parat dans toute sa dmarche..  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce serait un puissant briseur de mythes, l'auteur qui
parviendrait  dfaire le lien tabli entre
l'adjectif "cartsien" et la notion de rationalit,
qui nous dlivrerait de l'usage habituel de "cartsien"
comme synonyme de "mthodique" et de "logiquement cohrent".
Une grave erreur historique serait ainsi efface et, d'autre
part, on verrait disparatre un tic de langage bien superflu
 -  l'invocation du patronage cartsien 
propos de toute dmarche impliquant apparemment quelque
suite dans les ides.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Je n'ignore pas cette croyance fort rpandue :
les affaires de ce monde sont gouvernes par la fortune
et par Dieu ; les hommes ne peuvent rien y changer, si grande
soit leur sagesse ; il n'existe mme aucune sorte de
remde ; par consquent il est tout 
fait inutile de suer sang et eau  vouloir les corriger,
et il vaut mieux s'abandonner au sort. Opinion qui a gagn
du poids en notre temps,  cause des grands bouleversements
auxquels on assiste chaque jour, et que nul n'aurait jamais pu
prvoir. Si bien qu'en y rflchissant moi-mme,
il m'arrive parfois de l'accepter. Cependant, comme notre libre
arbitre ne peut disparatre, j'en viens  croire
que la fortune est matresse de la moiti de nos
actions, mais qu'elle nous abandonne  peu prs
l'autre moiti.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Les rivires sont des chemins qui marchent, et
qui portent o l'on veut aller.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Nous ne parlons gure de Pascal que pour nous gausser
de la sottise de ses annotateurs. Par exemple, Ernest Havet sur :
Les rivires sont des chemins qui marchent. "Oui, mais
 condition qu'ils aillent o l'on veut aller.".  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Ou le monde subsiste par sa propre nature, par ses lois
physiques, ou un Etre suprme l'a form suivant ses
lois suprmes : dans l'un et l'autre cas, ces lois
sont immuables ; dans l'un et l'autre cas, tout est ncessaire ;
les corps graves tendent vers le centre de la terre, sans pouvoir
tendre  se reposer en l'air. Les poiriers ne peuvent jamais
donner d'ananas. L'instinct d'un pagneul ne peut tre
l'instinct d'une autruche. Tout est arrang, engendr,
limit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il est contradictoire que ce qui fut hier n'ait pas t,
que ce qui est aujourd'hui ne soit pas ; il est aussi contradictoire
que ce qui doit tre puisse ne pas devoir tre.
 Si tu pouvais dranger la destine d'une mouche,
il n'y aurait nulle raison qui pt t'empcher de faire
le destin de toutes les autres mouches, de tous les autres animaux,
de tous les hommes, de toute la nature ; tu te trouverais
au bout du compte plus puissant que Dieu.  
    --- VOLTAIRE  
%
 Il y a des gens qui vous disent : "Ne croyez pas au
fatalisme ; car alors tout vous paraissant invitable,
vous ne travaillerez  rien, vous croupirez dans l'indiffrence,
vous n'aimerez ni les richesses, ni les honneurs, ni les louanges ;
vous ne voudrez rien acqurir, vous vous croirez sans mrite
comme sans pouvoir ; aucun talent ne sera cultiv,
tout prira par l'apathie."
 Ne craignez rien, messieurs, nous aurons toujours des passions
et des prjugs, puisque c'est notre destine
d'tre soumis aux prjugs et aux passions ;
nous saurons bien qu'il ne dpend pas plus de nous d'avoir
beaucoup de mrite et de grands talents que d'avoir les
cheveux bien plants et la main belle ; nous serons
convaincus qu'il ne faut tirer vanit de rien, et cependant
nous aurons toujours de la vanit.  
    --- Sur le raisonnement paresseux   
%
 Il faut tre caillou dans le torrent, garder ses
veines et rouler sans tre dissous (ni dissolu).  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 De certaines destines ont deux noms. Le premier
est comme la prface de l'autre. On est Poquelin avant
d'tre Molire, Arouet avant d'tre Voltaire,
et Bonaparte avant d'tre Napolon. Cela tient 
ce que ces hommes ont deux aspects, valet de chambre et gnie,
courtisan et roi, soldat rpublicain et empereur.  
    --- Victor HUGO   
%
 La prtention, ultime consolation. - Si l'on s'arrange
pour voir dans un insuccs, dans son insuffisance intellectuelle
ou sa maladie le sort auquel on tait prdestin,
l'preuve que l'on doit subir, ou le chtiment mystrieux
d'une faute antrieure, on se rend par l son propre
tre plus intressant et l'on s'lve
par la pense au-dessus de ses semblables. Le pcheur
orgueilleux est une figure connue dans toutes les sectes religieuses.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le fataliste. - Il faut que tu croies  la fatalit
- la science peut t'y forcer. Ce qui natra alors de cette
croyance - la lchet et la rsignation ou
la grandeur et la droiture - tmoignera du terrain o
cette semence fut jete ; mais non point de la semence
elle-mme, car d'elle toutes choses peuvent sortir.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dans ma jeunesse, la question qui me proccupait
au premier chef tait la suivante : "Quel genre d'homme
vais-je dcider d'tre ?" A dix-neuf
ans, c'est une question que l'on se pose. A trente-neuf,
on dit : "Si seulement le destin n'avait pas fait de moi
l'homme que je suis."  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Destine n. Justification du Tyran pour ses crimes,
excuse de l'imbcile pour ses checs.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Ce qu'on appelle la destine physiologique n'est
souvent qu'une mauvaise hygine. Ce qu'on appelle la destine
psychologique n'est souvent qu'une mauvaise ducation.
Ce qu'on appelle la fatalit n'est le plus souvent qu'incurie
politique et lgret. S'il est une leon
que l'ge apporte  celui qui lit et rflchit,
c'est que les possibilits de l'homme, dans le bien, sont
infinies ; alors que ses possibilits dans le vice
et dans le mal sont assez courtes ; c'est que sa responsabilit
est entire et reste entire.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Le fatalisme est une disposition  croire que tout
ce qui arrivera dans le monde est crit ou prdit,
de faon que, quand nous le saurions, nos efforts ne feraient
pas manquer la prdiction, mais au contraire, par dtour
imprvu, la raliseraient. Cette doctrine est souvent
prsente thologiquement, l'avenir ne pouvant
pas tre cach  un Dieu trs clairvoyant ;
il est vrai que cette belle conclusion enchane Dieu aussitt ;
sa puissance rclame contre la prvoyance. Mais
nous avons jug ces jeux de paroles. Bien loin qu'ils fondent
jamais quelque croyance, ils ne sont supports que parce
qu'ils mettent en argument d'apparence ce qui est dj
l'objet d'une croyance ferme, et mieux fonde que sur des
mots. Le fatalisme ne drive pas de la thologie ;
je dirais plutt qu'il la fonde. Selon le naf polythisme,
le destin est au-dessus des dieux.  
    --- ALAIN   
%
 Ces temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les des temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
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 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en p